jeudi, mai 12, 2011

LES DEMEUREES (Jeanne Benameur)

Récit d'une centaine de pages sur une mère "demeurée" et sa fille très protégée par sa mère.

samedi, avril 30, 2011

LA SOURCE CACHEE ( Hella S. Haasse)

Tenter de reconstruire la vie d'un être qui n'existe plus sur terre c'est un peu vouloir reconstituer une mosaïque brisée; chaque fragment, chaque débris a de la valeur. page 24




Nous nous connaissons depuis plus de huit ans. Nous avons vécu ensemble l'intimité la plus totale qui puisse exister entre deux êtres, le mariage. Je sais trop bien que cette union ne nous a jamais apporté le bonheur, ni l'assouvissement de nos désirs au sens le plus profond du terme, physique et spirituel. Pourtant, j'ai souvent voulu croire que nous étions liés par une sorte de camaraderie froide et réservée....Car on peut se connaître, sans jamais parvenir à une totale compréhension mutuelle. Page 65




...Nous nous assimes , chacun à notre place. Nous ne parlions plus, la pendule découpait le temps de son tic-tac doux et rapide. Mais le papier devant moi resta vierge et lentement, trop lentement, Rina (sa femme) tourna les pages de son livre. page 91




Recommencer. recommencer ailleurs...Etre libre, et me prouver à moi-même que je suis digne de cette liberté. Etre seul, dans la solitude que j'ai moi-même choisie, qui est un bouillon de culture pour les forces de l'âme. Croître, murir et porter des fruits. Page 92








jeudi, avril 07, 2011

LA CHARRETTE (B. Traven)

...Leonardo (le maître )arriva à se convaincre que le garçon (Andres, l'indien) lui serait plus utile s'il savait lire, écrire et compter. Ceci était, en petit, ce qui se passe partout dans le monde. L'industriel, le capitaliste, le propriétaire terrien sont opposés, par principe, à l'éducation du prolétariat. Ils sentent, avec juste raison, qu'un prolétariat instruit constitue un danger pour leurs privilèges....Ce n'est pas le pays dont les couches supérieures sont les plus cultivées, mais bien celui qui possède la masse la plus instruite, qui occupe de nos jours la première place et décide de la valeur du dollar. page 16 Le fait de les envoyer à l'école (les enfants indiens) aurait constitué non seulement une folie mais encore un péché. Une folie, car l'Indien pourrait arriver à en savoir plus long et à acquérir plus de capacités que le propre fils du maître, dont l'ambition se bornait, en allant à l'école, à apprendre à lire et à écrire; un péché, parce que l'Eglise catholique n'est pas favorable à l'éducation des Indiens. L'Eglise désire, en effet, que l'enfance indigène conserve son innocence, afin que le Royaume des cieux lui soit acquis.. Et si on accorde à l'Indien le droit de s'instruire, nul ne saurait prévoir où il s'arrêtera. Page 17 Il (Andrès) apprit avant tout, à apprécier l'instruction. Car, tant que l'on ne sait lire ni écrire, il n'est guère possible de comprendre la valeur de la lecture et de l'écriture. Page 20 Dans une certaine partie de notre globe, si admirablement organisé, les choses vont mieux lorsque le prolétariat sait lire et calculer; dans une autre partie de notre univers, organisé avec plus d'astuce, les choses vont encore mieux, lorsque le prolétaire n'entend rien aux chiffres et ne comprend pas l'espagnol. Page 25 Le maître avait tous les droits, il les avait toujours eus...Tout cela était juste: c'était la loi, fondée sur les décrets divins et ceux de l'Eglise, car les dieux sont proches parents des maîtres, tandis qu'ils n'ont aucun lien de parenté avec les Indiens. page28



Bien entendu, personne ne trafique sur des êtres humains, au Mexique, et il y est interdit de vendre ou d'acheter un homme. Cela est prohibé par la Constitution, dans laquelle il est stipulé , en outre, que tout citoyen de la République est libre, indépendant et inviolable, un être sur qui seuls son père, la police ou les représentants d el'ordre public ont le droit, dans certains cas, de porter la main. Pour toutes ces raisons, il était impossible pour Don Leonardo de revenir sur sa transaction ( il a perdu au jeu et a misé sur Andres) . Il ne pouvait pas offrir à Don Laureano de lui restituer ses vingt-cinq pesos...Cela équivaudrait à vendre un être humain...Page 44




Andres était un péon: comme tel, il faisait partie de la propriété. page 45




Des centaines de mendiants étaient installés à l'entrée de l'église, accroupis ou étendus, tendant leur sébille pour y recueillir les aumônes. L'Eglise conseille la charité, car la charité contribue à protéger la propriété privée... Les fidèles n'exercent pas la charité spontanément et de leur plein gré. Ils obéissent aux ordres de l'Eglise et donnent aux premiers mendiants qu'ils rencontrent sur leur chemin. On distribue une piécette par-ci, une autre par -là pour apaiser sa conscience. page 130


L'homme blanc porte en lui une cinquantaine de théories philosophiques, toutes différentes les unes des autres, et qui gravitent autour du sens de la vie. Ces théories sont souvent contradictoires, mais on peut en choisir une, celle qui convient le mieux pour l'usage personnel de chacun, et tenter, grâce à elle, de tenir tête au destin....Par contre, l'Indien, qui est ignorant de ce genre de spéculations abstraites, est dans une situation plus précaire. Il accepte le destin tel qu'il se présente à lui, et ne tente , même pas de percer ses mystères. Quand il le croise sur son chemin, il le reconnaît, s'incline devant lui et attend le coup. Il ne peut lui échaper et n'essaie même pas de le faire. Son instinct lui a dit que c'était inutile, que cela équivaudrait à galvauder les quelques instants précieux qui lui restent à vivre avant que le rideau retombe sur lui. page 278





mardi, mars 29, 2011

RAPPORTEUR DE GUERRE (Patrick Chauvel)

"Patrick Chauvel a toujours photographié la guerre, montrant la bête humaine et ses horreurs, tout en saisissant la lueur d'espoir au plus noir des conflits. Blessé de nombreuses fois, obstiné, courageux et hilarant, il est sans conteste, de la trempe des grands aventuriers, les Saint-Exupéry, Kessel."

"L'Europe est bouffie et satisfaite. Je n'arrive pas à décolérer". Page 138
(La guerre au Mozambique) Les Portuguais se battent pour garder la colonie.) "Les jeunes (portuguais) se battent pour survivre et rentrer vivants. - Vous ne vous battez pas: vous vous débattez dans vos collines. - Si tu penses ça, alors reste avec nous. C'est nous l'Histoire. - Non, vous c'est la fin de l'Histoire. L'Histoire: c'est les rebelles." page 158

J'ai bougé sans arrêt dans une quête instinctive d'émotions. Nomade dans ce désert d'indifférence, j'ai inventé mes oasis, mes actes. A coups d'instinct et d'intuition, j'ai fabriqué mes croyances. Avec toujours cette impression d'écoeurement, cette peur de rater quelque chose ailleurs, d'être hors du coup, d'être à l'arrière comme un planqué...L'inutilité de se sentir jeune et fort...pour marcher dans les rues de Paris, regarder les boutiques. Je n'en ai rien à faire des fringues, j'ai ce qu'il me faut. Voir tous ces gens s'agiter en cercle fermé, comme pour se protéger...! Sentir cette peur de perdre ce qu'ils ont et sentir qu'ils veulent encore plus, toujours plus - ce qui multiplie la peur de tout perdre...Je préfère aller à la rencontre de ceux qui n'ont rien, ou peu, et qui se battent pour se défendre.

