lundi, novembre 28, 2022

SHAMAN . L'APPEL ( TIGRAN) 2022

Troisième volet de la trilogie SHAMAN. L'APPEL est le récit d 'un jeune Français parti s'initier au chamanisme en Mongolie. L'accomplissement d'une quête spirituelle  et amoureuse au centre d'une passation de savoirs entre plusieurs dimensions....pour que la magie soit déployée et ses pouvoirs maîtrisés. 

" Plusieurs mois sont passés depuis que j'ai appris qui tu étais vraiment; Tu es assoupie près de moi. Hilga. Ma jeune compagne de cette vie m'a donné Seta. Toi qui  es aussi mon alliée dans l'au-delà, et me transmets les trésors de ton âme au cœur de la nuit. Ta peau contre moi.  Ta chair pleine de chaleur et tes cheveux défaits. Ta douceur et ton souffle. Ta fougue et ton abandon. la mère de notre fille et, en mon esprit, la voix de l'au-delà. L'aimée en cette vie-ci, et la vénérable en d'autres lieux. Unique et double à la fois. Mais, toi, tu ne le sais pas. "

jeudi, novembre 24, 2022

D'UN CHATEAU L'AUTRE ( CELINE) 1957.

 D'UN CHATEAU L'AUTRE est un chef d'œuvre littéraire comme l'opus suivant d'ailleurs. Il est paru en 1957 et renouvelait profondément l'écriture. Le titre en fournit la preuve en fournissant d'ailleurs un bel exemple avec cette géniale contraction faisant disparaitre la préposition. 

D'un Château l'Autre est surtout un chef d'œuvre littéraire. 

 -"Que feriez-vous , Monsieur Abet, quand l'armée sera ici? A Sigmaringen? Ici même?...au Château? Ma question ne les trouble pas...ni Hoffmann ni lui, ils y avaient pensé...

Mais nous avons en Forêt Noire des hommes absolument dévoués, monsieur Céline!...Notre marquis brun. - Tout de même! Tout de même, monsieur Alberz!...La petite différence!...vous faites semblant de ne pas savoir!...vous là, Abetz, même archivaincu, soumis, occupé de cent côtés, par cent vainqueurs, vous serez quand même; Dieu , Diable, les Apôtres, le consciencieux loyal Allemand, honneur et patrie! le tout à fait légal vaincu! tandis que moi énergumène, je serai  toujours le damné sale relaps, à pendre!....

mardi, novembre 15, 2022

LA CARTE POSTALE (Anne BEREST ) 2021

 La carte postale est arrivée dans notre boîte aux lettres au milieu des traditionnelles cartes de vœux. elle n'était pas signée, l'auteur avait voulu rester anonyme. Il y avait l'Opéra Garnier d'un côté et de l'autre, les prénoms des grands-parents de ma mère, de sa tante et de son oncle morts à Auschwitz en 1942. Vingt ans plus tard, j'ai décidé de savoir qui nous avait envoyé cette carte postale, en explorant toutes les hypothèses qui s'ouvraient à moi.  J'ai retracé le destin romanesque des Rabinovitch, leur fuite de Russie, leur voyage en Lettonie puis en Palestine. Et enfin, leur arrivée à Parsi, avec la guerre et son désastre. 

jeudi, novembre 10, 2022

D' UN SIECLE L' AUTRE (Régis DEBRAY) 2022

Ce qui nous arrive n'arrive qu'à nous, mais ce que nous pensons, nous sommes rarement seuls à le penser. Au fond, les idées qui nous effleurent, ou des croyances qui nous exaltent, retentit une rumeur de marée et moins de quant-à-soi que ne le voudrait notre amour-propre. Singulières, les biographies, collectives, les mentalités. Tout autant que nos ambitions, nos rêveries les plus secrètes ont fenêtres sur rue, et les représentations du monde que se fait un individu au cours de sa vie en disent plus sur le cours du monde que sur lui. Aussi le film d'une pensée, plus qu'un film d'action, peut en recouper bien d'autres. Un franc-tireur qui fait son chemin à travers l'air du  temps , ne lui en déplaise,  fait un voyage en groupe. 

Les philosophes ont la chance d'avoir Minerve pour déesse protectrice. Sa chouette prend son vol au crépuscule. Heureuse coïncidence, c'est là où je suis. Ce volatile juste avant la nuit, nous prête sa vue plongeante sur l'enfilade des hasards qui nous a fait grandir. On peut encore rembobiner le film et discerner comme une courbe reliant nos saisons l'une à l'autre. Pardon pour l'outrecuidance mais il m'a semblé que la parabole d'un "intellectuel" français, ayant connu plus d'un pays et quelques écarts de conduite, pouvait, comme un document parmi d'autres, contribuer à la cartographie d'une époque très bousculée et encore floue. 

L'accès à soi passe toujours par un autre,  et se heurter à des gens qui ne nous ressemblent pas est le meilleur moyen de découvrir à quoi nous ressemblons. page 47

Livre un peu ardu, des passages compliqués mais d'excellents paragraphes pleins de vérité et de réflexion.

samedi, novembre 05, 2022

AU VENT MAUVAIS ( Kaouther ADIMI) 2022

 Leïla, Tarek et Saïd grandissent dans un village de l'est de l'Algérie, au début des années 1920. La première, mariée très jeune contre son gré, décide de se séparer et retourne chez ses parents, avec son fils, dans la réprobation générale. Tarek est un berger timide et discret. Saïd, lui, vient d'une famille plus aisée et poursuit ses études à l'étranger.  Tous deux sont secrètement amoureux de Leïla.

