samedi, janvier 28, 2012

GALADIO ( Didier Daenincks)

L'Allemagne des années trente. Ulrich est un adolescent de Duisbourg comme les autres, mais sa peau est noire. Son père, soldat africain, est venu en Allemagne avec les troupes françaises d'occupation chargées de veiller à l'application du Traité de Versailles. Il est reparti en 1921, quelques mois avant la naissance de cet enfant. Hitler et les nationalistes dénoncent la "honte noire, symbole de l'asservissement délibéré du sang arien par les occupants. Leur sort ne sera en général guère plus enviable que celui des Juifs.




L'auteur s'appuie sur une documentation rigoureuse et très fouillée. Il révèle ici le sort terrible des Allemands métis dans un pays emporté par le délire nazi....

PLEURE GERONIMO (Forrest Carter)

La lutte héroïque des Apaches, peuple sans pouvoir politique, sans influence financière et sans amis dans la presse, est absente des pages de l'histoire. Pourtant cette lutte d'un petit peuple résistant aux tentatives de deux gouvernements puissants pour le réduire en esclavage et pour l'exterminer reste inégalée dans l'histoire. Page 226

dimanche, décembre 25, 2011

LA MORT D'OLGA (Horacio Castellanos Moya)

Monologue de Laura qui parle continuellement à un interlocuteur à propos de sa meilleure amie assassinée froidement à San Salvador . Peu à peu, elle découvre que Olga Maria qu'elle croyait connaître, lui est en grande partie une inconnue.

Le roman est une critique acerbe de la bourgeoisie salvadorienne qui abrite ses turpitudes et sa corruption sous le masque de la respectabilité. Portait d'une société figée dasn ses privilèges et convaincue de son bon droit.


"Dommage que la peine de mort n'existe pas. On devrait le fusiller (le meurtrier de son amie) , ma belle, comme au Guatemala., tu as vu l'exécution du dernier Indien? Là-bas, ils ne passent pas leur temps à révasser: l'Indien assassin au poteau d'exécution! C'est comme ça que ça doit se passer. Si dans les pays les plus civilisés, comme les Etats-Unis, on applique la peine de mort, pourquoi pas ici? Il n'y a pas à transiger sur un tel sujet! Mon père dit que c'est à cause des curés que la peine de mort n'existe pas. Je suis d'accord avec lui sur ce point; je t'asure que quand on aura fait fusiller une douzaine de canailles comme celui-ci, les délinquants y réfléchiront à deux fois avant de commettre des méfaits contre les honnêtes gens. pages 65, 66


...Je ne sais pas, ma belle, comment elle a pu entrer en contact avec les communistes (une amie d'école) Elle est de bonne famille, des gens qui ont des plantations de café. Ils l'ont déshéritée, la pauvre, et le diable a jeté son dévolu sur elle. page 74


La plage était très belle à marée basse. Ce qu'il y a de bien en semaine, c'est qu'il n'y a pas la populace. Le week-end, c'est insupportable: toute la racaille d'El Majahual envahit San Blas. Que des voleurs et des putains! Je ne comprends pas pourquoi on ne clôture pas la plage.; c'est ce que dit mon père. Quand on a sa maison en face de la plage, on doit supporter tous ces maladrins qui passent leur temps à chercher quoi voler, qui attaquer. Horrible! Les plages devraient être clôturées pour que toute cette vermine d'El Majahual ne puisse pas envahir San Blas. Mon père dit qu'on ne peut pas à cause de la loi; belle loi! Mais , en semaine, c'est tranquille. page 87

mercredi, décembre 21, 2011

MYOSOTIS (Duong Thu Huong)

Les Américains ont quitté le Vietnam, vaincus. Le nouveau régime donne le pouvoir à de nouveaux maîtres . La perversité, la médiocrité, l'arrivisme font fi de l'idéal du temps de guerre. Ceux qui tentent de quitter le pays - les boat-people - sont sévèrement punis. Le héros du livre, Hung, cristallise toutes ces contradictions et ces espoirs.

jeudi, décembre 15, 2011

CITE DE LA POUSSIERE ROUGE (Qiu Xiaolong)

La Cité de la Poussière Rouge met en scène un quartier populaire de Shanghaï de 1949 à 2005, sous forme de 24 nouvelles qui suivent la vie politique du pays et celle des habitants de ce quartier. Le livre est un portrait de la Chine sclérosée par les dictatures et par les dernières nouvelles du XXI è siècle, le triomphe du capitalisme.

