samedi, juillet 09, 2011

LA COULEUR DES SENTIMENTS ( Katrhryn Stockett)

Six jours par semaine, je prends le bus pour traverser le pont Woodrow Wilson et aller travailler où habitent Miss Leefolt et ses amis, dans la quartier blanc de Belhaven. (Aibileen une des bonnes noires)



ça s'appelle Proposition de loi pour promouvoir les installations sanitaires réservées aux domestiques (noires) page 76


Constantine (la bonne noire) habitait à un peu plus d'un kilomêtre de chez nous dans un petit quartier noir appelé Hotstack, du nom de l'usine de goudron qui s'y trouvait...Petite fille, je parcourais moi aussi cette distance à pied. Quand j'avais supplié maman et bien appris mon catéchisme, elle me permettait parfois d'accompagner Constantine chez elle le vendredi après-midi. Après avoir marché, sans se presser, une vingtaine de minutes, on passait devant le bazar des Noirs, puis devant une épicerie où picoraient des poules, tandis que s'étirait de chaque côté de la route, une double rangée de maisons plus ou moins délabrées avec leurs toits de tôle ondulée et leurs auvents qui descendaient très bas pour donner de l'ombre...Il y avait quelque chose d'excitant de se trouver dans un monde si différent du mien, et je voyais avec une sorte de frémissement que j'avais de bonnes chaussures , que ma robe-tablier repassée par Constantine était d'une blancheur immaculée. pages 77-78 (Miss Skeeter, une Blanche)



"Je ne t'ai pas élevée pour que tu ailles dans les toilettes des Noirs!" .C'est sale là-bas, Mae Mobley! Tu vas attraper des maladies! Non! Non! Non!" (miss Leefolt) Et j'entends des claques qui tombent, encore et encore sur ses jambes nues...J'ai envie de crier assez fort pour que Baby Girl m'entende, de crier que sale, c'est pas une couleur, que les maladies, c'est pas les Noirs. Je voudrais empêcher que le moment arrive -comme il arrive dans la vie de tout enfant blanc - où elle va se mettre à penser que les Noirs sont moins bien que les Blancs. pages118-119 (Aibeleen)




Miss Hilly secoue la tête. Aibeleen, vous ne voudriez pas aller dans une école de Blancs, n'est-ce-pas


-Non Ma'ame, je marmonne. ...Je prends ma respiration. J'ai le coeur qui bat. Et je dis aussi poliment que je peux: "Pas dans une école avec seulement des Blancs. Mais dans une école où les Blancs et les Noirs sont ensemble."


..."Mais Aibeleen - le sourire de Miss Hilly est glacial - les Noirs et les Blancs sont si ...différents!" Elle fronce le nez.


...Bien sûr, qu'on est diiférents.Tout le monde le sait, que les Noirs et les Blancs se ressemblent pas. Mais on est tous des humains! page 223




"Tu l'aimes ta maitresse?

-Elle est jolie.

-Bien. Toi aussi, tu es jolie, Mae Mobley.

-Pourquoi tu es noire?

...-Parce que Dieu m'a faite noire, je dis. Il n'y a pas d'autre raison au monde.

- Miss Taylor (l'institutrice) dit toujours que les enfants noirs peuvent pas aller à l'école parce qu'ils ne sont pas intelligents."

- Tu me trouves bête?

- Non" Elle chuchote comme pour montrer qu'elle y croit très fort. Elle a l'air de regretter ce qu'elle a dit.

"Qu'est-ce-que ça t'apprend sur Miss Taylor, alors?

Elle cligne des yeux pour montrer qu'elle écoute bien.

"ça veut dire que Miss Taylor a pas toujours raison.", je dis.

Elle me prend par le cou. "Toi, t'as plus raison que Miss Taylor, Aibi". Je fonds. Ma coupe est pleine. C'est nouveau pour moi d'entendre ça. page 459

lundi, juillet 04, 2011

ELENA EST RESTEE...ET PAPA AUSSI ( Erick De Armas)

La vie à La Havane. Le rêve d'aller aux USA, les échecs répétés, la police, les restrictions alimentaires, les débrouilles quotidiennes pour vivre etc...
Pas d'amertume mais de la sobriété dans le récit.

dimanche, juin 26, 2011

C'EST UNE CHOSE ETRANGE A LA FIn QUE LE MONDE (Jean D'Ormesson)

MES ETOILES NOIRES (Lilian Thuram)

Esope, selon les études les plus récentes, auraitété un NUbien emmené en esclave en Phrygie et ses fables s'inspireraient sans doute des contes de sa région. ...Ainsi, Esope trouve-t-il dans ses courts récits un biais pour transposer les travers de ses maîtres. Il subvertit à ce qu'on impose pour préserver l'humanité qu'on lui refuse.Grâce à ses fables, il trouve sa dignité et se redresse. Elles contiennent des conseils de prudence, d'habileté, d'ingéniosité. page 27


(Toussaint -Louverture) A près sa mort, on trouvera dans les plis d'un mouchoir qui recouvrait sa tête, un manuscrit en créole.