Même si, chez ceux-là, on en trouve toujours qui seraient prêts à changer de camp pour avoir plus. page 277


"Toutes ces guerres ont enfanté l'Histoire". Mais les histoires que j'ai vécues, celles des hommes et des femmes qui subissaient les politiques dynastiques ou autres "causes", désacralisent ce fatalisme enthousiaste que peuvent ressentir les combattants au début des conflits. Très vite, la gueule de bois des batailles laisse les hommes sonnés. La chance qui m'a accompagné dans ces endroits de "non-paix" m'a permis de rapporter l'histoire de ces morceaux d'humanité qui échappent aux historiens. Trouver la distance juste est difficile, photographier en restant juste - une trop belle photo peut brouiller les pistes. Décadrer quand la photo risque d'être belle. L'effet loupe de la presse peut fausser le regard. Tous ces pièges de l'utilisation des images, la manipulation à tous les niveaux, rendent extrêmement aiguë la manière de raconter, quel que soit le média. Des faits, rien que des faits; ils sont têtus, bien sûr, cela a été dit. Mais les hommes et les femmes alors? Ceux que l'on rencontre, qui nous remercient d'être là. Mais où suis-je? A qui je m'adresse? Interpeller le plus grand nombre? Responsabiliser? Qui ? pourquoi? Tout ce que je sais , c'est qu'il faut témoigner? Ne plus jamais entendre: "On ne savait pas". Moi, j'ai vu! Alors, je rapporte ces histoires et pour le reste, j'ai fait ce que j'ai pu... page 297

samedi, mars 19, 2011

MESSAGES DE MERES INCONNUES (Xinran)

Tout Chinois né au milieu du XXè siècle sait que, pour la plupart, nous étions le produit d'une société dominée par l'ignorance sexuelle. Nous mettions , dans le même sac, l'affection, le sexe et l'amour, comme s'il s'agissait d'une même chose; nous avions perdu notre instinct animal et étions devenus "domestiqués"; il n'y avait pas de critères reconnus du bien et du mal et nous n'avions aucun moyen de savoir ce que c'était l'amour et ce qu'il signifiait. A la maison, à l'école, et dans la société en général, l'éducation sexuelle était un gros mot, elle était même considérée comme un déshonneur pour la famille. page 40
La façon dont nous appréhendons notre présent tout autant que notre avenir dépend de ce que nous avons vécu. page 52
"Je n'ai jamais su qui j'étais. Mon nom a été choisi pour moi par l'orphelinat des missionnaires. Ils m'ont donné un nom étranger, Mary, mais pendant la Révolution culturelle, alors que j'avais la trentaine, les gardes-rouges l'ont changé en Mary la Rouge. page 143
Avant 1990, tous les orphelinats chinois que j'avais vus de mes propres yeux ou dont on m'avait parlé étaient des lieux complètement oubliés de la société; le pays et son gouvernement n'avaient tout simplement pas envie de s'en soucier. Nombre de fonctionnaires les considéraient comme une source d'embarras national tandis que les gens du peuple les voyaient comme des dépotoirs page 144
Ne pas avoir d'enfants pour une famille équivaut à une tragédie; un échec pour le couple.
En Chine, on abandonne des nouveaux-nés depuis des temps immémoriaux. Les gens le faisaient parce qu'ils croyaient de leur devoir envers les ancêtres de leur donner, pour premier-né, un fils un héritier...page 172
"Toute notre vie, m'a-t-elle dit, ton père et moi, nous nous sommes battus pour présenter un front uni devant tout le monde, afin que personne ne puisse dire du mal de nous lorsque nous serions morts. Mais si notre fille unique est mère célibataire, comment ton père et moi pourrions rentrer à Shanghaî...Il nous serait tout simplement impossible de regarder en face nos amis et notre famille. page 187
En Chine, à tous les niveaux de la société, le lieu d'origine et l'accent demeurent des signes de statut social tout aussi importants aujourd'hui que par le passé. page 201
En Chine, chez les travailleurs - et ce, quel que soit leur échelon - il est extrêmement courant que des parents soient si occupés qu'ils négligent leur progéniture. Même si conformément à la politique gouvernementale, il n'y a qu'un seul par famille, la plupart des enfants passent leur vie soit à l'école, soit à faire leurs devoirs scolaires. Leur lire une histoire? pas le temps! Leur préparer à manger? Pas le temps! Jouer avec eux? Pas le temps pour ça non plus. Les parents sont trop occupés à économiser pour payer des études supérieures et le mariage de leurs bambins. page 208

lundi, mars 07, 2011

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT (Yasmina Khadra)

(L'oncle de Younes à son père) "Ton fils est mon neveu. Il est de mon sang. Confie-le moi. Tu sais très bien qu'il n'arrivera pas à grand'chose dans ton sillage. Que comptes-tu en faire. Un montreur d'ânes? Il faut regarder la réalité en face. Avec toi, il n'ira nulle part. Ce garçon a besoin de fréquenter l'école, d'apprendre à lire et à écrire, de grandir correctement. Je sais, les petits Arabes ne sont pas faits pour les études. Ils sont plutôt destinés aux champs et aux troupeaux. Mais moi, je peux l'envoyer à l'école et en faire un homme instruit. Je t'en supplie...Ne le prends pas mal. Réfléchis juste une minute. Ce garçon n'a aucun avenir avec toi.
Mon père médita longuement les propos de son frère, les yeux baissés et les mâchoires soudées. Quand il releva la tête, il n'avait plus de visage; un masque blafard s'était substitué à ses traits. page 44
(Younes vient dans son village voir sa famille). Il m'avait suffi de changer de vêtements pour les déboussoler (les gens de son village). Vous avez une bouille en papier mâché et un sac de jute par-dessus votre ventre creux, et vous êtes un pauvre. Vous vous lavez la figure, donnez un coup de peigne dans vos cheveux, enfilez un pantalon propre, et vous êtes quelqu'un d'autre. Cela tenait à si peu de chose. A onze ans, ce sont des éveils qui vous désarçonnent. Les questions ne vous apportant pas de réponses, vous vous accommodez de celles qui vous conviennent. J'étais persuadé que la misère ne relevait pas de la fatalité , qu'elle s'inspirait uniquement des mentalités. Tout se façonne dans la tête. page 96
Parfois mon oncle recevait des gens dont certains venaient de très loin... C'étaient des gens très importants, très distingués. Ils parlaient tous d'un pays qui s'appelait l'Algérie; pas celui que l'on enseignait à l'école, ni celui des quartiers huppés, mais d'un pays spolié, assujetti, muselé, et qui ruminait ses colères comme un aliment avarié. page 98
(L'oncle est dénoncé pour ses désirs d'indépendance de l'Algérie, emprisonné, torturé, aussi quitte-t-il Oran pour Rio Salado, avec son épouse et son neveu ) J'étais ébloui. Né au coeur des champs, je retrouvais un à un mes repères d'antan, l'odeur des labours et le silence des tertres. Je renaissais peu à peu dans ma peau de paysan, heureux de constater que mes habits de citadin n'avaient pas dénaturé mon âme. Si la ville était une illusion, la campagne serait une émotion sans cesse grandissante.; chaque jour qui s'y lève rappelle l'aube de l'humanité, chaque soir s'y amène comme une paix définitive. J'ai aimé Rio d'emblée. page 131
Et arriva le 8 mai 1945. Alors que la planète fêtait la fin du cauchemar, en Algérie, un autre cauchemar se déclara, aussi foudroyant qu'une pandémie, , aussi monstrueux que l'Apocalypse. Les liesses populaires virèrent à la tragédie.Tout près de Rio Salado, à Aïn Témouchent, les marches pour l'indépendance de l'Algérie furent réprimées par la police. A Monstaganem, les émeutes s'étendirent aux douars limitrophes....page 194
(Jelloul, un Arabe qui travaille pour André, un colon, vient trouver Jonas) Jelloul boîtait. Il avait le visage tuméfié, les lèvres éclatées et un oeil poché.
- Qui t'a mis dans cet état?
- André...
- Tu ne peux pas comprendre, toi. Tu es des nôtres et tu mènes leur vie...Quand on est l'unique gagne-pain d'une famille composée d'une mère à moitié folle, un père amputé des deux bras, six frères et soeurs, une grand'mère, deux tantes répudiées avec leur progéniture, et un oncle souffreteux à longueur d'année, on cesse d'être un être humain... Entre le chien et le chacal, la bête amoindrie choisit d'avoir un maître. Page 198
Mon oncle ne verra pas son pays prendre les armes. Le sort l'en a rendu indigne. Autrement comment expliquer qu'il se soit éteint cinq mois avant le brasier tant attendu et tant reporté de la Libération? Le jour de la Toussaint 1954 nous prit de court. page 312
L'Algérie algérienne naissait au forceps dans une crue de larmes et de sang; l'Algérie française rendait l'âme dans de torrentielles saignées. Et toutes deux, laminées par sept ans de guerre et d'horreur , bien qu'au bout du rouleau, trouvaient encore la force de s'entre-déchirer comme jamais. page 384