"Tout comme un cheval prouve sa force en galopant sur une longue distance, c'est dans les temps de désastre que nous connaissons l'autre" page 24


Bao, le poète ouvrier (il faisait du tofu - composait des poèmes à la gloire de Mao dés le début de son arrivée au pouvoir, il a continué pendant la révolution culturelle mais son activité poétique a décru ensuite avec l'ouverture du pays à l'économie de marché. Bao avait de moins en moins l'air d'un poète célèbre...Quant à sa femme, elle ne le suivait plus avec son calepin et son stylo. Elle disait que cela n'avait plus d'intérêt de noter ses remarques, qui n'étaient qu'une répétition de clichés. Non seulement elle enseignait dans un lycée, mais en outre, elle était très recherchée pour donner des cours particuliers aux élèves qui voulaient passer l'examen d'entrée à l'université. Les transformations rapides de la société exigeaient que l'avenir des jeunes soit assuré par des études universitaires solides, et les parents ne regardaient pas à la dépense. Entre le public et le privé, elle gagnait cinq à six fois plus que Bao . Dans la nouvelle économie de marché, la valeur de quelqu'un s'estimait tout naturellement d'après ses revenus.

dimanche, décembre 11, 2011

MON OMBRE (Christine Falkenland)

L'auteur est suédoise. Ce roman se passe dans une petite île scandinave...
Beaucoup d'introspection, de jalousie, d'aigreur qu'elle essaie de dépasser...BOF!

mercredi, décembre 07, 2011

LE HERON DE GUERNICA (Antoine Choplin)

L'auteur nous raconte le massacre de Guernica par les bombardiers allemands en avril 1937. Le héros , un jeune peintre autodidacte passe son temps dans les marais à peindre des hérons cendrés. La tragédie le surprend ...

samedi, décembre 03, 2011

LA BELLE AMOUR HUMAINE (Lyonel Trouillot)

Anaïse revient au pays de son père qu'elle a très peu connu avec le désir de savoir qui il était.
Un touriste, c'est très souvent un portefeuille qui commente le peu qu'il voit sur un ton sans appel. Sans doute, estiment-ils que le tarif qu'ils payent leur donne droit à une opinion, que leur cash leur confère un brevet d'expertise. page 29

Le colonel Pierre André Pierre était noir, noir comme son père, noir comme sa mère, noir comme tous les membres de sa famille avant lui, des deux côtés de sa modeste lignée d'agriculteurs. Noir comme tous les habitants de la petite ville dans laquelle il avait pris naissance. page 75






..Ils (les touristes) arrivent avec des gueules de tout va mal depuis toujours, et surtout à l'occasion de ce voyage, de l'aéroport de départ avec les panneaux d'affichage non allumés jusqu'au taxi au coffre trop étroit et une partie des bagages qu'il faut placer sur le siège avant à la droite du chauffeur, ces rues pourries et leurs enfants qui tendent la main et s'accrochent aux portières - on dit "les enfants des rues" comme si les rues étaient leurs mères - en passant par l'avion et le personnel de bord pas sympa, les trous d'air et l'horrible accent de l'hôtesse, l'aéroport d'arrivée, un vrai bordel et la trop longue attente pour récupérer les bagages. page 87




Son père (un enfant qui accompagne ses parents touristes) , il lui a enseigné qu'il faut compter sur soi pour être compétitif. Sa maîtresse lui a enseigné qu'il faut compter sur soi pour être compétitif. Le psy lui a enseigné qu'il doit s'exprimer pour se faire entendre. Le président, quand il s'adresse à la nation, dit que nous sommes une grande nation qui doit compter sur elle-même, mener une politique agressive pour être compétitive. Au nom de son père, de sa mère, de sa maîtresse, des psy, du président, de la nation, des médias, Junior veut qu'on l'entende et être compétitif. page 91