"M'arrêter arbitrairement, sans m'écouter, sans me dire pourquoi, s'emparer de tous mes biens, piller toute ma famille, saisir mes papiers, les garder, m'embarquer sur un navire, m'envoyer nu comme un ver de terre, répandre les mensonges les plus calomnieux à mon égard, et après tout cela, me précipiter dans les profondeurs d'un cachot: n'est-ce-pas comme couper la jambe de quelqu'un et lui dire: "Parle", n'est-ce-pas enterrer un homme vivant?" page 83


L'ignoble général Rochambeau, fils du célèbre vainqueur , avec Lafayette, de la guerre d'Amérique, aide Leclerc dans sa tâche d'extermination en lui envoyant de Cuba des chiens spécialement dressés à "bouffer du nègre". (Jean-Jacques Dessaline)


Les préjugés sont tellement puissants à l'époque qu'entre le XVIIè siècle et la fin du XVIIIè la couleur noire subit une éclipse. Michel Pastoureau, historien des couleurs, raconte que le noir disparaît de l'habillement, de l'ameublement, de la peinture, des théâtres,, où il est réputé porter malheur, comme le vert; les deuils se font en violet; les cochons jusque là, majoritairement noirs, deviennent roses par croisement volontaires...page 98


L'horreur de la colonisation belge a consisté à exploiter jusqu'à l'anéantir une main-d'oeuvre gratuite, comme au temps de la traite. Dans le Congo du grand'oncle du roi Baudoin, on brûlait un village ou une région qui n'avait pas fait son quota de caoutchouc, on coupait les mains et les pieds desenfants qui rechignaient un tant soit peu au travail, on pendait, on décapitait, on brûlait, on enflammait, on faisait sauter les puits, les maigres réserves de nourriture, au point de manquer de main-d'oeuvre. Depuis 1919, la population du territoire avait été réduite de moitié! page 253


Taisez-vous

Vous ai-je ou non dit qu'il vous fallait parler français

le français de France le français du français

le français français. (Franz Fanon 1925-1961, Martinique) page 263


Je pense à la cette phrase d'Albert Einstein: " Le monde est dangereux à vivre! Non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire". page 280




jeudi, juin 09, 2011

LA FORET DES 29 (Irène Frain)

En Inde du Nord en 1485, à la lisière du désert, les rathores, seigneurs des lieux , rivalisent de palais mirifiques. Pour les ériger, ils font abattre les arbres par milliers.Une sécheresse effroyable se met à ravager la région.
Un paysan, jambo, jeune homme rejeté des siens, avec quelques hommes et femmes, fonde une communauté qui permet la survie grâce à l'application de 29 principes simples. La vénération des arbres est le pilier de cette communauté.

C'est une épopée historique que Irène Frain ressuscite après une enquête au Rajasthan sur les pas du célèbre Djambo puis chez les Bishnoïs eux-mêmes.

vendredi, juin 03, 2011

AU ROYAUME DES FEMMES (Irène Frain)

Joseph Rock,( 1884, Vienne - 1962, Honolulu) botaniste, linguiste, photographe d'exception. Il s'est illustré en récoltant dans l'ouest de la Chine nombre de plantes qui, sans lui, auraient disparu de la surface de la planète.
Fin 1923, Joseph Rock se lance à la recherche d'une montagne plus haute que l'Everest. Il veut y dénicher , au passage, une étrange tribu matriarcale: Le royaume des femmes. Entre Tibet et Chine, assure-t-il, vivraient les ultimes descendances des Amazones.

mardi, mai 31, 2011

LES INSURRECTIONS SINGULIERES (Jeanne Benameur)

(Antoine raconte son histoire)
J'ai ouvert la porte de la maison. Sans bruit. Et je suis parti. (il a 8 ans)....
Et j'ai couru. Dans ma rue, dans mon quartier, j'ai couru.
Quitter tout ce que je connaissais par coeur. Surtout ne pas m'arrêter. Portails, pavillons, jardins, ça défilait. Rien ne pouvait plus être pareil. Je courais. J'essayais d'arracher mon corps à quelque chose. plus je courais, plus c'est moi qui devenais étranger. Je ne savais pas où j'allais mais je courais.
C'est la voie de chemin de fer qui m'a arrêté net. Page 10,11

Lui, (son père) a été un ouvrier.
Moi, j'ai fait l'ouvrier, c'est différent. Me^me si l'usine est la même. (Antoine et ses collègues ont dû prendre leur RTT car peu de travail à l'usine et est revenu chez ses parents après une rupture avec son amie Karima)




Dans le silence de mes parents, je sais ce qu'il ya sur le sujet. Ils auraient si fiers que je fasse des études, comme Loïc(son frère). "Nous, ce qu'on veut, c'est que vous ayez une meilleure vie que nous". Quand ma mère me disait cela, j'avais envie de lui répondre: Mais ma pauvre mère, votre vie à vous alors, elle vaut quoi? page 18






Je ne sais pas ce que c'est , une route à suivre. Mais, je suis sur la route, il n'y a que les pieds de celui qui marche qui la connaissent . Concrètement. page 51