dimanche, février 27, 2011

L'ENFANT PIED-NOIR (Elie-Georges Berreby)

(L'enfant-narrateur cherche des petits boulots pour gagner un peu d'argent, pour faire vivre sa famille)
Mme Moralès , la femme du carrossier, elle m'a dit :" On ne va pas tout leur laisser aux Arabes. Toi aussi, tu as le droit de te faire de l'argent de poche. Surtout que c'est un métier honnête" page 29

L'air est si parfumé que je le respire comme une friandise. page 65

samedi, février 19, 2011

CITE DE LA POUSSIERE ROUGE ( Qiu Xiaolong)

Pleins d'ardeur, d'un pas énergique,
Nous traversons la rivière Yalu!
Protéger la paix, défendre la terre,
C'est souvegarder notre foyer.
les braves fils et filles de Chine
Sont unis pour résister à l'Amérique, pour aider la Crée,
Et pour vaincre les loups ambitieux des Etats-Unis.
page 37 Le Chant de la bataille des Volontaires du peuple chinois, 1954.
1972. La visite à Shanghaï du président Nixon.
Tout d'abord, il fallait écarter tous les facteurs potentiels de troubles. Exercer une surveillance vigilante des ennemis de classe, soit les cinq "classes noires" - propriétaires fonciers, paysans riches, réactionnaires, mauvais éléments droitiers - ainsi que les capitalistes; le comité de quartier les avait tous mis comme des crabes ligotés dans le même panier, à savoir la pièce arrière du bureau du comité. Ils n'ont pas été autorisés à en sortir une seule minute jusqu'à ce qu'on les libère. page 68
Le développement est la seule vérité qu'il soit communiste ou capitaliste. (Deng Xiaoping) 1992 page 141

vendredi, février 11, 2011

LE CRI DES PIERRES ( G. Sinoué)

D'un geste nerveux, le personnage écarta un pan du keffieh à damiers noirs qui recouvrait son crâne, et le rejeta à l'arrière de son épaule gauche. Cette coiffe n'avait rien d'anodine, Hussein le savait , même si traditionnellement , on le retrouvait chez la plupart des Bédouins et des paysans arabes . Mais , depuis 1936, à l'époque des soulèvements organisés par le père de Zeyd, ce keffieh représentait tout un symbole; celui de la résistance contre la présence anglaise en Palestine. Il servait alors aux combattants à se protéger le visage pour ne pas être reconnus par les soldats britanniques. Page 32
"Seule la bombe atomique nous permettra de tenir à distance les pays arabes qui n'aspirent qu'à nous éradiquer" page 87 un Israëlien, Fraenkel
Le propre des questions sans réponse immédiate est qu'elles continuent de creuser des galeries dans le cerveau jusqu'à ce qu'elles trouvent leurs solutions, vraies ou fausses. Page 91
La foule est une masse d'individus réunis par les circonstances. Le peuple est une entité permanente façonnée par l'Histoire. Contrairement à la foule, le peuple sait ce qu'il veut. Mais il ne sait pas comment y parvenir. C'est pourquoi il a besoin de chefs. Il se donne à eux aveuglément, tant qu'ils se donnent à lui. Mais lorsqu'ils se prennent non pour des guides mais pour des maîtres, lorsqu'ils trahissent ses aspirations, par cupidité ou par ambition personnelle, alors, il les renverse. Il brûle ce qu'il a eu tort d'adorer. Un peuple ne se donne pas des chefs pour qu'ils s'enrichissent ou se couvrent de gloire, encore moins qu'ils le conduisent au désastre. Il s'en donne pour qu'ils le fassent accéder à de meilleures conditions de vie. Ceux-là, croyez-moi, il ne les abandonne jamais. page 112.

dimanche, janvier 30, 2011

C'ETAIT NOTRE TERRE (Mathieu Bélézi)

Quatre années de travail pour un écrivain sans compromission. Mathieu Bélézi laisse exploser sa colère ...Plusieurs voix, plusieurs générations, pour un seul souvenir, celui de la terre des colons venus s'implanter en Kabylie. La première voix est celle du souvenir, revenu en France, puis la seconde, celle du ressentiment. Puis celle du Pater familias dur pour les siens comme pour ses gens. Puis, cette finale et sans doute la plus difficile à entendre , de Fatima, la servante attachée à la famille dont le destin et la révolte personnelle va coïncider avec l'Histoire...Ce à quoi s'attache Bélézi, c'est à l'aveuglement de chacun, de chaque génération, face à l'inéluctable de cette fin de règne...C'était notre terre n'est pas un roman sur la guerre d'Algérie , ni un témoignage mais, sans la moindre concession, c'est la chronique d'une mort annoncée ...