La Seconde Guerre mondiale envoie des hommes au front . Ils se perdent de vue. Saïd devient un homme de lettres. Tarek, rentré au village, épouse Leïla et adopte l'enfant. Trois filles suivront. Bientôt, il rejoint la lutte pour l'indépendance, puis participe au grand tournage de La Bataille d'Alger, avant de partir travailler dans une usine, en région parisienne. Par une suite de hasards inattendus, il se retrouve gardien d'une magnifique villa à Rome, temps suspendu dans une trajectoire tourmentée.

Leïla, elle, connaît la vie des femmes rurales de cette époque. Cantonnée dans l'éducation des enfants et les tâches ménagères, elle décide d'apprendre à lire et à écrire. 

Mais la publication du premier roman de Saïd vient bouleverser la vie du couple. Tarek rentre au plus vite. 

A travers les destins croisés de trois personnages, Kaouther Adimi dresse une grande fresque de l'Algérie, sur un siècle ou presque, de la colonisation à la lutte pour l'indépendance, jusqu'en 1992, au moment où le pays bascule dans la guerre civile. 

vendredi, octobre 28, 2022

DESTIN TRAGIQUE ( DONG XI) 2022

 Bien qu'il ait dépassé le seuil d'admission, le jeune Changchi n'a pas de place à l'université. Originaire d'un village, il semble ne pas être tout à fait prioritaire, à moins qu'il ne s'agisse d'une erreur - et son père Wang Huai veut en avoir le coeur net.  Car Changchi fait preuve depuis l'enfance de capacités indéniables et personne aux yeux du vieux Wang ne doit l'empêcher de réaliser le rêve d'élévation sociale de sa famille. 

Ainsi s'ébauche ce roman, cette équipée haute en couleur: un paysan persuadé que justice sera faite et son fils, pétri de honte à ses côtés, campent devant les locaux du service des concours. Passent les heures, les jours et s'enchaînent désastres et mépris, péripéties et fatalités. Humiliés, tous deux retournent au village où le travail des champs reprend, mais le rêve ne peut d'évanouir et l'étudiant repart, contraint par son père de rejoindre la ville pour encore une fois réclamer son dû, sa place, leur place au soleil. Manque d'argent, mauvaises rencontres, les aventures de ce fils honnête ne font que commencer. 

Sarcastique, désopilante, palpitante, cette comédie humaine au style alerte est une histoire d'oppression et de résistance habitée par l'humour noir d'un écrivain originaire de la campagne qui sait de qui il parle. 

mercredi, octobre 26, 2022

HISTOIRE D'IRENE ( ERRI DE LUCA) 2013

 "Toutes les nuits, Irène rejoint la famille des dauphins, onze avec elle, guidés par une femelle adulte. Elle vide pour eux tous les filets sans les couper. Elle descend sur le fond et détache les hameçons les anchois et les morceaux des calamars, elle ouvre les nasses. Avec son couteau italien, elle libère et sauve les siens empêtrés dans les filets. Elle reste avec eux  jusqu'à la fin de la nuit. Elle a le même âge que deux des dauphins, une femelle et un mâle. Ils ont grandi ensemble, il sont exploré les jeux jusqu'à la venue de la maturité. "

Dans une langue épurée et puissante, Erri De Luca nous offre ici l'histoire d'une jeune femme vivant sur une île grecque qui passe ses nuits à nager avec les dauphins. 

vendredi, octobre 14, 2022

REVOLUSI . L'INDONESIE ET LA NAISSANCE DU MONDE MODERNE. ( David Van REYBROUCK) 2022

 Le 17 août 1945, à peine sortie de la guerre, ( 15 août 1945, capitulation du Japon) l'Indonésie, premier pays colonisé à franchir ce pas, proclame son indépendance. Présents dans l'archipel depuis le début du XVIIe siècle, les Pays-Bas ne le reconnaîtront que le 27 décembre 1949. Au fil d'une étude aussi passionnée que passionnante. David Van Reybrouck scrute et restitue les étapes de cette grande aventure humaine et politique. Il s'agit pour lui d'examiner les événements et luttes qui ont conduit à l'indépendance tout en inscrivant dans l'histoire indonésienne dans un contexte international. Son projet est, en effet, de saisir, par le biais du "modèle "indonésien, l'histoire de l'émancipation des peuples non européens tout au long du siècle écoulé et son incidence sur le monde contemporain. 

L'auteur analyse une myriade de sources et retrace quelque  cinq cents ans d'histoire économique, diplomatique et politique, de l'époque dite prémoderne à nos jours. Mais il s'intéresse, tout autant, aux souvenirs, aux récits de témoins de cette époque, rencontrés lors d'une enquête de terrain de plusieurs années, menée à travers tout l'archipel, ainsi qu'au Japon et au Népal. Mêlant à parts égales histoire et mémoire, ce livre bruisse de mille voix, qui composent une fresque absolument unique. Peut-être parce qu'il est à la fois, historien, journaliste, voyageur, conteur, parce que sa lecture du monde est politique et poétique. David Van Reybrouck  sait non seulement redonner leur place à ceux qui ont vécu l'histoire, mais aussi amener l'histoire à notre portée: Revolusi nous emporte autant qu'il nous instruit. 