Quand on regarde derrière, on perd ce qu'on est venu chercher. page 57






Il (Marcel) m'avait dit: Les voyages , soit tu les fais très jeune, soit carrément vieux...Eh bien , pour moi, c'est le deuxième cas ...Entre les deux, tu crois à tout un tas de trucs qu'il faut faire dans une vie...mais au bout du compte, tu te dis un jour, que ce n'est pas si important que ça ...et tu pars. Tu vois, je me suis tenu à un coin de terre longtemps avec Lucile (sa femme) , mais Lucile , elle est partout, elle n'est pas restée là, dans ce petit enclos de rien du tout. C'était juste un enclos pour mes larmes, faut croire. Maintenant , je n'en ai plus besoin. J'ai du sourire à revendre. Et si je pleure, ce sera en plein air, n'importe où, qu'est-ce que ça peut faire?



Il a une façon de relever la tête, Marcel quand il dit ces mots. La révolte n'a pas d'âge, non, et l'homme à côté de moi, il a vraiment osé s'insurger contre tout ce qui dit qu'à son âge il vaut mieux rester confortablement dans ce qu'on connaît. On ne va pas se mettre à courir le monde à presque quatre-vingts ans! Eh bien, si, on peut! et il le fait avec moi. page 81




Pendant longtemps, tu sais, Antoine, j'ai cru que la révolution, c'était tout le monde ensemble, à la même heure, au même endroit. Le grand soir ou le grand matin. Et puis, j'ai compris que c'était solitaire, ce qui se passait vraiment. A l'intérieur de chacun. Et ça, ça ne peut se faire tous ensemble, à la même heure. C'est dans chaque vie quelque chose de possible, on y va ou on n'y va pas. Après, si on peut, on se rassemble avec les autres... page 160




J'ai toujours aimé les fous, Antoine. Les décalés, c'est les seuls qui lui laissent la place, au désir. Dans le décalage, c'est là! ...Il faut une épice, le goût de quelque chose d'autre. Ils viennent le chercher dans les livres...Dans les livres, il y a toujours le décalage. La place pour le désir. page 165




Personne ne fait partie de la vie de quelqu'un. Qu'est-ce que c'est que ces histoires? Nos vies sont solitaires. On l'apprend forcément. Depuis qu'on est sorti du ventre de notre mère, rien à faire, pas moyen. On s'approche des autres, l'amour ça ne sert qu'à ça! Toutes les formes d'amour...pas seulement la romance des amoureux..tout ce qui nous rapproche vraiment des autres. Mais, de toute façon, jamais, non JAMAIS, on ne fait partie de la vie de quelqu'un. Et encore heureux. ce serait la fin de notre solitude, mais c'est encore plus sûrement, la perte de ce qui nous appartient vraiment: notre liberté...On peut essayer de créer des liens, c'est tout. On ne fait jamais partie, on ne fera jamais partie. C'est comme ça! page 185

samedi, mai 28, 2011

OURAGAN (Laurent Gaudé)

(Tempête à la Nouvelle-Orléans. La plupart des habitants ont fui. Laurent Gaudé nous décrit plusieurs personnages, tous noirs sauf le prêtre: Keanu qui a quitté Rose pour vivre sa vie et revient vers elle, un prêtre visiteur de prisons qui déteste les Noirs, Joséphine Lnc. Steelson, des prisonniers qui ont quitté la prison après le départ des gardiens, Rose et son petit garçon Byron..)



Partir. Tout recommencer à zéro. Ce n'était pas qu'il était malheureux avec Rose. Mais la vie se retrécissait. Il y avait encore tant de choses à faire. Il voulait encore essayer tant de métiers, arpenter tant de terres, vivre, vivre de tous les côtés. La vie était plus vaste que Rose. La vie était plus vaste que Lower Ninth. Il voulait partir, s'éprouver, se perdre . Il avait roulé, redoutant que la séparation ne le brûle, car il l'aimait sans le moindre doute, il l'aimait, mais plus il s'éloignait de la Nouvelle-Orléans, plus la tristesse disparaissait. La vie l'attendait là, devant lui, la vie nouvelle, exaltante. Pages 43, 44






Tout tremble, tinte et se plie. Le vent ne cesse de forcir. C'est nous qu'il veut. Il souffle pour nous arracher, nous soulever de terre et nous faire danser dans les airs au-dessus de cette ville qui ne sera bientôt plus rien. Je reste à la fenêtre. Je la sens qui tremble et crisse. Tant pis si elle éclate à ma face de négresse, je ne bougerai pas d'ici, car je suis bien. Le monde va se déchirer comme un sac et je veux voir cela. page 58


(le stade est bondé de gens qui n'ont pas pu partir avant l'arrivée de l'ouragan)