C'était notre terre
quand je dis que c'était notre terre, je veux dire que nous ne l'avions pas volée, que nous en avions rêvé au temps de nos ancêtres, et que l'Etat français nous avait permis de concrétiser nos rêves en nous vendant une bouchée de pain six cent cinquante-trois hectares de bonne terre africaine
-te souviens-tu, Henri?
six cent cinquante-trois hectares réservés à notre seul usage, ça fait beaucoup de collines, de vallées, de bouquets d'agaves et de lentisques, d'oueds, de cailloux, d'oiseaux de toutes couleurs, ça fait beaucoup de ciel et de nuage
-te souviens-tu, Henri?
ça fait beaucoup de sueur, de fatigue et de larmes, beaucoup de malheur et pas assez de joie, mais pour rien au monde j'aurais voulu naître ailleurs
c'était notre terre. Page 9
"discutant avec le serveur de la terrasse afin qu'il nous trouve une table à l'ombre, l'obligeant à chasser quatre Arabes qui venaient de s'asseoir.¨Page 12
"Je me souviens que mon père n'aimait pas ma familiarité avec toi , Fatima, il me disait que nous avions un rôle à tenir, une culture à défendre, et qu'il fallait prendre garde à ne pas oublier la distance qui sépare l'homme civilisé du sauvage" (Claudia) page 18
c'est parce que nous ne nous aimions pas que nous avons fait trois enfants, je n'en désirais pas, mais je me suis dit qu'ils meubleraient ma vie ratée, Antoine et Marie-Claire sont venus assez vite, Claudia un peu plus tard page 37
J'ai épousé Hortense et en épousant Hortense on m' a permis d'entrer chez les riches, quel honneur n'est-ce-pas? mais on m'aurait demandé de passer par les trou d'une souris que ça aurait été pareil, puisque j'étais né pauvre et que j'avais des appétits d'ogre j'étais prêt à tout, à commencer par ravaler mon orgueil et mettre mon mouchoir dessus, et une fois franchie la porte des riches, la famille Saint-André m' offert sur un plateau le titre de propriétaire, à moi fils et ptit-fils d'employés qui n'ont jamais dévoré que des rêves sur les trottoirs mal embouchés de Bab-El-Oued
livre-t-on six cent cinquante-trois hectares aux appétits d'un ogre? ce n'est pas l'ogre qui faut poser la question
toujours est-il que ces six cent cinquante-trois hectares de terres algérinnes m'ont fourni tout le caviar et le foie gras que j'étais capable d'avaler, toutes les bouteilles de whisky et de dom pérignon que j'avais envie de boire, tous les blazers d'alpaga et les costumes en tussor que je désirais, toujours est-il que ces six cent cinquante-trois hectares de terres algériennes m'ont permis d'entretenir mes cheavaux, mes voitures et, si je fais le compte, autant de putes que d'ouvriers page 50
oui, je crois qu'un jour ou l'autre, il faudra rendre aux Algériens ce qui leur appartient (Antoine, le fils)
- c'est ce qu'on t'a appris à Paris? dit ma mère...
-il n'est pas besoin d'habiter Paris pour penser ce que je pense page 85
Ils sont sortis des forêts, des broussailles, des grottes où ils se terraient comme des rats, et ils se sont emparés du bled, de nos terres à tous et de mes terres à moi, avec leurs fusils, ils contrôlaient les routes, avec leurs mitraillettes ils ouvraient les portes de nos maisons, avec leurs couteaux à égorger ils nous poussaient dehors
-A bas le colonialisme
scandaient-ils en levant les bras de la victoire
-Vive l'Algérie indépendante" (Hortense page 113)
Comme si ces gens-là avaient besoin de remercier , en 40 ans de travail, je n'ai pas été remerciée une fois, moi, l'esclave, la bonne, la domestique, la femme de peine, la maritorne, la servante, la soubrette, la soullon, quand on est riche, on ne remercie pas sa boniche, on ne remercie personne, à part son Dieu qui ferme les yeux et permet cette insolence.
(Fatima)page 235

jeudi, janvier 27, 2011

SKY (Patrick Chauvel)

Patrick Chauvel en tant que photographe a suivi une patrouille de soldats américains dans la guerre du Vietnam.

Etrange cete terrasse couverte où s'échouaient les journalistes (à Saïgon) . Il y avait ceux qui bavardaient tout le temps - les nouveaux arrivés - et ceux qui se taisaient : ceux-là étaient dans la guerre, ils n'arrivaient plus à en parler; elle restait accrochée à eux. page 25
Avant de aprtir au Vietnam, j'étais impartial car mal informé. Je lisais tout et n'importe quoi sur ce qui se passait là-bas. Alors, j'ai voulu voir, vérifier. Va voir et raconte. Et puis dis-nous la vérité? Non, ma vérité et rien d'autre. page 32
"On vivait à Washington (Sky parle) , la ville de ceux qui décident les guerres mais restent chez eux. page 52
Il y aura plus de cinquante-huit mille morts chez les soldats américains, sans parler des blessés que la guerre aura recrachés, moitiés d'hommes qui erreront à la recherche d'un travail ou d'un peu de reconnaissance, virés par la jungle et la mort, chômeurs d'apocalypse, abrutis de souvenirs. Les morts seront plus veinards:ils auront droit de finir sur un long mur de marbre noir qui reflétera les visages des survivants come des âmes en peine. C'est une Américaine d'origine chinoise qui a pondu ce mausolée. page 72
Le journaliste photographe que je rêvais d'être est mort. Ce sont mes premiers pas de guerrier page 143 (3 membres du commando sur 6 ont été tués)
Paris, ils n'ont rien compris (le journaliste est rentré à Paris) J'ai l'impression de m'être écrasé sur une autre planète.
Une planète habitée, et même très habitée: il y a des gens partout. Ils ont le même aspect que moi, mais ils vont vite, ils se croisent, affairés; une course, ou plutôt un grouillement de quidams qui courent dans tous les sens . Où vont-ils donc? page 179
Je suis à Paris, encagé come un fauve. Là-bas, je croyais avoir traversé l'enfer en tenant coûte que coûte la tête hors du chaos, en supportant le mal jusqu'au bout. Mais ici, c'est l'enfer. page 180
Tombé de la guerre en plein Paris, je me retrouve le cul par terre, entouré de gens qui se marrent et profitent de l'après -68, à des années-lumière de mon idée de la révolution, et pour qui la guerre du Vietnam est une cause en vogue, comme le portrait du Che qu'on retrouve à toutes les sauces...Les pires, pour moi, sont ceux qui se déguisent en militaires avec le signe de la paix imprimé sur une veste de combat achetée aux puces. page 186
-"On ne parle pas de guerre, on la fait.
-Nous l'avons faite, tous les trois. Et la peste, comme la guerre abolit les frontières individuelles des hommes...Un sentiment de communauté, de fraternité, une solidarité réelle, nous donnent l'impression de nous affranchir de notre condition. L'homme est changé. C'est un règne nouveau qui s'ouvre et qui durera. Plus jamais les choses et les gens n'apparaîtront ce qu'ils étaient naguère." page 222

dimanche, janvier 23, 2011

mardi, janvier 11, 2011

TOUTE UNE HISTOIRE ( Hanan el-Cheikh)