En nombre d'habitants, il s'agit du quatrième pays au monde après la Chine, l'Inde et les Etats-Unis, qui sont constamment sous les projecteurs. Il abrite la plus grande communauté musulmane de la planète. Son économie est la plus puissante de l'Asie du Sud-Est et il fournit de grandes parties du monde en huile de palme, caoutchouc et étain. Mais l'intérêt international reste limité.... L'Indonésie avec ses 268 millions d'habitants . Un terrien sur 27 est indonésien, mais le reste du monde a le plus grand mal à citer le nom d'un seul citoyen du pays. page 16

L'Indonésie est le plus grand archipel au monde. Officiellement, il compte 13 4666 îles mais il pourrait y en avoir 16 056. Ou 18 203. Personne ne le sait au juste.. page 17

Ce qui  rend la revolusi indonésienne à ce point passionnante, c'est l'énorme impact qu'elle a eu  sur le reste de l'humanité: non seulement sur la décolonisation d'autres pays, mais plus encore sur la coopération entre tous ces nouveaux Etats. page 19

 monde en huile de palme, 

lundi, octobre 10, 2022

LA ROUTE DE LA MER ( Philippe LE GUILLOU) 2018

 Sur les bords de la Tamise où il est venu installer ses dernières figures de bronze disposées près du fleuve, un homme écoute la Vallée d'Obermann de Liszt et se souvient. Il vient de perdre sa sœur aînée, , la pianiste Anna Horberer, et il revoit sa vie, dans la presqu'île de Crozon, sur la côte normande, au Havre et à Paris, dans l'ombre de cette femme brillante, très tôt éprise de piano, folle de Liszt et habitée avant tout par sa vocation d'artiste. Il revoit les lieux d'enfance, et retrace l'itinéraire de sa sœur, crainte et admirée, une sœur qui savait capter les regards, les affections et qui lui a tout pris, jusqu'à son meilleur ami  Stéphane. 

Une époque renaît, celle des années 80-90, une vie aussi, avec ses passions, ses tensions, ses désirs cachés, ses voyages, une existence placée sous le signe de la musique et de l'art. Anne Horberer était une immense interprète, reconnue et adulée, mais c'était avant tout une femme, sensible, aimante, sans cesse entourée de disciples et d'amis, de protecteurs  aussi. Avec émotion, le frère inconsolable brosse le portait de cette sœur lointaine et si proche, de ceux qui l'accompagnent, Stéphane, son fils,  Simon, Mikaël, le mécène toujours présent. On entre dans l'intimité d'une artiste, d'une épouse et d'une mère, au cœur des souvenirs et des sons, des épreuves et des doutes, on entend la pulsation des années, la rage de jouer et de vaincre: un lien mystérieux, inaltérable, affleure, porté par l'amour de la musique, la sacerdoce qu'elle exige, la passion des êtres, des villes et des paysages des bords de mer. 

samedi, octobre 08, 2022

JE PEUX ME TROMPER ( Bjorn Natthiko LINDEBLAD) 2020

 " Je peux me tromper et autres sagesses de ma vie de moine".

Qu'est-ce qui nous aide à vivre une vie plus libre? Comment peut-on nous insuffler confiance et espérance sans notre existence? Et que faire pour percevoir la vie  plus  comme une main ouverte, et non comme un poing fermé? Je peux me tromper est le récit autobiographique de Bjorn Natthiko Lindeblad. IL abandonne une brillante carrière d'économiste pour devenir moine forestier bouddhiste ( branche  de la tradition bouddhiste thaïlandaise). Il revient en Suède après dix-sept ans passés au monastère. Désorienté, démuni, sans travail , il tombe en dépression. Mais fort de ses expériences passées et avec le soutien de ses proches, il reprend sa vie en main, et est aujourd'hui un  maître spirituel et un conférencier apprécié. En 2018, il apprend qu'il est atteint de la maladie de Charcot, (SLA) , maladie incurable. Dans  Je peux me tromper, il parle avec  chaleur, humour et profondeur de ses propres faiblesses, de ce que la vie lui a appris et ce qui paraît être le plus important quand la fin approche. 

"Je ne crois plus à tout ce que je pense". page 16

L'auteur est décédé en janvier 2022.

jeudi, octobre 06, 2022

REVENIR ( Raharimanana) 2018

 Vers quoi Hira, né le jour du septième anniversaire de l'Indépendance de Madagascar, veut-il vraiment revenir? Vers les premiers souvenirs d'une enfance enchantée, chargée de rires et de couleurs   où il lisait en cachette les livres interdits qu'il avait dérobés à l'église et jouait aux cow-boys et aux Indiens dans les collines hantées par l'esprit des Vazimba? Où vers le passé plus lointain de son propre père, intellectuel pacifiste, figure e l'opposition, arrêté et torturé? L'Histoire familiale se confond avec l'Histoire de l'île à mesure que surgissent les récits des émeutes de 1947, et les images bien vivantes des soulèvements étudiants de 1972 des lynchages de 1984...

L'écriture n'est plus alors seulement pour Hira un refuge où peut renaître la poésie de l'enfance perdue... elle devient nécessaire pour dire la révolte et dénoncer l'horreur. 

(Je n'ai pas terminé la lecture du roman.)

mardi, septembre 27, 2022

LA PROMESSE ( Damon GALGUT)

 1986, dans une ferme non loin de Pretoria, la famille Swart fait ses adieux à la patriarche, Rachel. Avant de mourir, Rachel a fait une promesse: léguer à Salorne , leur domestique noire, la maison dans laquelle elle vit. Cette décision divise le clan et la solennité du deuil ne parvient pas à masquer les dissensions qui se font jour. Les langues se délient, les rancœurs et les convoitises s'exacerbent au point de faire voler en éclats les liens qui unissent les uns et les autres. Cette promesse doit-elle être tenue  et à quel prix? 