O misère du monde qui tolère cela. Spectacle de la laideur des hommes. Moi, Joséphine Linc. Steelson, je vois ce que vous ne voyez pas. Ils m'ont déposée devant le stade (les sauveteurs ), heureux de m'avoir sauvée des flots, puis ils sont repartis dans leur quatre-quatre rutilant. J'ai regardé autour de moi et j'ai vu des hommes abandonnés, ceux qui ne comptent plus, ceux que l'on a oubliés derrière soi et qui traînent les pieds. Je les ai vus...Et ils sont tous noirs. Cela personne ne semble le voir. Tous noirs, dans la crasse d'habits souillés par le déluge. Une foule immense, déféquant et pissant de peur, une foule qui ne compte pour rien car nous n'avons jamais compté...Je suis parmi les rats qui se meurent et ne manqueront à personne. Ils enverront des hélicoptères et des bidons d'eau, maos rien n'effacera le fait qu'au moment de courir, ils ne se sont pas retournés, qu'ils ont même oublié qu'ils laissaient derrrière eux les nègres de toujours. Page 118


Mon père voulait m'appeler Fidelity. Il était fier d'avoir eu cette idée et il en souriait souvent lorsqu'il y pensait, comme un bon coup qu'il allait faire au monde entier. Fidelity, parce qu'il voulait être fidèle à ceux qui s'étaient battus pour nous, les Grant, les Hooker, tous les Yankees qui avaient fait couler leur sang dans nos champs pour que nous soyons libres. Mon père est parti, vaillant, déclarer mon nom à la mairie mais ils lui ont ri au nez."Fidelity, ce n'est pas un nom!"Il a insisté. Rien n'y fit. "Même un nègre ne peut pas s'appeler comme ça!", ont-ils dit. Mon père a baiisié les yeux et a enterré ses rêves d'hommage...A quinze ans,...j'ai décidé qu'on m'appellerait Lincoln, Joséphine Lincoln Steelson. page 119


Il sent qu'il meurt. (il a été tué par un prêtre qui veut éléminer les Noirs) . mais il est heureux de l'avoir retrouvée (Rose). Il est heureux. La plate-forme n'est plus en lui. Elle n'aura été qu'une parenthèse de six ans. Il est revenu à Rose et le reste est balayé. La tempête lui a offert cela. Si souvent il a eu peur que sa vie ne soit qu'une succession de jours, vidée de sens. SI souvent, il s'est senti inutile et lent. Aujourd'hui, il y a ce nom, Rose, qui chasse l'ennui des jours infinis. Il ya Rose. Il voudrait lui dire que cela rachète tout et qu'il ne faut pas pleurer. Il voudrait lui dire que sa vie est gagnée. Et puis , d'un coup, c'est elle qui s'assoit à son chevet. Elle a changé. Elle est devenue calme subitement et résolue....page 179


Les femmes pleureront mais elles se relèveront. Je le dis, moi, Joséphine Linc. Steelson, car je l'ai vu mille fois. Les hommes mourront mais il en viendra d'autres que nous élèveront dans le souvenir des premiers. Je chante avec ma voix venue de loin et les familles tournent la tête vers moi. Les enfants cessent de crier. La faim ne leur tiraille plus le ventre. Ils me regardent. Ils veulent que ma voix continue à emplir le hall car c'est la seule chose qui les réchauffe, alors, je continue, je suis increvable, et jamais personne ne me fera renconcer. page 185

mardi, mai 24, 2011

LA PERTE EN HERITAGE ( Kiran Desai)

Kiran Desai est née à New-Delhi en Inde. Ses études l'ont conduite en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Elle vit actuellement à Brooklyn.




Ses répliques (celles du cuisinier) avaient été affinées par des siècles de pratique, transmises de génération en génération, car les pauvres gens ont besoin de répliques adéquates; le texte est toujours le même, ils n'ont pas d'autre choix que de demander grâce. Le cuisinier savait comment pleurer. page 21




Il était important de maintenir les classes nettement séparées, sinon, c'était mauvais pour tout le monde. page 136




Lola -une dame qui vit avec sa soeur, préceptrice de Sai, la jeune Indienne - avait toujours été d'avis que les domestiques ne ressentaient pas l'amour de la même manière.: "C'est toute la structure de leurs relations qui est différente; elle se fonde sur des critères économiques, pratiques...et ce serait bien préférable, à mon avis, si on arrivait à en faire autant." page 137


"Ces Blancs, quand même! dit à Biju, dans la cuisine ( à New-York) Achootan, un collègue de plonge. Putain! Mais c'est quand même mieux ici qu'en Angleterre. Ici, au moins, il y a pas mal d'hypocrisie. Ils se croient bons, et t'arrives à avoir des aides. Là-bas, ils t'agressent ouvertement en pleine rue: "Retourne d'où tu viens!" Il avait passé huit ans à Cantorbéry, et il avait réagi en lançant une phrase que Biju devait entendre jusqu'à plus soif car il la répétait plusieurs fois par semaine: "Ton père, il est venu dans mon pays et il m'a pris mon pain, et maintenant, c'est mon tour, je suis venu dans ton pays pour reprendre mon pain". Achootan n'aspirait pas à la carte verte de la même manière que Saeed. S'il la voulait, c'était pour se venger. page 260

lundi, mai 23, 2011

CEREMONIE ( Yasmine Chami-Kettani)

L'auteur est marocaine.