Ils ( les touristes)arrivent avec des batteries de médicaments, se badigeonnent la peau de mille et une pommades Ils sont pris de panique dès que nous traversons les quartiers populaires. On dirait qu'ils s'attendent à un pays inhabité, à une terre vierge qui s'étalerait à leur convenance. Quand ils descendent de voiture pour regagner leur chambre d'hôtel ou entrer dans un magasin, ils avancent une main devant, une main derrière, l'une comme un cache-sexe ou la paume en avant pour signifier: Ne vous approchez pas de moi; l'autre serrée sur le porte-monnaie ou vérifiant sans cesse le portefeuille de peur qu'un esprit maléfique n'y soit venu glisser une patte invisible pour leur faucher quelques billets. page 120






Les peureux (touristes), faut se demander pourquoi ils se donnent la peine de bouger puisque partout où ils vont, ils s'attendent à retrouver tout ce qu'ils ont laissé chez eux.La même bouffe. Les mêmes couleurs. Ils s'étonnent, ils se fâchent de ce qu' ici, on ne mange pas la viande de porc comme chez eux, de ce que les gens ne portent pas les mêmes prénoms que chez eux, de ce que les néons ne soient pas aussi puissants que chez eux. Ils ne cultivent pas le doute et souhaiteraient que le monde soit la copie conforme de leur propre univers. page 121






Il (le père de Anaïse) n'avait pas su développer cette culture qu'a le riche d'habiter son confort. page 122






La vie n'est jamais rien qu'un ouvrage collectif. page 131






La parole sert parfois à trouver les mots, à les sortir de leur cachette, afin qu'ils nous aident à nous révéler à nous-mêmes. page 140






(Anaïse se promène dans le village) Je n'ai pas beaucoup voyagé mais j'imagine qu'il est rare de se retrouver dans un lieu inconnu en étant d'une autre culture, d'une autre couleur et de se sentir accueillie comme si sa présence sur cette terre nouvelle était une chose naturelle, une chose simple allant de soi, comme le lever du jour ou le coucher du soleil. C'est moi qui ai fait l'effort de me rappeler que j'étais étrangère. Pour ne pas faire comme si j'avais tout compris....J'ai réalisé aussi que le pain du jour n'est pas chose gagnée pour tous . Ici, les choses dont vous devez manquer, je ne parviendrai même pas à les énumérer. Ici, dans le village, rien qu'en marchant, j'ai pu constater tout ce vide à l'intérieur des maisons. Je ne puis être qu'étrangère à cette pauvreté. Mais l'envie m'est venue d'entrer dans les maisons. Les regards m'y invitaient. page 148






Dans la ville d'où je viens, il y a toujours de quoi se nourrir, alors on s'y fait.La différence entre ta capitale et la mienne, c'est que chez moi, les pauvres sont assez riches pour oublier qu'ils sont pauvres. page153






...on ne s'invente pas tout seul.



Non, je ne peux pas te dire que j'ai trouvé ce que j'étais venu chercher, mais dans la question relative à l'usage de sa présence au monde, se pose aussi celle de la place de l'absent. Les absents, on les reconstitue toujours: ceux qu'on laisse partir et ceux que l'on ramène. Ce sera ça , mon père: je ramène avec moi au pays d'où je viens des bouts d'enfance triste et une belle nuit d'amour. page 154




Je suis venue chercher l'amitié d'un absent et lui offrir la mienne des années après sa disparition




La terre qui t'appartient est celle où tu plantes tes rêves.

lundi, novembre 21, 2011

LES SOLDATS DE SALAMINE (Javier Cercas)

Guerre d'Espagne, rêve de fascisme à l'italienne, arrivée de Franco etc...


"Allende ne nous a pas fourni d'armes car il ne voulait pas qu'on se fasse tuer. Il pensait à nous comme si nous étions ses fils, tu comprends? S'il nous avait fourni ces armes, nous serions tombés comme des mouches. Enfin, je suppose qu'Alenede est un héros.