Le roman suit les Swart sur trois décennies de 1986 à 2018. Alors que l'Afrique du Sud se transforme profondément, le racisme et la violence s'infiltrent partout, jusque dans la vie intime de chacun. A travers le déclin d'une famille protestante, c'est toute l'histoire d 'un pays que Damon  Galgut dessine en filigrane dans une langue virtuose qui nous fiat entendre les voix de chacun de ses personnages. 

mercredi, septembre 21, 2022

LA VILLE DE VAPEUR ( Carlos Ruiz ZAFON) 2021

 Un gamin de rues découvre le pouvoir des mots quand ses histoires font briller les yeux de la petite fille riche qui a volé son cœur, un architecte fuit Constantinople avec les plans d'une bibliothèque invraisemblable qui deviendra mythique, un étrange cavalier incite un tout jeune écrivain  ( nommé Miguel de Cervantès) à composer un roman inégalable. 

On retrouve dans ce volume posthume, voulu par l'auteur et qui rassemble l'intégralité de ses nouvelles, une atmosphère et des thématiques qui seront familiers aux lecteurs de Carlos Ruiz Zafon : des écrivains maudits, des bâtisseurs visionnaires, des identités usurpées, une Barcelone gothique et certains des personnages phares de la tétralogie du Cimetière des Livres oubliés. Autant de récits qui constituent d'émouvantes miniatures d'un talent narratif incomparable et dégagent un charme profond et envoûtant dans un halo de mystère et de vapeur. Le dernier hommage à un monstre sacré de la littérature. 

samedi, septembre 10, 2022

QUAND JE REVIENDRAI ( Marco BALZANO) 2022

 Un matin, Manuel , seize ans , et Angelina, vingt-quatre ans, découvrent que leur mère, Daniéla, est partie en pleine nuit, sans prévenir personne, pas même leur père, un homme désoeuvré, au chômage depuis des mois. Comme de nombreuses femmes de sa génération, elle s'est résolue à quitter la Roumanie post-communiste pour l'Italie, où il serait possible de s'enrichir très rapidement. Elle espère pouvoir ainsi payer des études à ses enfants et leur offrir un avenir. Mais la réalité est bien différente, et les mois d'absence deviennent des années. Le fossé se creuse entre Daniela et ses enfants qui, malgré la nouvelle relation et relative aisance matérielle offerte par l'exil de leur mère, se sentent abandonnés, jusqu'au  jour où Daniela est précipitamment rappelée en Roumanie à la suite d'un événement tragique. 

Dans ce roman choral, Marco Balzano explore l'univers des travailleurs de l'ombre, capables d'une humanité souvent absente de nos  sociétés. Une histoire bouleversante de sacrifices et d'humiliation, mais aussi de rêves et d'espoirs. 

mardi, septembre 06, 2022

INDEPENDANCE (Javier CERCAS) 2022

 Melchor quitte provisoirement sa Terra Alta ( voir juin 2021) d'adoption pour venir prêter main-forte aux services de police de Barcelone dans une affaire de tentative d'extorsion de fonds basée sur l'existence présumée d'une sextape.  L'enquête doit être menée avec célérité et discrétion car la victime est le maire de la ville. L'inspecteur plonge alors dans l'univers de la haute bourgeoisie catalane et de ses rejetons élevés au-dessus des lois. Protégées par un clan qui leur assure l'impunité de classe, ces âmes si bine nées connaissent peu de limites et la vie des sans-grades leur est parfaitement indifférente. Sous un vernis de raffinement, ces privilégiés n'ont rien à envier aux prostituées et aux junkies peuplant les bas-fonds qui ont vu naître l'enquêteur. Et quand le chantage est assorti d'une demande de démission de l'édile, il apparaît évident qu'il est le fruit d'une manœuvre politique visant à déstabiliser la mairie pour favoriser quelques intérêts. L'indéfectible intégrité de Melchor est mise à toute épreuve au contact des rouages du pouvoir, là où règnent le cynisme, l'ambition décomplexée et l'arrogance des nantis. 

Indépendance est un roman furieux qui brosse un portrait sans fard des élites politiques et économiques barcelonaises et vient épingler un mouvement souverainiste qui, en guise d'indépendance, entendrait surtout préserver celle de sa caste. 

dimanche, septembre 04, 2022

LE GOSSE (Véronique OLMI ) 2022

 Joseph a sept ans. Il est né après la Première Guerre mondiale dans les quartiers pauvres de la Bastille. Grandir entouré de l'amour de sa mère et de sa grand- mère, apprendre et découvrir sont les moteurs de toute sa vie. Mais son monde bascule le jour où sa mère disparaît et où il devient pupille de l'Etat. De la prison pour enfants à la colonie pénitentiaire, la force de Joseph, les coups de dés du hasard et la découverte de la musique lui permettront  de traverser le pire. 

J'ai lu ce livre en une journée. Il a fallu faire des recherches dans les orphelinats, les maisons de correction...les milieux sociaux etc.... Ce roman m'a intéressée .

mardi, août 30, 2022

CHIEN 51 Laurent GAUDE ) 2022

 C'est dans une salle sombre, au troisième étage d'une boîte de nuit fréquentée du quartier RedQ, que Zem Sparak passe la plupart de ses nuits.  Là, grâce aux visions que lui procure la technologie Okios, aussi addictive que l'opium, il peut enfin retrouver l'Athènes  de sa jeunesse. Mais il y a bien longtemps que son pays n'existe plus. Désormais, expatrié, Zem n'est plus qu'un vulgaire "chien" , un policier déclassé fouillant la zone 3 de Magnapole sous les pluies acides et la chaleur écrasante. 