"Le rire est peut-être une manière de pleurer" page 21

Je n'ai pas terminé le livre: petits caractères, multiplicité de détails etc...

lundi, mai 16, 2011

DANS LA MER, IL Y A DES CROCODILES (Fabio Geda)

Histoire vraie d'un jeune Afghan , d'une tribu hazara, une ethnie haïe par les Patchtounes et les Talibans. Pour le protéger, sa mère l'abandonne, au Pakistan. Commence pour l'enfant de 10 ans, un périple de 5 ans qui le conduira en Italie en passant par l'Iran, la Turquie, la Grèce...

Il faut toujours avoir un désir devant soi, comme une carotte devant l'âne, parce que , c'est en essayant de satisfaire ses désirs qu'on trouve la force de se relever, il faut toujours avoir un rêve au-dessus de sa tête, quel qu'il soit, alors, la vie vaut la peine d'avoir vécue. page 12

S'en aller.
Moi, je n'aurais jamais voulu quitter Nava (là où il est né) . Mon village m'allait très bien. Il n'y avait aucune technologie, pas d'énergie électrique, mais il y avait des pommes. Je voyais naître les fruits: les fleurs s'épanouissaient sous mes yeux pour se changer en fruits. Ici aussi, les fleurs se changent en fruits, mais on ne le voit pas. Les étoiles. Très nombreuses. La lune. je me souviens que, pour économiser le pétrole, nous mangions certains soirs en plein air, sous la lune. page 24

Au fait, écouter , c' est très différent de regarder. C'est moins douloureux, pas vrai? ça permet de jouer avec son imagination, de transformer la réalité.
Oui, en tout cas, pour moi. page 38


...il m'a dit que bien faire et mal faire étaient les deux moitiés d'un même sandwich que, dans tous les cas, il fallait manger en entier, sans regarder ce qu'il y avait à l'intérieur. page 54


(Enaïat travaille en Iran sur un chantier de construction d'immeubles, il est sans papier)

Effectivement, personne ne sortait jamais du chantier.

Le chantier n'était pas eulement une maison.

Le chantier était un monde.

Le chantier représentait le système solaire. page 70


Quand on n'a pas de famille, les amis sont tout.

En attendant, le temps passait. Les secondes, les minutes, les heures, les jours, les semaines. Les mois. Le tic-tac de ma vie. J'aurais voulu acheter une montre pour donner un sens au passage du temps, une montre qui donne l'heure et la date, qui mesure la pousse de songles et des cheveux, qui me dise combien je vieillissais. page 76


Un jour, j'ai lu que le choix d'émigrer naît du besoin de respirer. C'est vrai. L'espoir d'une vie meilleure est plus fort que tout autre sentiment. Par exemple, ma mère a décidé qu'il valait mieux me savoir en danger loin d'elle mais en route vers un futur différent que me savoir en danger près d'elle, dans la boue et la peur pour toujours. page 83

jeudi, mai 12, 2011

LE LIVRE DES JOURS (Taha Hussein)

Récit autobiographique de l'auteur (1889-1973) , le plus grand écrivain arabe de son temps, né en Egypte. DEvenu aveugle à 3 ans, Taha Hussein fit des études à ma célèbre université islamique d'El-Azar, au Caire, puis à la jeune université égyptienne et enfin à la Sorbonne.

LES DEMEUREES (Jeanne Benameur)

Récit d'une centaine de pages sur une mère "demeurée" et sa fille très protégée par sa mère.

samedi, avril 30, 2011

LA SOURCE CACHEE ( Hella S. Haasse)

Tenter de reconstruire la vie d'un être qui n'existe plus sur terre c'est un peu vouloir reconstituer une mosaïque brisée; chaque fragment, chaque débris a de la valeur. page 24




Nous nous connaissons depuis plus de huit ans. Nous avons vécu ensemble l'intimité la plus totale qui puisse exister entre deux êtres, le mariage. Je sais trop bien que cette union ne nous a jamais apporté le bonheur, ni l'assouvissement de nos désirs au sens le plus profond du terme, physique et spirituel. Pourtant, j'ai souvent voulu croire que nous étions liés par une sorte de camaraderie froide et réservée....Car on peut se connaître, sans jamais parvenir à une totale compréhension mutuelle. Page 65




...Nous nous assimes , chacun à notre place. Nous ne parlions plus, la pendule découpait le temps de son tic-tac doux et rapide. Mais le papier devant moi resta vierge et lentement, trop lentement, Rina (sa femme) tourna les pages de son livre. page 91




Recommencer. recommencer ailleurs...Etre libre, et me prouver à moi-même que je suis digne de cette liberté. Etre seul, dans la solitude que j'ai moi-même choisie, qui est un bouillon de culture pour les forces de l'âme. Croître, murir et porter des fruits. Page 92








jeudi, avril 07, 2011

LA CHARRETTE (B. Traven)