-Et qu'est-ce qu'un héros?

-Je ne sais pas dit-il. Quelqu'un qui croit être un héros, et à juste titre. Ou quelqu'un qui a du courage et l'instinct de la vertu et, pour cette raison, ne se trompe jamais ou du moins, ne se trompe pas au seul moment où il est important de ne pas se tromper, et , par conséquent, ne peut pas ne pas être un héros. Ou qui, comme Allende, que le héros n'est pas celui qui tue, mais celui qui ne tue pas ou qui se laisse tuer. Je ne sais pas. Qu'est-ce qu'un héros pour toi?

-Je ne sais pas...

- ...Je crois , que dans le comportement d'un héros, il y a presque toujours une part aveugle, irrationnelle, instinctive, quelque chose qui appartient à sa nature et à quoi il ne peut échapper. D'ailleurs, s'il est possible d'être une personne intègre toute sa vie, il est impossible d'être un héros constamment sublime et c'est pourquoi le héros ne l'est qu'exceptionnellement, à un seul moment ou bien, tout au plus, pendant un temps de folie ou d'inspiration. Prenons l'exemple d'Allende, parlant sur Radio Magallanes, couché à même le sol dans un coin du palais présidentiel de la Moneda, la mitrailleuse dans une main et le microphone dans l'autre, parlant comme s'il était soûl ou comme s'il était déjà mort, sans très bien savoir ce qu'il dit, mais disant pourtant les mots les plus purs et les plus nobles que j'aie jamais entendus. pages 165, 166

samedi, novembre 12, 2011

DU DOMAINE DES MURMURES ( Camille Martinez)

Ce livre - primé au Goncourt par les lycéens - ne m'a guère accrochée. Histoires rocambolesques et mélange de mysticisme et de cruauté.

vendredi, octobre 21, 2011

SEPT HISTOIRES QUI REVIENNENT DE LOIN (Rufin)

(Dans l'Ile Maurice, les personnages principaux sont un couple de Français installés , la famille de la femme y habite depuis des générations)



Nous sommes à leurs yeux (les indigènes) les représentants d'un système qu'ils condamnent sans autre forme de procès. Pourtant, ils ne semblent pas gênés que toute l'organisation de ces hôtels soit calquée sur la vie de nos demeures, à la grande époque du Dominion. Les Blancs y occupent les postes de direction; des Africaines en blouse blanche font les chambres; des Indiens souriants assurent le service et les Chinois sont aux cuisines. Les plages sont interdites aux autochtones. Seuls, quelques pêcheurs en barques traditionnelles , sont autorisés à gesticuler devant les parasols, pour ajouter quelques taches pittoresques et colorées sur l'écran turquoise de la mer. page 47






Il faut reconnaître que Dieu n'a pas disposé sur cette terre insulaire deux créatures, un homme et une femme, mais trois. Et la troisième était un esclave. page 51






Qu'on me comprenne bien: je ne défends pas l'ordre ancien, quand nous étions les maîtres de l'île. Tout ce que je demande, c'est de conserver autour de moi une ultime portion de ce passé, pour continuer à respirer son air, sans lequel je ne peux pas vivre. Cette bulle, c'est ma maison et notre crique. Je n'ai besoin de rien d'autre. page 62






(une autre histoire: un couple décide de se séparer à 20 ans et 40 ans après, ils se retrouvent comme à 20 ans)



(L'homme s'est marié) Ma femme ne restait avec moi que par habitude et convenance. Il était temps de reconnaître que nous ne nous étions jamais aimés. Alors, un jour, j'ai simplement décidé de partir.