L'auteur rappporte avec une scrupuleuse fidélité les confessions de sa mère analphabète, Kamlech, née au début des années 1930 dans une famille chiite extrêmement pauvre, au Sud-Liban. Promise à 11 ans à son beau-frère, elle s'installe avec la famille de son futur mari dans un quartier populaire de Beyrouth. Elle est placée comme apprentie chez une couturière et tombe amoureuse du cousin de cette dernière, Mahomed, un jeune lettré féru de poésie. Forcée à 14 ans de se marier avec son fiancé, Kamlech a trois filles...Elle reste follement éprise du beau Mahomed... Elle va , bravant tous les usages, tenter d'obtenir le divorce, au risque d'être séparée de ses filles.
"On me fait croire que la couturière a besoin de prendre mes mesures pour une cousine de Khadijeh qui a la même taille que moi. Quelques semaines plus tard, je trouve par hasard, cette robe au milieu d'une pile de robes, une robe de mariée blanche. Comme dans un film, je comprends que je vais me marier. J'éclate en sanglots et me mets à tirer sur mes cheveux. Je montre à ma mère et à Khadijeh la touffe que j'ai arrachée. Je me frappe la poitrine en criant :
"Non, ne me faites pas ça! Pitié!".
Je me précipite chez Fatmeh (la couturière) pour lui raconter ce qui se passe. Elle m'avoue que si Abou Hussein(son futur mari) lui a demandé de m'apprendre la couture, c'est que pour que je sois une copie conforme de sa défunte femme Manifeh. Je me frappe la poitrine ...Page 85
Avant le film, nous regardons des "actualités" sur la guerre qui se prépare en Europe. Nous voyons l'Italien à la tête carrée qui parle à la foule - il a l'air très en colère - , l'Allemand à la petite moustache , le gros Anglais avec une grosse cigarette noire à la main - elle est en deuil, me dis-je, la guerre va commencer. Puis nous voyons les chars allemands faire la course pour entrer en Pologne. page 89
Ibrahim (son beau-frère)n'était pas le seul à vouloir contrôler les femmes de la famille. Chacune de mes amies craignait un cousin, un frère, un mari. Cela valait aussi pour les riches et le grand monde, comme ma cousine Mira. page 135
. Après cette soirée (au cinéma) je me suis mise à penser follement à Mahomed. Je me voyais en marchande de pommes; lui était l'aristocrate qui savait lire et écrire...Pour moi, le cinéma était une école. Il m'enseignait l'histoire, la géographie, me parlait d'un continent qu'on appelait l'Europe et me montrait la guerre. Il m'apprenait à parler, et à m'habiller, il me faisait entrer dans des maisons luxueuses et de pauvres masures, et je faisais connaissance avec leurs habitants. J'aurais aimé vivre comme certains et je rendais grâce à Dieu de vivre mieux que certains autres. Je rencontrais sur l'écran des gens comme moi, d'autres comme Ibrahim et même comme mon mari. page 136
Mon divorce est un scandale , parce que j'y ai joué un rôle d'homme - c'est moi qui ai répudié mon mari -, comme un homme répudie la mère de ses enfants pour épouser une autre femme. Et j'ai abandonné mes filles - l'aînée à l'âge de dix ans, la cadette à sept ans- , parce que je n'osais réclamer leur garde: je savais que le cheik me voyait comme une mauvaise mère car j'avais commis l'adultère. page 204
J'étais soulagée que mes deux aînées se soient mariées. Non pas parce que, pour une fille, le mariage est synonyme de sécurité et de stabilité, mais parce que j'avais peur que le fait d'avoir une mère divorcée soit pour elles un obstacle. page276
Au début du printemps 1975, Beyrouth est agitée par de nouveaux troubles. Un bus de réfugiés palestiniens est mitraillé par des miliciens phalangistes lors de son passage dans un quartier chrétien. Les combats entre musulmans et chrétiens reprennent. Comme tout le monde, je suis sûre que c'est pareil qu'en 1958: cela va vite s'arrêter. page 280

samedi, janvier 08, 2011

TERRE DES OUBLIS ( Duong Thu Huong)

L'homme n'est pas une autruche. Il doit faire face à la vie, qu'elle soit heureuse ou malheureuse, riche ou misérable, paisible ou périlleuse. Dieu a donné à l'homme de marcher debout, contrairement aux bêtes, pour lui permettre de regarder droit devant. page 122

L'homme peut mourir, il ne doit pas se soumettre. Nous ne sommes pas des bêtes soumises aux ordres d'autrui. page 123
"Mon fils, le métier de planteur , bien que harassant, est ausi plein d'agréments...Jadis, seuls les Français ont su créer de grandes plantations,mais ils étaient trop rapaces, ils n'ont pas appris la sagesse des Orientaux: s'arrêter à temps, se contenter du raisonnable. Ils exploitaient trop les ouvriers et, inévitablement récoltaient l'échec. Quant aux fermes collectives de l'Etat, ce ne sont que des plantations sans propriétaire, des serpents sans tête incapables de se diriger. Penses-y. Un de ces jours, ils devront autoriser l'ouverture de plantations privées pour éviter la famine. Tu es avisé, tu as un peu d'expérience du commerce avec ta mère... page 134
L'Histoire a été faite par nous , les vieux., certains sont gauchistes, d'autres droitiers, démagogues, extrémistes voire terroristes. Il faut voir ce qui est juste et ce qui est erroné avant d'agir; non? page 197
"Sais-tu comment Hoan, le mari de Mièn, s'y prend pour édifier ses plantations? Au début, ils piochaient et labouraient comme tout le monde. Puis il a réussi à défricher d'un seul coup trois champs de poivriers et un champ de caféiers avec l'aide des gens du Hameau de la Montagne et des deux villages voisins. En ce temps-là , les marchandises étaient extrèmement rares. On rationnait les culottes, les savonnettes pour laver le linge, mais il (Hoan) a réussi à trouver des sacs entiers de vêtements, d'aliments précieux, toutes sortes de cigarettes, rien que des produits de qualité auxquels seuls les officiers de haut rang pouvaient prétendre. Les gens du Hameau n'étaient pas les seuls, tout le monde se bousculait pour travailler pour lui. Ils gagnaient sur tous les plans, la notoriété et les produits à consommer. page 405
Les Chinois ont d'authentiques talents. Tout d'aord parce qu'ils ont de l'expérience. Les Chinois savent naviguer depuis l'Antiquité.Ils savaient déjà construire des bateaux pour franchir les mers, ils connaissaient déjà la valeur de l'argent pendant que, nous autres, Vietnamiens, nous chantions les louanges de la pauvreté honnête, de la pureté d'âme, et que nous méprisions ceux qui faisaient fortune par la voie du commerce et non grâce aux moissons et aux prébendes mandarinales. Le choix de nos valeurs était erroné dès le départ. Nous en payons le prix. page 449
De nos jours,avec l'égalité des droits et des pouvoirs, les femmes deviennent des sources de problèmes. page 487
-Une histoire étrange excite toujours la curiosité. C'est banal.
- Non, non... C'est banal et ce ne l'est pas. la curiosité des gens n'est pas aussi innocente que vous le dites. Elle s'accompagne toujours de préjugés, de cruauté. Souvent, elle tue un homme, un amour. Elle détruit une famille sans risquer la prison ou le tribunal. Elle n'a même pas le visage sur lequel on pourrait cracher... Ce qu'on appelle la curiosité, l'opinion, la rumeur de la foule, est une chose invisible et pourtant terrifiante. J'ai été sa victime...Page 685

vendredi, décembre 31, 2010

LE CHRIST A LA CARABINE (Ryszard Kapuscinski)