...Leonardo (le maître )arriva à se convaincre que le garçon (Andres, l'indien) lui serait plus utile s'il savait lire, écrire et compter. Ceci était, en petit, ce qui se passe partout dans le monde. L'industriel, le capitaliste, le propriétaire terrien sont opposés, par principe, à l'éducation du prolétariat. Ils sentent, avec juste raison, qu'un prolétariat instruit constitue un danger pour leurs privilèges....Ce n'est pas le pays dont les couches supérieures sont les plus cultivées, mais bien celui qui possède la masse la plus instruite, qui occupe de nos jours la première place et décide de la valeur du dollar. page 16 Le fait de les envoyer à l'école (les enfants indiens) aurait constitué non seulement une folie mais encore un péché. Une folie, car l'Indien pourrait arriver à en savoir plus long et à acquérir plus de capacités que le propre fils du maître, dont l'ambition se bornait, en allant à l'école, à apprendre à lire et à écrire; un péché, parce que l'Eglise catholique n'est pas favorable à l'éducation des Indiens. L'Eglise désire, en effet, que l'enfance indigène conserve son innocence, afin que le Royaume des cieux lui soit acquis.. Et si on accorde à l'Indien le droit de s'instruire, nul ne saurait prévoir où il s'arrêtera. Page 17 Il (Andrès) apprit avant tout, à apprécier l'instruction. Car, tant que l'on ne sait lire ni écrire, il n'est guère possible de comprendre la valeur de la lecture et de l'écriture. Page 20 Dans une certaine partie de notre globe, si admirablement organisé, les choses vont mieux lorsque le prolétariat sait lire et calculer; dans une autre partie de notre univers, organisé avec plus d'astuce, les choses vont encore mieux, lorsque le prolétaire n'entend rien aux chiffres et ne comprend pas l'espagnol. Page 25 Le maître avait tous les droits, il les avait toujours eus...Tout cela était juste: c'était la loi, fondée sur les décrets divins et ceux de l'Eglise, car les dieux sont proches parents des maîtres, tandis qu'ils n'ont aucun lien de parenté avec les Indiens. page28



Bien entendu, personne ne trafique sur des êtres humains, au Mexique, et il y est interdit de vendre ou d'acheter un homme. Cela est prohibé par la Constitution, dans laquelle il est stipulé , en outre, que tout citoyen de la République est libre, indépendant et inviolable, un être sur qui seuls son père, la police ou les représentants d el'ordre public ont le droit, dans certains cas, de porter la main. Pour toutes ces raisons, il était impossible pour Don Leonardo de revenir sur sa transaction ( il a perdu au jeu et a misé sur Andres) . Il ne pouvait pas offrir à Don Laureano de lui restituer ses vingt-cinq pesos...Cela équivaudrait à vendre un être humain...Page 44




Andres était un péon: comme tel, il faisait partie de la propriété. page 45




Des centaines de mendiants étaient installés à l'entrée de l'église, accroupis ou étendus, tendant leur sébille pour y recueillir les aumônes. L'Eglise conseille la charité, car la charité contribue à protéger la propriété privée... Les fidèles n'exercent pas la charité spontanément et de leur plein gré. Ils obéissent aux ordres de l'Eglise et donnent aux premiers mendiants qu'ils rencontrent sur leur chemin. On distribue une piécette par-ci, une autre par -là pour apaiser sa conscience. page 130


L'homme blanc porte en lui une cinquantaine de théories philosophiques, toutes différentes les unes des autres, et qui gravitent autour du sens de la vie. Ces théories sont souvent contradictoires, mais on peut en choisir une, celle qui convient le mieux pour l'usage personnel de chacun, et tenter, grâce à elle, de tenir tête au destin....Par contre, l'Indien, qui est ignorant de ce genre de spéculations abstraites, est dans une situation plus précaire. Il accepte le destin tel qu'il se présente à lui, et ne tente , même pas de percer ses mystères. Quand il le croise sur son chemin, il le reconnaît, s'incline devant lui et attend le coup. Il ne peut lui échaper et n'essaie même pas de le faire. Son instinct lui a dit que c'était inutile, que cela équivaudrait à galvauder les quelques instants précieux qui lui restent à vivre avant que le rideau retombe sur lui. page 278





mardi, mars 29, 2011

RAPPORTEUR DE GUERRE (Patrick Chauvel)

"Patrick Chauvel a toujours photographié la guerre, montrant la bête humaine et ses horreurs, tout en saisissant la lueur d'espoir au plus noir des conflits. Blessé de nombreuses fois, obstiné, courageux et hilarant, il est sans conteste, de la trempe des grands aventuriers, les Saint-Exupéry, Kessel."

"L'Europe est bouffie et satisfaite. Je n'arrive pas à décolérer". Page 138
(La guerre au Mozambique) Les Portuguais se battent pour garder la colonie.) "Les jeunes (portuguais) se battent pour survivre et rentrer vivants. - Vous ne vous battez pas: vous vous débattez dans vos collines. - Si tu penses ça, alors reste avec nous. C'est nous l'Histoire. - Non, vous c'est la fin de l'Histoire. L'Histoire: c'est les rebelles." page 158

J'ai bougé sans arrêt dans une quête instinctive d'émotions. Nomade dans ce désert d'indifférence, j'ai inventé mes oasis, mes actes. A coups d'instinct et d'intuition, j'ai fabriqué mes croyances. Avec toujours cette impression d'écoeurement, cette peur de rater quelque chose ailleurs, d'être hors du coup, d'être à l'arrière comme un planqué...L'inutilité de se sentir jeune et fort...pour marcher dans les rues de Paris, regarder les boutiques. Je n'en ai rien à faire des fringues, j'ai ce qu'il me faut. Voir tous ces gens s'agiter en cercle fermé, comme pour se protéger...! Sentir cette peur de perdre ce qu'ils ont et sentir qu'ils veulent encore plus, toujours plus - ce qui multiplie la peur de tout perdre...Je préfère aller à la rencontre de ceux qui n'ont rien, ou peu, et qui se battent pour se défendre.