Un matin, dans ce quartier abandonné à sa misère, un corps retrouvé ouvert le long du sternum va rompre le renoncement dans lequel Zem s'est depuis longtemps retranché. Placé sous la tutelle d'une ambitieuse inspectrice de la zone 2, il se lance dans une longue investigation. Quelque part, il le sait, une vérité subsiste. Mais  partout, chez GoldTex, puissant consortium qui assujettit les pays en faillite, règnent le cynisme et la violence. Pourtant, bine avant que tout ne meure, Zem a connu en Grèce, l'urgence de la révolte et l'espérance d'un avenir sans compromis. Il a ailé. Et trahi. Sous les ciels en furie d'une mégalopole privatisée, Chien 51 se fait écho de notre monde inquiétant, à la fois menaçant et menacé. Mais ce roman abrite aussi le souvenir ardent de ce qui fut, à transmettre pour demain, comme un dernier rempart à notre postmodernité.

jeudi, août 25, 2022

BONJOUR L'ANGOISSE ET AUTRES IMPROMPTUS. ( André COMTE- SPONVILLE ) 1996

 Présentant cet ouvrage paru en 1996 et alors titré Impromptus, m'auteur écrivait  " Philosopher, c'est penser  sa vie et vivre sa pensée. Entre les deux, un décalage subsiste pourtant, qui nous constitue et nous déchire. C'est de quoi la philosophie souvent, n'est que dénégation. A quoi bon tant penser, si c'est pour vivre si peu? "....".Bonjour l'angoisse" , qui est le premier texte de ce recueil, apprend à accepter l'angoisse plutôt que la fuir. 

Bonjour l'angoisse.

Que serait l'homme sans l'angoisse? L'art, sans l'angoisse? La pensée , sans l'angoisse?  Puis la vie est à prendre ou à laisser, et c'est aussi ce que l'angoisse , douloureusement, nous rappelle. Il n'y a pas de vie sans risque.   Pas de vie sans  souffrance. Pas de vie sans mort. page 6

Va-t-on renoncer à penser, parce que cela angoisse? A vivre, parce que cela fait peur? A aimer parce que cela fait mal? Acceptons plutôt, autant que nous le pouvons, malgré tout, au moins un peu, au moins parfois, et c'est justement le signe de notre santé.,  acceptons plutôt de souffrir et de trembler. page 11....Rien n'est jamais acquis, rien n'est jamais promis, jamais que la mort. page 13

Qu'est-ce que la santé psychique? La capacité peut-être d'affronter  le réel  et le vrai sans y perdre toute force, toute joie, toute liberté. page 16

L'argent.

Mieux vaut dire le mal qui est  que le bien qui n'est pas. page 23...;On ne m'ôtera pas l'idée  que le christianisme, dans  son inspiration, est de gauche, et que la gauche, plutôt est chrétienne ou judéo-chrétienne...;C'est le contraire du paganisme, avec ses dieux de  castes, de clans.  C'est la contraire de la richesse, et du culte de la richesse. Rigueur des évangiles:" vous ne pouvez servir deux maîtres ..;Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. page 23

Seuls ceux qui se savent mortels ont assez d'argent ou à qui le présent, et ce sont souvent les mêmes, suffit. page 29

Nul ne vaut par ce qu'il possède, ni par ce qu'il convoite. On ne vaut que par ce qu'on donne, et tout ce qu'on ne donne pas est perdu, et nous perd. page 30

La correspondance. 

Ecrire c'est toujours écrire à quelqu'un ou pour quelqu'un, fût-il inconnu, fût-il universel.....Un vivant s'adresse à un vivant, dans le secret de vivre. Une solitude se confie à une autre, dans le mystère d'e^tre soi dans l'inconnu d'aimer ou d'être deux. Un individu se livre là comme il peut, et comme il veut. page 38

Le style n'est pas ce qui importe....Une lettre vaut d'abord par son intimité, par sa douceur, parc e qu'elle contient d'amour ou de secret....Il suffit d'être vrai. Il suffit d'écrire au plus près de la vie telle qu'elle est, telle qu'elle semble, telle qu'elle passe et demeure......page 39

Pourquoi écrit-on une lettre? Pour habiter l'essentielle solitude, l'essentielle séparation, l'essentielle et commune sagacité. Pour décrire le temps qu'il fait, le temps qui passe. Pour raconter ce qu'on devient, ce qu'on est et ce qu'on attenf=d. Pour dire la distance , sans l'abolir. Le silence, sans le corrompre.Le moi, sans s'y enfermer. Cela ne tient pas un lieu de parole. Cela ne tient lieu de rien.  Et rien non plus n'ne tient lieu. Les vraies lettres, celle qu'on aime recevoir, come l'amour, come un cadeau, et c'en est un...page 43

Le goût de vivre. 

La vie est bonne par(dessus tout; elle est bonne par elle-même; le raisonnement n'y fait rien. On n'est pas heureux pour voyage, richesse, succès , plaisir, On est heureux parce qu'on est heureux.  Le bonheur est la saveur de la vie. page 45

"IL faut vivre sa vie avant de la penser. " disait Delbos.  page 52

(Gide) " Un eas assez constante del amort n'a donné pas assez  de prix au pus petit instant de ta vie. " Vivre, c'est mourir.  et la vie  n'en est que plus belle, qui porte en soi la mort. page 54...Puis, il y a la solitude. ..chacun est seul face à l'autre, et nul plaisir , même simultané n'est commun.  page 54

Mourir guéri. 