(La Palestine, 1974) Les fedayins veulent nous montrer tout: les destructions, le marché aux poissons abandonné, l'unique puits du camp. Ils sont désolés que nous n'ayons pas pris nos appareils photo. Ils voudraient montrer Rashidiya au monde entier. Ils continuent de croire qu'ils vont être écoutés et compris, qu'ils ne resteront pas seuls. L'essentiel est que leur cause soit entendue et connue, que la planète entière sache qu'il existe une cause palestinienne et qu'elle s'interroge: "Pourquoi les Palestiniens luttent-ils?" Pour le moment , toutefois, d'innombrables forces s'emploient à éviter que la question ne soit posée, les gens essaieraient de trouver une réponse en se reportant aux faits et surtout en consultant une carte. Or il suffit de regarder n'importe quelle carte pour s'apercevoir avec stupéfaction que la Palestine est introuvable. C'est bien là le problème. La Palestine est un véritable mouchoir de poche. Ses frontières sont à un jet de pierre l'une de l'autre. C'est ça la Palestine. On peut la traverser en une journée. page 12
Israël est un petit pays, mais il a les prétentions d'une grande puissance. Il a besoin d'une grande administration, d'une grande armée, de grands services de renseignements. Il y des postes vacants partout....Certains juifs ont gardé de la Palestine le souvenir d'un paradis où Arabes, Juifs et chrétiens vivaient en harmonie, personne ne songeait à tirer une balle dans le dos de son voisin. Chacune des trois communautés s'occupait de ses propres temples, il y avait assez de place pour les trois dieux. page14
Tous les prophètes de l'Ancien Testament ont maudit la Palestine, terre de peuples malchanceux. Il suffit de lire la Bible. La Palestine est maudite au début et elle l'est à la fin du Livre des livres. Or l'écriture de la Bible s'est faite sur un millénaire. page 31
Toutes les émigrations historiques déclenchent des mécanismes semblables. Quand on connaît l'histoire des différentes émigrations polonaises, on comprend aisément la situation des Palestiniens; Un pourcentage se met à collaborer avec l'administration du pays d'émigration. Généralement, il s'agit d'une partie de l'aristocratie et de la bourgeoisie ou d'éléments marginaux. Mais la grande majorité se bat pour la liberté. Elle se divise généralement en deux camps: le premier mise sur les démarches diplomatiques ou sur la politique des gouvernements qui lui sont favorables pour gagner son combat; le second, insurrectionnel, considère que le seul moyen de défendre sa cause est de prendre les armes. page 97
(L'auteur rencontre un Palestinien dans l'ascenseur d'un petit hôtel de Beyrouth, il a rendez-vous avec lui) Dans l'ascenseur qui monte, il sort une pomme de son sac et me la tend. pour les Palestiniens, c'est une manière de lier connaissance: on offre un fruit à la personne que l'on rencontre. Les fruits sont la seule et unique richesse de la Palestine. Donner un fruit, c'est donner tout ce que l'on a. page 47
Un homme qui a vécu la guerre est différent de celui qui ne l'a jamais connue. Ce sont deux espèces humaines différentes. Elles ne trouveront jamais de langage commun car on ne peut vraiment décrire la guerre, on ne peut pas la partager, on ne peut pas dire à l'autre: "Prends un peu de ma guerre". Chacun doit assumer la sienne jusqu'au bout. page 48
Lors d'une rencontre avec mes lecteurs, on me demande de comparer la figure de Che Guevara avec celle d'Allende et de dire lequel des deux avait raison. ...A un moment de sa vie, Che Guevara abandonne son cabinet ministériel à La Havane, il laisse son bureau et part en Bolivie où il forme un détachement de guerilleros. Il meurt à la tête de ce détachement. Pour Allende, c'est le contraire: il meurt en défendant son bureau, son cabinet présidentiel. Comme il l'a toujours dit, il n'en sortira que "dans un pyjama de bois" autrement dit dans un cercueil. Apparemment, il s'agit de deux morts différentes. Dans la réalité, la différence ne concerne que le lieu, le temps et les circonstances extérieures. Allende et Che Guevara donnent leur vie au nom du pouvoir du peuple, le premier en le défendant, le second en luttant pour lui. Le bureau d'Allende n'est qu'un symbole au même titre que les savates de paysan de Che Guevara. Jusqu'au dernier moment, tous les deux sont convaincus de suivre la voie la plus juste: pour Guevara, c'est celle de la lutte armée, avec les victimes humaines qu'elle entraîne. Pour Allende, c'est celle de la lutte politique, qui veut éviter les victimes à tout prix. Tous les deux étaient médecins...La façon dont meurent Che Guevara et Allende traduit une détermination et une volonté farouches, une dignité folle. Pendant leurs dernières heures, toutes les possibilités de salut sont rejetées: négociations, pourparlers, compromis, capitulation, fuite. La voie se dégage, s'éclaicit et se purifie, elle ne mène plus que vers la mort. Leurs deux morts sont un manifeste, un dzfi. Elles traduisent leur volonté de témoigner publiquement de la justesse de leur cause et leur résolution à payer le prix fort pour elle... Tous les deux tombent en marchant. Leurs morts sont tellement semblables, leurs vies tellement différentes. Ce sont de spersonnalités différentes, des tempéraments opposés.pages 137,138

jeudi, décembre 23, 2010

LE SANG ET LA MER (Gary Victor)

Estevel (frère de l'héroïne: Hérodiane) garde toujours son calme, ne dévie jamais de la route qu'il s'est tracée. Il sait qu'il doit travailler dur, donner son sang à cette terre s'il veut, un jour, laper sa goutte de ciel. Moi, j'avais cru pouvoir aller plus vite. Nous , les femmes, sommes arrivées, pour notre malheur, parfois, à considérer comme normal, obligatoire même, un chemin , pavé de briques cuites au feu de l'enfer. page 14

Yvan ne comprenait pourtant rien à ma passion pour la lecture. Passion qui me permettait de m'extraire, le temps d'un voyage à travers les pages d'un livre, de l'enfer de Paradi, de l'ambiance fausse et carcérale de Pétion -Ville, du chaos et de la crasse de Port-au -Prince. page 18