Même si, chez ceux-là, on en trouve toujours qui seraient prêts à changer de camp pour avoir plus. page 277


"Toutes ces guerres ont enfanté l'Histoire". Mais les histoires que j'ai vécues, celles des hommes et des femmes qui subissaient les politiques dynastiques ou autres "causes", désacralisent ce fatalisme enthousiaste que peuvent ressentir les combattants au début des conflits. Très vite, la gueule de bois des batailles laisse les hommes sonnés. La chance qui m'a accompagné dans ces endroits de "non-paix" m'a permis de rapporter l'histoire de ces morceaux d'humanité qui échappent aux historiens. Trouver la distance juste est difficile, photographier en restant juste - une trop belle photo peut brouiller les pistes. Décadrer quand la photo risque d'être belle. L'effet loupe de la presse peut fausser le regard. Tous ces pièges de l'utilisation des images, la manipulation à tous les niveaux, rendent extrêmement aiguë la manière de raconter, quel que soit le média. Des faits, rien que des faits; ils sont têtus, bien sûr, cela a été dit. Mais les hommes et les femmes alors? Ceux que l'on rencontre, qui nous remercient d'être là. Mais où suis-je? A qui je m'adresse? Interpeller le plus grand nombre? Responsabiliser? Qui ? pourquoi? Tout ce que je sais , c'est qu'il faut témoigner? Ne plus jamais entendre: "On ne savait pas". Moi, j'ai vu! Alors, je rapporte ces histoires et pour le reste, j'ai fait ce que j'ai pu... page 297

samedi, mars 19, 2011

MESSAGES DE MERES INCONNUES (Xinran)

Tout Chinois né au milieu du XXè siècle sait que, pour la plupart, nous étions le produit d'une société dominée par l'ignorance sexuelle. Nous mettions , dans le même sac, l'affection, le sexe et l'amour, comme s'il s'agissait d'une même chose; nous avions perdu notre instinct animal et étions devenus "domestiqués"; il n'y avait pas de critères reconnus du bien et du mal et nous n'avions aucun moyen de savoir ce que c'était l'amour et ce qu'il signifiait. A la maison, à l'école, et dans la société en général, l'éducation sexuelle était un gros mot, elle était même considérée comme un déshonneur pour la famille. page 40
La façon dont nous appréhendons notre présent tout autant que notre avenir dépend de ce que nous avons vécu. page 52
"Je n'ai jamais su qui j'étais. Mon nom a été choisi pour moi par l'orphelinat des missionnaires. Ils m'ont donné un nom étranger, Mary, mais pendant la Révolution culturelle, alors que j'avais la trentaine, les gardes-rouges l'ont changé en Mary la Rouge. page 143
Avant 1990, tous les orphelinats chinois que j'avais vus de mes propres yeux ou dont on m'avait parlé étaient des lieux complètement oubliés de la société; le pays et son gouvernement n'avaient tout simplement pas envie de s'en soucier. Nombre de fonctionnaires les considéraient comme une source d'embarras national tandis que les gens du peuple les voyaient comme des dépotoirs page 144
Ne pas avoir d'enfants pour une famille équivaut à une tragédie; un échec pour le couple.
En Chine, on abandonne des nouveaux-nés depuis des temps immémoriaux. Les gens le faisaient parce qu'ils croyaient de leur devoir envers les ancêtres de leur donner, pour premier-né, un fils un héritier...page 172
"Toute notre vie, m'a-t-elle dit, ton père et moi, nous nous sommes battus pour présenter un front uni devant tout le monde, afin que personne ne puisse dire du mal de nous lorsque nous serions morts. Mais si notre fille unique est mère célibataire, comment ton père et moi pourrions rentrer à Shanghaî...Il nous serait tout simplement impossible de regarder en face nos amis et notre famille. page 187
En Chine, à tous les niveaux de la société, le lieu d'origine et l'accent demeurent des signes de statut social tout aussi importants aujourd'hui que par le passé. page 201
En Chine, chez les travailleurs - et ce, quel que soit leur échelon - il est extrêmement courant que des parents soient si occupés qu'ils négligent leur progéniture. Même si conformément à la politique gouvernementale, il n'y a qu'un seul par famille, la plupart des enfants passent leur vie soit à l'école, soit à faire leurs devoirs scolaires. Leur lire une histoire? pas le temps! Leur préparer à manger? Pas le temps! Jouer avec eux? Pas le temps pour ça non plus. Les parents sont trop occupés à économiser pour payer des études supérieures et le mariage de leurs bambins. page 208

lundi, mars 07, 2011

CE QUE LE JOUR DOIT A LA NUIT (Yasmina Khadra)