Vivre, c'est vieillir disait Montaigne.  et vieillir, c'est mourir par morceaux.  Contre quoi, la médecine n'y peut rien. page 66

...En vivant dans le plein jour de la vérité:  en acceptant la vie telle qu'elle est , si on le peut, en acceptant aussi la mort, la vieillesse, la maladie....Et en acceptant l'angoisse ou l'horreur si on ne le peut pas. page 69

Grande formule de Montaigne: " Tu n meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce ce que tu es vivant". page 72


jeudi, août 18, 2022

UNE SI LONGUE LETTRE ( Mariana BA) 1979

 Une si longue lettre est une œuvre majeure, pour ce qu'elle dit de la condition des femmes. au cœur de ce roman, la lettre que l'une d'elles Ramatoulaye, adresse à sa meilleure amie, pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage. Elle y évoque leurs souvenirs heureux d'étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Mais elle rappelle aussi les mariages forcés, l'absence de droits des femmes. et tandis que sa belle-famille vient prestement reprendre les affaires du défunt, Ramatoulaye évoque alors avec douleur le jour où son mari prit une seconde épouse, plus jeune, ruinant vingt-cinq années de vie commune et d'amour. La Sénégalaise Mariana Bâ est la première romancière africaine  à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans la société. 

Modou Fall est bien mort, Aïssatou. En attestent le défilé ininterrompu d'hommes et de femmes qui " ont appris", les cris , les pleurs qui m'entourent. page 15

J'espère bien remplir mes charges. Mon cœur  s'accorde aux exigences religieuses. Nourrie, dès l'enfance, à leurs sources rigides, je crois que je ne faillirai pas; Les murs qui limitent mon horizon pendant quatre mois et dix jours ne me gênent guère. J'en ai moi assez de souvenirs à ruminer. et ce sont eux que je crains car ils ont le goût de l'amertume. page 25

"Le Mirasse" ordonné par le Coran, nécessite le dépouillement d'un individu mort de ses secrets les plus intimes. Il livre ainsi à autrui ce qui fut soigneusement dissimulé. ....Je mesure avec effroi, l'ampleur de la trahison de Modou. L'abandon de sa première famille ( mes enfants et moi) était conforme à un nouveau choix ce  vie. Il nous rejetait. Il orientait son avenir sans tenir compte de notre existence. ...Mort sans un sou d' économie. page 26

Chaque vie recèle une parcelle d'héroïsme, un héroïsme obscur fait d'abdications, de renoncements et d'acquiescements, sous le fouet de la fatalité. page 30

(celui qui devint son mari est allé en France pour études) ..dans tes lettres, " ce que la femme blanche possède  de plus que la Négresse sur le plan strictement physique est la variété dans la couleur, l'abondance, la longueur et la souplesse de la chevelure. Il y a  aussi le regard qui peut être vert, bleu, souvent couleur de miel neuf; page 34

Je n'oublierai  jamais la femme blanche qui, la première,  a voulu pour nous, un destin "hors du commun" Notre école......Nous sortir de l'enlisement des traditions , superstitions et mœurs, nous faire apprécier de multiples civilisations sans reniement de la nôtre, élever notre vision du monde, cultiver notre personnalité, renforcer nos qualités, mater nos défauts, faire fructifier en nous les valeurs de la morale universelle, voilà la tâche  que s'était assignée l'admirable directrice.  Le mot "aimer avait une résonnance  particulière en elle; Elle nous aimait sans paternalisme, avec nos tresses debout ou pliées,  avec nos camisoles, nos pagnes. Elle sut découvrir et apprécier nos qualités. page 38

Que feront ceux qui ne réussissent pas? L'apprentissage du métier traditionnel apparaît dégradant à celui qui  a un mince savoir livresque; On rêve d'être commis,. On honnit la truelle.  La cohorte des sans -métiers  grossit les rangs des délinquants. page 42

Et nous vivions . Debout dans nos classes surchargées, nous étions une poussée  du gigantesque  effort à accomplir, pour la régression de l'ignorance. page 50

Privilège de notre génération, charnière entre deux périodes historiques, l'une de domination, l'autre d'indépendance; nous étions restés jeunes et efficaces, car nous étions porteurs de projets. L'indépendance acquise, nous assistions à l'éclosion d'une république, à la naissance d'un hymne national et à l'implantation d'un drapeau. page 53

( Le mari de l'amie à qui la lettre est adressée prend une seconde épouse) Alors, tu ne comptais plus.  Le temps et l'amour investis dans ton foyer? Des bagatelles vite oubliées. tes fils? Ils ne pesèrent pas lourd dans cette réconciliation d'une mère et de son "seul homme"; tu ne comptais plus, pas plus que tes quatre fils: ceux-ci ne sauront jamais les égaux de fils de la petite Nabou. ..tes fils ne comptaient pas.  La mère de Mawdo, princesse, ne pouvait se reconnaître dans le fils d'une bijoutière. Mawdo ne te chassait pas. Il allait à son devoir et souhaitait que tu restes. La petite Nabou restait chez sa mère; c'est toi qu'il aimait. Tous les deux jours, il se rendait la nuit chez s amère, voir l'autre épouse pour que sa mère " ne meure pas"; pour "accomplir un devoir".  Comme tu fus plus grande que ceux qui sapaient ton bonheur. page 63  Tu choisis la rupture, un aller sans retour avec tes  quatre fils, en laissant sur le lit qui fut vôtre,  cette lettre destinée à Mawdo et dont je me rappelle l'exact contenu. "....je me dépouille de ton amour, de ton nom. Vêtue du seul habit valable de la dignité, je poursuis la route. Adieu. " Aïssatou. page 64