J'étais grande et fine. Ma peau noire de nuit, me disait-on, était si parfaite que Dieu aurait pu s'y tromper et y incruster quelques-unes de ses étoiles. J'avais , en plus, les traits fins de mon père qui se vantait d'une obscure descendance taïno. J'avais les lèvres charnues, un nez droit, des yuex légèrement bridés aux prunelles pourpres qui pouvaient par moments, quand j'étais en colère, par exemple, prendre des reflets d'un ciel traversé par des orages. page 40
Un ami de la cousine de notre mère nous emmenait voir une chambrette dans ce bidonville qui portait le curieux nom de Paradi, parce que, nous expliqua celui qui nous guidait, il fallait cheminer vers le ciel pour y accéder. page 47
Je restai un mois à Paradi sans descendre en ville, cloîtrée dans la chambrette qui nous servait de logis. Estevel (son frère) m'avait conseillé de ne pas sortir, le temps qu'il trouve du travail et reconnaisse bien les lieux...Je passai donc mes journées à relire les livres que Soeur Marie-Francine m'avait offerts. Je sortais uniquement le matin avec Estevel chercher de l'eau que nous devions transporter dans des bidons suspendus à une perche sur nos épaules. Le sentier était si étroit que la perche ne pouvait qu'être parallèle au chemin. On trouvait l'eau à une fontaine construite par une ONG quatre cent mètres plus bas. Il fallait presque se battre pour avoir accès aux robinets. page 48
Vu d'en bas, Paradi était un chancre., un non-lieu, un cimetière des vivants, une cité-dortoir pour parias fuyant la province à la recherche d'un mieux-être devenu illusoire dans cette capitale. D'en bas, on ne percevait que ce manteau lépreux de béton et de tôle qui avait tondu la verdure sur la montagne. Mais, d'en haut, face à la ville, on était en proie à une sensation de légèreté et de puissance. Le fait d'embrasser du regard la magnificence trompeuse de la ville incitait aux rêves de conquête et de réussite les plus démentiels. page 50
Je commençai à fréquenter le collège de la Résurrection à Pétion-Ville, étonnée que la résurrection me suive ainsi à la trace, du bord de Saint-Jean aux hauteurs gangrenées de cette cité dont la réputation bourgeoise n'était plus qu'un lointain mythe, depuis que les migrations effrénées avaient permis la colonisation sauvage des montagnes, des rues et des trottoirs. La première semaine, j'allais en civil , ne disposant pas encore d'argent pour me payer la confection de l' uniforme du collège., jupe grise, chemisier blanc et cravate rouge. page 58
(Yvan dans sa Jeep) Il avait la vitre teintée de sa Jeep baissée pour nous faire signe d'approcher. Il était en effet très beau... Nous n'obéîmes pas à son signe. Il pointa son doigt vers moi, doigt qui m'intima péremptoirement l'ordre d'avancer vers lui. Il y avait dans le geste du jeune homme l'affirmation d'une autorité qu'il était sûr de détenir, la certitude qu'une jeune fille d'une classe sociale inférieure ne pouvait se dérober à une telle injonction, peut-être économiquement profitable. Les jeunes gens tels que lui étaient des dieux dans ce pays...J'eus donc conscience de la violence du geste d'Yvan, de tout de qu'il impliquait. C'était l'ordre à son esclave, du seigneur au serf. Je me détournai avec dédain pour m'éloigner d'un pas rapide...Il klaxonnaa furieusement. page 72
Le peu de temps que j'avais passé dans la capitale m'avait permis de découvrir que le sommet de la pyramide sociale n'avait rien à voir avec le mythe de la première république noire du monde. page 82
Habituellement, je venais chez lui,(Yvan) toujours en sa compagnie et dans l'après-midi, quand personne de sa famille n'était présent sauf une vieille servante aussi noire que moi et qui, quand elle me voyait, faisait son possible pour me manifester son mépris même si Yvan la rappelait à l'ordre chaque fois. page 97
"Nous possédions ( la famille d'Yvan) des terres ici, du temps où ce pays était encore une colonie. Nous avons un aïeul proche qui a signé l'acte d'indépendance". Il ajouta..." Cette terre est beaucoup plus à nous qu'aux Noirs. Nous leur avons construit un beau mythe. Qu'ils s'en abreuvent. Qu'ils s'en contentent". page 103
(Hérodiane est en compagnie d'Yvan, un jeune Noir nettoie sa voiture) Yvan ne supportait pas que des mains non autorisées se posent sur sa véhicule qu'il faisait nettoyer et lustrer plusieurs fois par semaine dans un car-wash par un ami à lui. ...Sans me préoccuperde lui, j'avançai vers l'enfant pour lui tendre un billet de cinquante gourdes, puis un autre de même valeur que je crus nécessaire d'ajouter non pas pour atténuer sa douleur , mais pour juguler ma propre douleur et acheter le silence de ma conscience qui me reprochait d'être aux côtés de cet homme. Cet incident me rappelait ma condition de maîtresse d'un bourgeois fortuné, sans doute par une particularité personnelle, ne me permettait pas de me dégager de toute solidarité avec ceux qui restaient , par la force des choses, mes frères et soeurs de détresse et de sang. L'enfant prit l'argent en murmurant un merci à peine audible, ses yeux embués de larmes, une expression de désarroi suprême sur son visage. Je retournai vers la Jeep dont Yvan avait déjà, impatiemment , mis en marche le moteur, les jambes lourdes, traînant après moi le boulet de cette solitude, de cet abandon, de ce mépris qui nous enfonçaient chaque jour un peu plus dans les ténèbres. page 117
"Les Guéras (le nom de famille d'Yvan) n'ont pas la réputation de faire dans le social. Ce sont des prédateurs, des hyènes, rien d'autre. Grâce à leur filiation française, ils ont même profité, plus que d'autres requins de chez nous, de l'argent dit de la dette d'indépendance, argent qui a servi à dédommager des colons français. Ce Guéras vous laissera tomber comme un kleenex dont on vient de se servir" (le directeur de l'école d'Hérodiane). page 122
"Paradi, c'est pour ma famille, avoua-t-il.
-Paradi, pour ta famille? m'étonnai-je.
-Paradi, c'est le nom qu'ont donné au bidonville ses premiers habitants. Mais le terrain sur la montagne nous appartient. Essaie de comprendre. Plus de mille habitations de fortune louées à l'année environ à quinze mille gourdes, cela fait quinze millions de gourdes, soit trois-cent soixante-quyinze mille dollars américains chaque année sans redevance fiscale. Nous nous arrangeons pour faire croire que nos terres sont occupées illégalement et ainsi, nous gardons la possibilté de nous faire dédommager par le gouvernement. Nous plantons de la misère, nous cultivons de la misère et nous récoltons de l'or. page 130
(Hérodiane est enceinte d'Yvan et le lui dit)
-J'ai dix-sept ans, Yvan.
- Je m'appelle Guéras ,me rappelle-t-il. Toi, tu t'appelles comment? Hérodiane...quoi?
Cela avait été une passe d'armes rapide. Une passe d'armes qui résumait notre désespoir à nous de Paradi et de tous les autres Paradi de ce quart d'île maudite, notre abandon, notre souffrance, nos veines perpétuellement ouvertes, nos rêves détruits avant même qu'ils prennent forme. En lui rappelant mon âge, je l'avais menacé de le poursuivre en justice. Lui, il avait rappelé à mon souvenir que sa famille comme toutes celles qui trônaient aux commandes de la première république noire, était au-dessus des lois, que j'étais inexistante, une nouvelle forme d'esclave qui avait moins de valeurs qu'au temps de la splendeur de ses pères blancs. Aujourd'hui, je ne valais que par ma soumission, que par mon corps, mon sexe offert sans réticence à la jouissance des nouveaux maîtres. Et les nouveux esclaves, on ne les achetait plus. On les extrayait d'une mine à jamais inépuisable. Celle de la misère.. Celle de l'exclusion. Et ma place était quelque part si enviable qu'on pouvait trouver facilement dix, vingt, trente Hérodiane, moins rebelles, pour le même service. page 168

mercredi, décembre 22, 2010

ZENITH (Duong Thu Huong)

"Les anciens disent que si tu veux un homme, choisis sa notoriété, si tu veux une femme, choisis sa famille. Réfléchis-y" page 53