(L'oncle de Younes à son père) "Ton fils est mon neveu. Il est de mon sang. Confie-le moi. Tu sais très bien qu'il n'arrivera pas à grand'chose dans ton sillage. Que comptes-tu en faire. Un montreur d'ânes? Il faut regarder la réalité en face. Avec toi, il n'ira nulle part. Ce garçon a besoin de fréquenter l'école, d'apprendre à lire et à écrire, de grandir correctement. Je sais, les petits Arabes ne sont pas faits pour les études. Ils sont plutôt destinés aux champs et aux troupeaux. Mais moi, je peux l'envoyer à l'école et en faire un homme instruit. Je t'en supplie...Ne le prends pas mal. Réfléchis juste une minute. Ce garçon n'a aucun avenir avec toi.
Mon père médita longuement les propos de son frère, les yeux baissés et les mâchoires soudées. Quand il releva la tête, il n'avait plus de visage; un masque blafard s'était substitué à ses traits. page 44
(Younes vient dans son village voir sa famille). Il m'avait suffi de changer de vêtements pour les déboussoler (les gens de son village). Vous avez une bouille en papier mâché et un sac de jute par-dessus votre ventre creux, et vous êtes un pauvre. Vous vous lavez la figure, donnez un coup de peigne dans vos cheveux, enfilez un pantalon propre, et vous êtes quelqu'un d'autre. Cela tenait à si peu de chose. A onze ans, ce sont des éveils qui vous désarçonnent. Les questions ne vous apportant pas de réponses, vous vous accommodez de celles qui vous conviennent. J'étais persuadé que la misère ne relevait pas de la fatalité , qu'elle s'inspirait uniquement des mentalités. Tout se façonne dans la tête. page 96
Parfois mon oncle recevait des gens dont certains venaient de très loin... C'étaient des gens très importants, très distingués. Ils parlaient tous d'un pays qui s'appelait l'Algérie; pas celui que l'on enseignait à l'école, ni celui des quartiers huppés, mais d'un pays spolié, assujetti, muselé, et qui ruminait ses colères comme un aliment avarié. page 98
(L'oncle est dénoncé pour ses désirs d'indépendance de l'Algérie, emprisonné, torturé, aussi quitte-t-il Oran pour Rio Salado, avec son épouse et son neveu ) J'étais ébloui. Né au coeur des champs, je retrouvais un à un mes repères d'antan, l'odeur des labours et le silence des tertres. Je renaissais peu à peu dans ma peau de paysan, heureux de constater que mes habits de citadin n'avaient pas dénaturé mon âme. Si la ville était une illusion, la campagne serait une émotion sans cesse grandissante.; chaque jour qui s'y lève rappelle l'aube de l'humanité, chaque soir s'y amène comme une paix définitive. J'ai aimé Rio d'emblée. page 131
Et arriva le 8 mai 1945. Alors que la planète fêtait la fin du cauchemar, en Algérie, un autre cauchemar se déclara, aussi foudroyant qu'une pandémie, , aussi monstrueux que l'Apocalypse. Les liesses populaires virèrent à la tragédie.Tout près de Rio Salado, à Aïn Témouchent, les marches pour l'indépendance de l'Algérie furent réprimées par la police. A Monstaganem, les émeutes s'étendirent aux douars limitrophes....page 194
(Jelloul, un Arabe qui travaille pour André, un colon, vient trouver Jonas) Jelloul boîtait. Il avait le visage tuméfié, les lèvres éclatées et un oeil poché.
- Qui t'a mis dans cet état?
- André...
- Tu ne peux pas comprendre, toi. Tu es des nôtres et tu mènes leur vie...Quand on est l'unique gagne-pain d'une famille composée d'une mère à moitié folle, un père amputé des deux bras, six frères et soeurs, une grand'mère, deux tantes répudiées avec leur progéniture, et un oncle souffreteux à longueur d'année, on cesse d'être un être humain... Entre le chien et le chacal, la bête amoindrie choisit d'avoir un maître. Page 198
Mon oncle ne verra pas son pays prendre les armes. Le sort l'en a rendu indigne. Autrement comment expliquer qu'il se soit éteint cinq mois avant le brasier tant attendu et tant reporté de la Libération? Le jour de la Toussaint 1954 nous prit de court. page 312
L'Algérie algérienne naissait au forceps dans une crue de larmes et de sang; l'Algérie française rendait l'âme dans de torrentielles saignées. Et toutes deux, laminées par sept ans de guerre et d'horreur , bien qu'au bout du rouleau, trouvaient encore la force de s'entre-déchirer comme jamais. page 384

dimanche, février 27, 2011

L'ENFANT PIED-NOIR (Elie-Georges Berreby)

(L'enfant-narrateur cherche des petits boulots pour gagner un peu d'argent, pour faire vivre sa famille)
Mme Moralès , la femme du carrossier, elle m'a dit :" On ne va pas tout leur laisser aux Arabes. Toi aussi, tu as le droit de te faire de l'argent de poche. Surtout que c'est un métier honnête" page 29

L'air est si parfumé que je le respire comme une friandise. page 65