Et tu partis. Tu eus le surprenant courage  de t'assumer.  Tu louas une maison et t'y installas.  Et au lieu de regarder en arrière, tu fixas l'avenir obstinément. Tu t'assignas un but difficile. Et plus que ma présence, mes encouragements, les livres te sauvèrent. Puissance des livres,  invention merveilleuse de l'astuce intelligente humaine.  Signes divers,  sons différents qui moulent le mot. Agencement de mots d'où jaillissent  l'Idée, la Pensée,  l'Histoire, la Science,  la Vie.  Instrument  unique de relation, de culture, moyen inégalé de donner et de recevoir.  Les livres soudent des générations au même labeur continu qui fait progresser. Ils te permirent de te hisser . Ce que la société refusait, ils te l'accordèrent: des examens passés avec succès, te menèrent  toi aussi en France. L'école d'Interprétariat d'où tu sortis, permit ta nomination à l'ambassade du Sénégal  aux Etats-Unis. Tu gagnes largement ta vie. Tu évolues dans la quiétude, comme tes lettres me le disent.....page 66

(le mari de Aïssatou ) Il ravalait la petite Nabou au  range de "mets." Ainsi, pour changer de  "saveur" les hommes trompent leurs épouses. J'étais offusquée. page 68

Mon drame survint trois ans après le tien. Mais, contrairement à ton cas, le point de départ ne fut pas ma belle-famille. Le drame prit racine en Modou lui-même....puis, un jour, en revenant de l'école, Daba ( sa fille) m'avoua que Binetou avait un sérieux problème. - "Le vieux des robes " prêt à porter" veut épouser Binetou. Imagine un peu. Ses parents veulent la sortir de l'école, à quelques mois du bac , pour la marier au vieux. - Conseille-lui de refuser dis-je..... - Et si l'homme en question lui propose une villa, la Mecque pour ses parents, voiture , rente mensuelle, bijoux?  - Tout cela ne vaut pas son capital jeunesse"...."Maman! Binetou, navrée,  épouse son  "vieux" . sa mère a tellement pleuré. elle l'a supplié de lui donner "une fin heureuse, dans une vraie maison" que l'homme leur a promise. Alors, elle a cédé. " page 70

Binetou, une enfant de l'âge de ma fille Daba, promue au rang de co-épouse et à qui je devais faire face. page 76...Binetou est un agneau immolé comme beaucoup d'autres sur l'autel du "matériel".  page 77..;Partir?  recommencer à zéro, après avoir vécu vingt-cinq années avec un homme, après avoir mis au monde douze enfants...Partir! Tirer un trait sur le passé. Tourner une page ....page 78

Et au grand étonnement de ma famille désapprouvée unanimement par mes enfants ..;je choisis de rester.....Je pleurais tous les jours. Dès lors, ma vie changea...le vide m'entourait....page 88...Je survivais. En p)lus de mes anciennes charges, j'assumais celles de Modou... Je survivais.  Je me débarrassais de ma timidité pour affronter seule les salles de cinéma, je m'asseyais à ma place, avec de moins en moins de gêne, au fil des mois. On dévisageait la femme mûre sans compagnon. Je feignais l'indifférence, alors que ma colère martelait mes nerfs et que mes larmes embuaient mes yeux. Je mesurais aux regards étonnés, la minceur de la liberté accordée aux femmes. Les séances de matinée me comblaient..Le cinéma, quel dérivatif puissant  à l'angoisse...;Je survivais...J'assignais à la radio un rôle consolateur. ...pages 98, 99, 100, 101

Tu me diras: " la vie n'est pas lisse. On  bute sur des aspérités page 105

( un ancien prétendant, Daouda Dieng) " Elle doit bien se porter  cette assemblée masculine!  " Je donnais un ton taquin à mon propos, tout  en roulant mes yeux.  - Toujours frondeuse, Ramatoulaye. Pourquoi cette affirmation ironique et cette qualification vexante, alors qu'il y a  des femmes  à l'assemble". - Quatre femmes, Daouda sur  sur une centaine de députés. Quelle dérisoire proportion! Même pour une représentation régionale. ..;Presque vingt ans d'indépendance! A quand  la première femme ministre.. Pages 112, 113 " Quand la société éduquée arrivera-t-elle à se déterminer non en fonction du sexe, mais des critères de valeur? page 114

Etre femme! Vivre en femme! Ah Aïssatou!  page 120

Le parti unique ne traduit  jamais l'expérience unanime des citoyens. Si tous les individus étaient du même moule, ce serait l'épouvantable collectivisme. Les différences engendrent des chocs qui peuvent être bénéfiques au développement d'un pays si elles émanent de patriotes vrais qui n'ont d'ambition que le bonheur des citoyens.  page 121

Le rêve d'une ascension sociale fulgurante pousse les parents à donner plus de savoir que d'éducation à leurs enfants;  page 136..  L'appétit de vivre tue la dignité de vivre. page 136