...C'est sur le perron de la gare, ...que nous nous sommes séparés, voici quarante années. J'ai peine à raconter ce qui s'est passé. A vrai dire, aujourd'hui, je vois dans notre décision subite un acte de folie et j'ai du mal à reconstituer le cheminement mental qui nous a conduits l'un et l'autre à accomplir un geste aussi insensé. Fut-ce la saturation d'un amour que nous ne croyions pas pouvoir jamais être plus parfait qu'en ce moment-là. Fut-ce une idée sincère, un prétexte, un pari fou? Le fait est que nous avons décidé ce jour-là de nous rendre nos libertés... Nous avons pris cette décision déchirante et magnifique...Ni toi, ni moi n'avons pris l'initiative de rompre ensuite le charme, de revenir sur la séparation et nous avons vécu nos vies...Et puis , il y a eu cette lettre que j'ai lue au plus fort de las aison chaude en frissonnant: ton mari parti, tes enfants élévés, l'envie que tu avais de me rejoindre...Ainsi est née cette évidence que, toi comme moi, nous ne nous étions jamais quittés et qu'après d'aussi longues fiançailles, il était temps, peut-être, de songer à nous réunir. pages 112, 113

jeudi, octobre 13, 2011

MAMMON (Robert Alexis)

( Guerre du Vietnam,le personnage principal est un militaire basé à Saïgon)

Tout le monde se connaissait; on s'interpellait d'une table à l'autre; un brassage incessant montrait les fils qui reliaient des gens habitués à ne vivre qu'entre eux, phénomène habituel aux colonies, quand l'esprit de classe se renforce des liens unissant une minorité d'hommes de même race et de même culture. page 46


J'éprouvais, dans l'éclair d ' une certitude intuitive, l'effondrement du monde qui avait été mien, et l'avènement d'un autre, plus brillant, plus incertain aussi, dont le mythe était, soleil autour duquel gravitaient mille réalités à connaître, la rivière de diamants qu'une riche invitée portait autour du cou. page 52


Les êtres sont moins dans le récit exact de leur existence que dans un geste allant grossir le fleuve de leurs apparitions. Page 76


Il est des lieux sur terre qui prouvent que la vie est le fruit du hasard. Nous en visitions un. Nulle part dans cet antre dominé par le multiple on eût pu trouver le signe d'un principe supérieur. Pas d'organisation, hormis celle commandée par l'urgence de vie. Aucun de ces agencements sous la trame duquel il demeure l'éventualité d'une intelligence fondatrice. (Les soldats sont dans la jungle) page 105


La fleur était le symbole de ma pensée, unique dans son relais entre le bouton et le fruit, digne d'être nommée, ailée, parce qu'elle vient de ce rien qu'on appelle où la plante l'appelle, un moment court , intense, élévé à l'esthétique avant de se décomposer. page 119


Inlassablement, on retombait dans le même aveuglement, l'amour unique, la fidélité, les croyances, les institutions, les manières de penser et de tordre le monde, le bloc des notions unifiées dans les manuels et les dictionnaires, la façon d'enseigner aux enfants , cet horrible moyen , par l'école, de corrompre la pensée à peine éclose, de l'abrutir à force de devoirs, d'âneries à répéter inlassablement, jusqu'à ce que on dise oui, du bout des lèvres, afin de ne pas être puni. page 169


Je n'avais pas menti à Chung, j'étais bien un "mauvais esprit" insouciant de sa propre existence, un être agi par le seul désir de tremper ses mains dans un flot de rubis, et de s'en laver le corps, d'en inonder son âme. Que m'importait ce que j'aurais fait d'une telle richesse! Je voulais toucher, caressr, posséder, rien d'autre n'existait, ni mes anciens compagnons, ni les guerriers dont je pressais le pas L'humanité entière se consumait dasn les flammes qui brûlaient en moi, le monde n'était plus qu'une gemme, une pierre immense brillant des mille feux embrasant l'univers. page 178


Narciise n'aimait en lui que son image. On ne eut trouver beau que des images?A ton avis, qu'est-ce que c'est qu'une image? Est-ce la réalité ou un simple spectacle? - Veux-tu me faire dire qu'on ne trouve beau que ce qui n'existe pas? - Je veux dire qu'en ce moment tu prends plaisir à contempler de simples images. -Les forêts, les montagnes, le ciel, la mer, tout cela n'est pas réel? - Dès que tu les regardes, tu en fais des images.- Comment devrais-je les regarder? - Comme tu sesn tes viscères à l'intérieur de ton corps. page 212