(Pendant la guerre contre les Américains)
(A l'armée) Même salle, mêmes beignets, même bouillon de pho. N'empêche, la cantine est séparée en deux. Lui (Ho Chi Minh )a sa place réservée en première classe. Le sol y est surélevé de vingt centimètres par un plancher en bois verni brillant. Les chaises sont de meilleure qualité, les tables recouvertes d'une nappe blanche. La vaisselle est en porcelaine chinoise. L'autre côté est plus bas, carrelé, les meubles y sont en bois grossier, sans nappe et la vaisselle est de fabrication locale, rudimentaire. Entre les deux zones, comme pour bien délimiter, des poteaux de bois reliés par une guirlande de fleurs en papier bariolé. page 64
La vie demande des choses bien concrètes dont on mesure la valeur après coup: toujours après coup..., se dit-il en français, tout en soupirant discrètement. page 98
Les anciens disent que les larmes coulent vers le bas. L'amour d'un enfant pour son père ne peut être comparé à celui d'un père pour son fils. Quand nous aimons nos parents, nous regardons vers le haut. Quand nous aimons nos enfants, nous regardons vers le bas. Les larmes obéissent à la loi naturelle et coulent toujours vers le bas. page 127
Le peuple. Ce n'est qu'un pion sur l'échiquier de l'histoire. Son rôle est d'être utile dans le jeu. S'il devient inutile, il faut le sacrifier. page 135
Le destin?
Le destin ou la volonté?
Le destin: parce que l'Amérique a choisi le Vietnam pour y ériger son mur contre l'invasion communiste.
Le destin: parce que la Chine est tombée entre les mains d'un fou fanatique. Un dément qui avait voulu cette guerre à tout prix. Cette guerre érigera à sa célébrité un monument historique, d'un héroïsme gigantesque:
"La guerre anti-américaine sera dix fois plus importante que celle contre la France coloniale. Notre triomphe ne sera que mille fois plus glorieux.
L'objectif était connu d'avance.
L'arc de triomphe avait déjà été érigé dans les esprits et dans les rêves éveillés de quelques-uns avant que tout ait commencé.
Hélas l'histoire est une partie de dés. La guerre sacrée qui mène un peuple est une pièce de théâtre secrètement conçue dans la tête d'un mégalomane. Des millions de gens sont volontairement tombés car ils avaient cru leurs sacrifices nécessaires à l'avenir de leur patrie, à l'honneur de leur peuple. En vérité, ce sont des moutons que l'on pousse vers un immense abattoir afin de glorifier l'idéologie de quelques cadavres déjà enfouis sous terre. pages 159, 160
"Ne tire pas sur les lianes, tu risques d'ébranler la forêt". page 303
Les paysans exposés au soleil toute l'année voyaient dans une peau claire le summum de la beauté.La peau de Ngan était d'une blancheur magnifique et, elle avait en plus, un léger reflet rose qui lui donnait un air juvénile. page 388
"Chacun vit sa vie, on ne peut comparer.
- C'est vrai. L'embêtant, c'est qu'il n'existe qu'un seul système de valeurs, imposé par les lois et par le pouvoir. Comme si on posait un lit standard en demandant à tout le monde de s'y coucher
et de se débrouiller pour se mettre à sa mesure. page 490
De tout temps, la lutte pour le pouvoir a été acharnée, dépouillant chaque combattant de ses belles qualités humaines pour ne lui laisser que la jalousie scélérate, la ruse abjecte et la vile méchanceté. Il (Vu, un homme proche du pouvoir) n'a jamais voulu admettre que toute cette société est devenue immorale et crapuleuse. Il avait pourtant placé en elle tant d'espérance. D'autres avaient misé sur elle toute leur vie. page 499
(dialogue fictif entre Man (Mao) et Ho Chi Minh)Man : Ce qui vous affaiblit, c'est votre sempiternelle hésitation entre l'Orient et l'Occident. D'abord, vous avez cédé à l'illusion de la démocratie, cette nourriture des diables blancs. Vous avez été le bon disciple de l'Occident, alors que vos sbires sont des indigènes. Quand ils vous ont soupçonné d'être profrançais, ils vous ont donc ligoté comme un cochon qu'on s'apprête à égorger, avec pour instrument le vote majoritaire. Vous qui avez appliqué et enseigné le sacrifice à la justice et à l'intérêt collectif, vous ne pouvez plus vous opposer à vos hommes qui le brandissent. Vous avez oublié que les Asiatiques mangent avec des baguettes et que les rôles de maître et de serviteur sont bien cadrés dans nos sociétés. Entre eux, pas d'égalité, ni de confiance, mais seulement la notion d'utilité. Par le terme de camarade, nous nous imposons au bas peuple, comme un sorcier utiliserait la magie pour diriger les troupes de l'enfer. Ce n'est qu'une écorce, une ombre. Et vous, vous l'avez confondue avec le coeur du fruit. C'est là votre erreur fatale. page 514
(Le Président en conversation avec son chauffeur : il voit dans la rue les filles d'attente) . Ce qu'il avait vu démentait ce que, dans son optimisme, il avait imaginé. La réalité, c'étaient des files d'attente où hommes et femmes se bousculaient tels des moutons dans un enclos. Sur les visages exténués, se lisaient la sous-alimentation, l'humiliation, la pression de la peur, du malheur et de la haine. Des visages de futurs malades attendant d'entrer en hôpital psychiatrique. page 557
Lors de la réunion du Bureau Politique le lendemain ( de la scène des files de gens affamés), il avait demandé à revoir la politique économique afin de redresser la situation. Il avait insisté sur le mot : bonheur. Aucune libération n'a de sens si elle n'apporte pas plus de bonheur à l'homme. Une révolution n'est qu'une folle et cruelle aventure si elle n'offre pas plus de liberté et une vie plus digne. De même pour l'indépendance. L'indépendance d'un peuple n' a aucune valeur si elle ne satisfait pas les besoins élémentaires. Personne n'avait objecté. Personne non plus ne l'avait écouté...Les généraux se distribuaient les richesses du palais. Le pouvoir de chacun se mesurait désormais au luxe de sa résidence, aux privilèges de ses acolytes ou de sa famille. Plus grand monde se souciait de la collectivité, car les intérêts particuliers ont toujours été prépondérants chez les hommes. Les soucis du Président étaient devenus futiles et sans intérêt. Toute la machine gouvernementale était à leur propre service, un service illimité, tandis que pour se nourrir, le peuple devait se serrer la ceinture dans les files d'attente, comme des moutons devant une parcelle herbeuse. pages 560, 561

mercredi, décembre 15, 2010

L'ANNEE DE LA VICTOIRE (Mario Rigoni Stern)

L'Italie du Nord , au lendemain de la 1è guerre mondiale, la population des villages a fui devant les Autrichiens en 1914. En novembre 1918, elle revient , tout n'est que champs de ruines, en combré d'obus, de cendres, de cadavres. Le retour à la vie sera longue et difficile. C'est un livre sur le courage de vivre, l'absurdité de la guerre...
On perçoit la montée du fascisme et l'impact de la révolution russe de 1917.

samedi, décembre 11, 2010

QUI A TUE PALOMINO MOLERO? ( Mario Vargas Llosa)

Roman qui se lit comme un polar social, humain, plein d'humour. Il décrit les moeurs péruviennes et les décalages sociaux du pays.

vendredi, décembre 03, 2010

LES SENTINELLES DES BLES (Chi Li)

C'est bien plus tard que les souvenirs d'enfance s'infiltrent au coeur de votre existence, et c'est seulement alors que vous comprenez ce qui a donné à votre vie son assise et ses frontières. Et certains soirs, les cloches que vous avez entendues dans votre jeunesse, résonnent longuement à vos oreilles. page 78
Jadis, nous faisions attention aux moindres détails de la vie quotidienne, nous étions économes, travailleurs, il ne fallait rien négliger, chaque tâche devait être accomplie avec soin. Dans cette existence soigneusement réglée, le temps s'écoulait lentement de sorte que nous n'en avions rien oublié. Quand nous passons la main sur cette vie, il nous semble l'entendre craquer sous nos doigts. Alors qu'aujourd'hui, la vie est devenue tellement banale, qu'on ne se souvient même plus de ce qu'on a fait la veille. page 126