On est mère pour comprendre l'inexplicable. On est mère pour illuminer les ténèbres. On est  mère  pour couver, quand les éclairs zèbrent la nuit, quand  le tonnerre viole la terre, quand la boue enlise. On est mère pour aimer, sans commencement, ni fin. page 153



jeudi, août 11, 2022

DIX YUANS, UN KILO DE CONCOMBRES ( Celia LEVI) 2014

 Shanghaî aujourd'hui. Des laissés-pour-compte du "miracle économique chinois" tentent de survivre dans leurs logements insalubres , en attendant d'être expulsés par les promoteurs. Parmi eux, Xiao Fei épris de savoir et de tradition vivant dans la nostalgie de la grandeur passée de sa famille. Des Chinois lettrés qui avaient déjà tout perdu, une première fois, au moment de la Révolution Culturelle. Stoïque en apparence, mais chaque jour plus humilié par la situation des siens, Xiao Fei se réfugie dans des rêveries plus vaines les unes que les autres. Se remettre à la calligraphie. Devenir l'un de ces "dissidents" dont raffolent les médias occidentaux. Connaitre l'amour avec leur jeune cousine américaine, une fille d'expatriés revenue à Shanghaï pour y apprendre le chinois.  Pendant ce temps, la destruction fait rage autour d'eux. Leur misère s'accroît. Bientôt la solidarité entre voisins et parents ne suffira plus. Tout cède. Et le pire est encore à venir. 

" Je suis l'Histoire que les hommes ne voient pas, je suis la haine que chacun porte en soi, je suis les enfants qui rient au bord des sources claires et je suis ces vieux qui meurent dans les hospices. J'ai été engendré, j'ai engendré à mon tour, j'ai garanti le cycle funeste de la vie" page 11

Il passa devant une synagogue. Les juifs, comme nous, ils ont eu Hitler, nous avons eu Mao, ils ont dû se cacher, fuir leur patrie. ...Il se dit aussi  qu'un jour, il rentrerait dans la synagogue pour voir. page 19

Xiao Xiao , sans mépriser les paysans  et les ouvriers, considérait le travail intellectuel comme supérieur. page 30 

Il se montait la tête. Sa colère montait, il lui fallait un exutoire. C'était la nouvelle génération. Ils ne connaissaient rien. Ils n'avaient pas vécu la Révolution Culturelle, ils étaient gâtés, alors que lui n'avait rien eu, maintenant , c'était trop tard. Il était comme ces machines qu'on l'on jetait à la casse. Il n'avait aucune compétence, aucun diplôme. Il comprit qu'il ne s'appartenait pas, il faisait partie d'un tout, son pays, une structure sociale à l'intérieur de laquelle il devait exercer une fonction. page 37 

Le toit devait être réparé, la parquet aussi.  Une colonie de cafards s'était installée à l'endroit de la latte manquante.  Xiao Xiao ne trouvait jamais le temps ni le courage de remédier à cette situation.  IL hésitait toujours entre ces deux tâches ne sachant laquelle méritait la priorité. ...La maisonnée était en ébullition à l'approche du mariage de la collègue de Bei Bei...Le mariage aurait lieu dans un grand hôtel du Pudong. " le plus chic". Les parents de  Zhuang Jin s'étaient endettés pour participer aux frais du mariage.  Elle porterait trois robes, la première serait blanche, à l'occidentale, la deuxième violette piquée de diamants, et la troisième rouge , à la chinoise. page 51

On l'avait trop gâté et ce, depuis son  jeune âge. Il se rappelait que Vieux Père l'emmenait au parc en bicyclette, assis sur son guidon. Il lui offrait tout ce qu'il voulait et cédait à tous ses caprices. Maintenant, c'est un fainéant qui ne savait rien faire. page 68

XiaoXiao aimait les musées autant que les bibliothèques, il y éprouvait un sentiment  analogue à la légitimité et d'anonymat. Il savait que cet anonymat était sélectif, qu'étaient réunies dans ces lieux des personnes  de culture, qui avaient le loisir et la curiosité d'errer entre les vases, les statuettes, comme on chemine à travers les lignes d'un vieux manuscrit. Il se sentait à l'aise, il était  en terrain connu. page 85

La nuit,  il ne réussit ps à fermer l'œil.  Il se sentait inutile. page 95

Une lettre de la ville informait les habitants du lilong que des experts passeraient  dans la semaine  visiter leur appartement. Il n'était plus question des nouveaux logements...BeiBei commençait à s'inquiéter un peu, elle continuait malgré tout à plaisanter avec lui. Les experts vinrent avec des mètres et des instruments de mesure. Cela fit à tout le monde une grosse impression. On les chassait donc. page 150

es événements s'étaient précipités.  Il y avait des problèmes dans la construction des logements, un jour, c'était la conformité aux normes, un autre, de terrain à assainir. A la place, on leur proposait des indemnités ridicules qui s'étaient présentes comme mirobolantes: " le rachat d'une propriété qu'après tout vous n'avez pas acquise". L'avocat s'était soudainement volatilisé et on  n'arrivait pas à les expulser du quartier. ...On était allé se plaindre à la mairie. On leur répondait toujours la même chose: ' il faut accepte de partir".  pages 153, 154...Vers la fin du mois d'août, ils reçurent un courrier de mise en demeure. Ils devaient quitter le lilong avant le 1er  novembre. page 157

Xiao Xiao était pris d'abattement, les communistes  les avaient dépossédés de leur belle maison près du canal, maintenant , on leur retirait  jusqu'à leur humble appartement. page 158

Xiao Fei arriva à la conclusion que toutes les conditions avaient été réunies pour qu'il soit heureux et qu'il ne s'était pas rendu compte, qu'au lieu de travailler à la recherche du beau et du vrai, il avait perdu son temps. Il avait attendu le bonheur comme il attendait maintenant une intervention divine. Il avait confondu plaisir et bonheur . page 217