Je ne considérais plus le monde de manière totalement "objective", mais je voulais jouir des objets qui le composaient, trouver le bonheur dans le fait d'accumuler ce que l'autre voix affirmait n'être qu'une illusion. page 254 (Le personnage a quitté son mentor boudhiste, a trouvé les rubis et est revenu à Saïgon)


"Ces pierres ont le goût et la couleur du sang. En d'autres temps, je vous aurais parlé de...possession. "Le mot m'avait échappé.Il résumait assez bien ce que je pensais de mon état depuis le meurtre du moine, et ce que je sentais tapi au fond de mon âme: une hantise en même temps qu'une force inextinguible. Page 258


Mon "désir" , que trois années dans la forêt n'avaient pu éteindre, atteignait son paroxysme. Désormais, tout ce que j'allais toucher se transformerait en or, je le savais, je ne me refusais rien, pas plus les meilleurs restaurants de la rue Carenat que les plaisirs avec les androgynes venus de Bangkok Page 260


Peut-on estimer réellement le bien et le mal dans la vie d'un homme? Ces deux mots, d'ailleurs, signifient-ils quelque chose? Le désir a dirigé ma vie. J'ai consacré mon temps à augmenter ma richesse et, faisant cela, jouet de ce que Hengel nomme "les ruses de la raison" , j'ai contribué au développement de l'humanité....Il faut être entrepreneur, financier, industriel, scientifique, il faut aimer l'argent, il faut grâce à l'argent se donner les moyens de sa haine. page 265, 266

samedi, octobre 08, 2011

JEUNES FEMMES EN UNIFORME ( Tereska Torrès)

De jeunes femmes ont rejoint le Général De Gaulle à Londres après l'appel du 18 juin 40. L'auteur dresse le portait romancé de quelques jeunes filles qui firent preuve d'un courage quotidien pendant le Blitz de 1940 à 1944.

mercredi, septembre 28, 2011

LE POIDS DU PAPILLON (Erri De Luca)

Ce soir-là, il avait joué de l'harmonica pour l'assistance. C'était sa façon de répondre aux questions. page 23

Un homme qui ne fréquente pas les femmes, oublie qu'elles ont une volonté supérieure. Un homme ne parvient pas à vouloir autant qu'une femme, il pense à autre chose, il s'interrompt, une femme non...Une femme est ce fil d'araignée tendu dans un passage, qui se colle aux vêtements et se laisse porter... Un homme qui ne fréquente pas les femmes est un homme seul. Il n'est pas un homme un point c'est tout, et rien à ajouter. C'est un homme sans. Il peut l'oublier, mais s'il se retrouve devant une femme, il le sait de nouveau. page 41

On prend des leçons avec les animaux. Elles ne servent pas à réparer, seulement à s'arrêter...Les dettes se paient à la fin, une fois pour toutes. page 46

A la dernière (femme) il avait vu faire le geste de rejeter ses cheveux derrière son dos. Comme un mouvement d'ennui qui éloigne, mais aussi comme une demande de caresse sur les cheveux. Les femmes font des gestes de coquillage, qui s'ouvre pour expulser comme pour attirer à l'intérieur. page 56

Le présent est la seule connaissance qui est utile. L'homme ne sait pas vivre dasn le présent. page 65

La solitude est un blanc d'oeuf, la meilleure partie. Pour l'écriture, c'est une protéine. page 76

samedi, septembre 24, 2011

LA DOUBLE VIE D'ANNA SONG (Linh Tran Huy)

"La vie, c'est passer son temps à se préparer pour quelque chose qui n'arrive jamais" a écrit Yeats. page11

Le souvenir: ce qui reste à ceux qui ont le temps, qui ont le choix. page 75

Elle s'était dit qu'il valait mieux me blesser que me décevoir. page 121

Et Anna et moi étions devenus amis de même que le vent souffle, que le soleil brille et que la mer est salée.

Aimer quelqu'un à qui l'on doit beaucoup et particulièrement beaucoup d'argent, est en soi une épreuve. Page 132

lundi, septembre 19, 2011

LA BEAUTE DU MONDE (Hector Tizon)

Il pensa qu'il n'y a que dans les rêves que nous sommes l'autre, le vrai. page 35


Etre adulte signifie que l'on sait qu'on a plus de mère, qu'on gît éveillé et seul dans l'obscurité de la nuit. page 51


Le temps annihile l'amour et les illusions, souille l'innocence. page 57


les larmes sont faites pour sourdre des yeux, sinon, elles se transforment en rancoeur, nous laissent stupéfaits; l'âme hébétée , et, comme des morts, même si seule la souffrance nous différencie d'eux....

L'amour comble, bien qu'il ne puisse entrer que là où existe un vide pour le recevoir. page 74


Il n'existe pas d'abîmes plus profonds que ceux qui séparent deux personnes. page 82


Son dernier voyage fut un long détour; la vie d'un homme entre le moment où il naît et sa fin n'est qu'un long détour. page 131

mercredi, septembre 14, 2011

SUR LA ROUTE DE MADISON (Robert James Wallace)

L'analyse détruit l'unité. Certaines choses, les choses magiques, ont besoin d'être vues comme un tout. Si on les fragmente, elles disparaissent. page 51




Les vieux rêves étaient des bons rêves. Ils ne se sont pas réalisés, mais je suis content de les avoir eus. Je ne sais pas exactement ce que cela signifie, mais je m'en servirai d'une manière ou d'une autre. dit Richard. page 55




"Mon Dieu! qu'est-ce qu'il avait donc (Richard) de si spécial? Il était comme un habitant des étoiles qui se serait accroché à la queue d'une comète avant de tomber au bout de son allée. (Francesca)page 98




Quelque chose d'aussi simple qu'un verre de bière fraîche au moment du bain lui semblait (à Francesca) très élégant. Pourquoi est-ce que Richard (son mari) et elle ne vivaient comme ça? En partie, elle le savait, à cause de l'inertie des habitudes. Tous les mariages, toutes les relations couraient ce risque. Les habitudes entraînaient la routine et la routine avait son propre confort , elle en était consciente...La routine est une chose, la peur du changement en est une autre. Et Richard avait peur du changement quel qu'il fût, dans leur mariage. Il ne voulait pas en parler, en général...Pourquoi des murs et des barbelés empêchaient-ils des relations simples, naturelles entre les hommes et les femmes? pages 104-105




"Robert , curieusement, je t'appartiens. Je ne voulais pas être possédée, je n'en avais pas besoin et je sais que tu n'en avais pas l'intention, mais c'est arrivé. Je ne suis plus assise sur l'herbe à côté de toi. Je suis en toi, prisonnière et heureuse de l'être." Il répondit: Je ne sais pas si tu es en moi, ou si tu m'appartiens. Une chose est sûre, je ne veux pas te posséder. Je pense que nous sommes deux à l'intérieur d'un autre être que nous avons créé et qui s'appelle "nous". En fait, nous ne sommes pas vraiment à l'intérieur de cet être. Nous sommes cet être. Nous sommes tous les deux perdus et nous avons créé autre chose, quelque chose qui existe seulement comme une fusion de nous deux. Dieu, nous sommes amoureux! Aussi profondément, aussi complètement qu'on peut l'être! page 129




"Tu es le voyage. Tu es cette fissure où l'illusion rencontre la réalité, là-bas sur la route et la route , c'est toi. (Francesca) page 130




lundi, septembre 12, 2011

LES OLIVIERS DU NEGUS (Laurent Gaudé)

Nous nous entassons dans la mort avec la même tristesse que dans la vie, serrés les uns contre les autres, laids d'être tous identiques. Comme si, même là, nous avions peur d'être seuls. page 38

A chaque génération qui disparaît, c'est un peu du monde qui sombre. page 43

Nous mourrons tous. En une seconde. Sans avoir eu le temps de nous regarder les uns les autres. page 157

lundi, septembre 05, 2011

ORIGINES (Amin Maalouf)

"D"autres que moi ont parlé de "racines"...Ce n'est pas mon vocabulaire. Je n'aime pas le mot "racines", et l'image encore moins. Les racines s'enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s'épanouissent dans les ténèbres; elle retiennent l'arbre captif dès la naissance, et la nourrissent au prix d'un chantage : "Tu te libères, tu meurs!". ...Pour nous, seules, les routes importent. Ce sont elles qui nous convoient - de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la mort violente. Elles nous promettent, nous poussent, puis nous abandonnent. Alors, nous crevons,, comme nous étions nés, au bord d'une route que nous n'avions pas choisie. page 9


Il est des relations d'amour qui fonctionnent sur le mode du manque et de l'éloignement. Tant qu'on est ailleurs, on peut maudire la séparation et vivre dans l'idée qu'il suffirait de se rejoindre. Une fois sur place, les yeux se dessillen : la distance préservait encore l'amour, si l'on abolit la distance, on prend le risque d'abolir l'amour. page 33


Nous sommes les générations arrogantes qui sont persuadées qu'un bonheur durable leur a été promis à la naissance - promis. mais par qui donc? page59


Nous avons constamment deux visages, l'un pour singer nos ancêtres, l'autre pour singer l'Occident. page 121 (l'auteur fait allusion à la tenue vestimentaire des Libanais au début du XXè siècle.)

mercredi, août 31, 2011

LES JARDINS DE LUMIERE (Amin Maalouf) 1991

Les jardins de lumière , c'est l'histoire de Mani, un personnage oublié. Lorsqu'on parle de manichéisme, de manichéen, on songe rarement à cet homme de Mésopotamie, peintre, médecin et prophète, qui proposait au IIIè siècle de notre ère,  -  que les Chinois nommaient "le Bouddha de lumière" et les Egyptiens , "l'apôtre de Jésus"   - une nouvelle vision du monde, profondément humaniste, et si audacieuse qu'elle allait faire l'objet d'une persécution inlassable de la part de toutes les religions et de tous les empires. Loin des jugements tranchés auxquels on l'associe, sa philosophie tolérante et humaniste visa à réconcilier les religions de son temps. 

Mani, qui apparaît, avec le recul des siècles, comme le véritable fondateur de la peinture orientale, lui, dont chaque trait de pinceau allait faire naître, en Perse, mais aussi en Inde, en Asie Centrale, au Tibet, en Chine, mille vocations d'artiste. Au point que, dans certaines contrées, on dit encore "un Mani" quand on veut dire, avec des points d'exclamation, "un peintre, un vrai" page 67
En tout être, comme en toute chose, se côtoient et s'imbriquent Lumière et Ténèbres. Dans une datte que vous croquez, la chair nourrit votre corps, mais le goût suave et le parfum et la couleur nourrissent votre esprit. page 112
Mes paroles, je ne les vends pas, je les distribue. page 160
En chaque homme, une étincelle se dissimule sous les casques, les parures et les cottes de maille. page 179
Je me réclame de toutes les religions et d'aucune.  On a appris aux hommes qu'ils devaient appartenir à une croyance comme on appartient à une race ou à une tribu. Et moi, je vous dit, on vous a menti. En chaque croyance, en chaque idée, sachez trouver la substance lumineuse et écarter les épluchures. Celui qui suivra ma voie pourra invoquer Ahura-Mazda et Mithra et le Christ et Bouddha. Dans les temples, que j'élèverai, chacun viendra avec ses prières. page 198

Il (Mani) évoqua son espoir de voir , dit-il , tous les sujets de l'Empire rassemblés autour d'une sagesse commune. " La même étincelle divine est en nous tous, elle n'est d'aucune race, d'aucune caste, elle n'est ni mâle, ni femelle, chacun doit la nourrir de beauté et de connaissance, c'est ainsi qu'elle parvient à resplendir, c'est seulement par la Lumière qui est en lui qu'un homme est grand. page 208
"Sois fidèle à toi-même, à la lumière qui est en toi, parcelle de sagesse et de divinité. " page 287