mercredi, janvier 20, 2021

TOUT IRA BIEN ( Damian Barr) 2020

 1901. Afrique du Sud. Une guerre sans merci oppose l'armée britannique et les premiers colons. Sarah vander Watt et son fils sont emmenés de force dans un camp de détention. La dernière chose que voit Sarah, tandis que les soldats anglais mettent le feu à leur ferme, est sa précieuse bibliothèque qui sera réduite en cendres. A leur arrivée dans le camp, le commandant se veut rassurant. C'est pour leur sécurité que les habitants ont été regroupés, on leur assure que "tout ira bien".  Dans les faits, c'est la naissance du premier camp de concentration de l'histoire.

2010. William. 16 ans, ne veut qu'une chose dans la vie, rester seul avec ses livres et ses chiens, et demande qu'on lui fiche la paix. Inquiets pour lui , sa mère et son beau-père Ils l'envoient au camp " Aube Nouvelle" où l'on accueille des garçons pour en faire des hommes. Virils. Ici, lui assure-t-on, "tout ira bien".

Ce qui lie ces deux drames?  Il faudra se plonger dans ces pages bouleversantes, vibrantes de colère et d'espoir, pour le découvrir. 

Tout ira bien, dont le Guardian a loué "la sagesse et l'infinie poésie ", l'un autobiographique sur un adolescent gay en Angleterre dans l'Angleterre thatchérienne. Il vit à Brighton.  Tout ira bien est son premier roman.

"Que jamais, jamais plus, ce beau pays ne connaisse l'oppression d'un homme par un autre." Nelson Mandela . discours d'investiture à la présidence, 10 mai 1994, Prétoria.


QUELQUES NOTES SUR L'HISTOIRE DE L'AFRIQUE DU SUD

 Les Khoisan , 30000 ans avant J.C., les Khoi- Khoi ( les Hottentots) et les San, puis les Bantous, il y a  4000 ans,   les colons hollandais et français protestants qui ont pris le nom de Boers,  au XVII ème siècle et  à partir de 1795,  arrivée des Britanniques , première guerre des Boers ( 1880- 1881) seconde guerre des Boers ( 1899- 1902) ; en 1910 formation de l'Union d'Afrique du Sud, dominion britannique; 1948, installation de l'apartheid; 1991, abolition du système ségrégationniste

Le journal de Sara van der Watt pour son mari , Samuel, parti combattre les Anglais. 

Mardi 1er janvier 1901, juste après le petit déjeuner. Nous savons qu'ils arrivent. Cela deux semaines maintenant que nous regardons la fumée s'élever au loin, conscients qu'ils seront bientôt devant notre portail.....Jour après jour, les Anglais se rapprochent. page 21

Nous nous affairons , nous préparant à la venue de nos non-invités, . page 24

Ton père (celui de son mari qui  était pasteur)  a appris l'anglais en en autodidacte, pour pouvoir prier  avec les Khakis qui mouraient pendant notre première guerre contre eux, celle qui nous a obligés à venir jusqu'ici  pour pouvoir observer nos propres rites. Une langue pauvre et prosaïque  disait ma mère. page 26

Samedi 5 janvier. Ils sont là. Nous sommes saufs....Le premier est arrivé ce matin...." Bonjour " a-t-il lancé d'un ton jovial...." Je suis là pour l'inventaire.  - L'in-ven-taire" ai-je répété...J'en ai saisi lorsqu'il  a englobé la ferme dans un grand geste des deux bras. pages 37, 38, 39

Le Khaki a pris toute la matinée pour procéder à son comptage. J'ai été soulagée de voir qu'il avait apporté  son déjeuner. ...Il a passé toute l'après-midi à vérifier ceci ou cela. page42

Lundi 7 janvier. Nous sommes dans un train qui roule en direction du nord, je crois. ils refusent de nous dire où exactement. ....Cela fait un jour et une nuit que nous sommes enfermés dans cette boîte sans le moindre arrêt, ni eau, ni nourriture. page 43

Jakob (un employé noir) nous a réveillés en criant : " Khakis" avant que  quelqu'un le fasse taire en le frappant. Lettie ( son épouse) a calmé Fred ( le fils de Sara et de Samuel)  . Je suis sortie.  Je les ai trouvés dans la cuisine, au nombre de six, en train de regarder autour d'eux....page 46

Toute la matinée, le général Durham est resté assis à notre table à signer des documents donnant au caporal des ordres qu'il relayait à ses hommes...Ils ont rempli panier après panier...jusqu'à ce que le chariot soit rempli. ..Les poules, ils les ont attrapées une à une méthodiquement.... " Mme van der Watt ...nous sommes sur le point de commencer l'intérieur. Vous avez cinq minutes , si vous le désirez, pour prendre tout ce que vous pourrez emporter. Je vois que votre mari a une bibliothèque bien fournie."...Tout le reste, ils l'ont sorti et empilé avec soin sur le deuxième chariot, tandis que le caporal Johnson cochait gaiement chaque objet sur son inventaire. Dix ans de notre vie ont disparu....page 51

Il ( le général) a fait un signe de tête au caporal qui a sorti une boîte d'allumettes, en a craqué une et l'a jetée sur notre toit.  page 53....Puis, ils ont versé des sacs de sel blanc et brillant sur notre potager désormais vide, le faisant pénétrer à coups de botte. Rien n'y repoussera désormais.  page 54  Au bout d'une centaine de mètres, notre chariot a quitté la piste...Des dizaines de chariots allaient dans la même direction.  page 54

Jeudi 10 janvier  Nous avons passé une éternité dans ce train. page 55 nous avons tous faim....Le train a atteint Bloemfontein au moment où le soleil s'éclipsait. page 60

" Vous êtes au camp de réfugiés de Bloemfontein, a annoncé un autre soldat en anglais. Je suis le capitaine Cooper du régiment du Devonshire. Suivez-moi s'il vous plaît"....Nous étions tous emportés en direction  d'une haute clôture de barbelés.  pages 62, 63

" Vous n'êtes pas des prisonniers ici. Vous êtes des réfugiés...;Soyez assurés que vous serez ici en sécurité. Tout ira bien". Il a répété ces derniers mots.  page 64

Tous les matins, réveil à cinq heures, au son des trompettes; extinction des feux à neuf heures du soir, en toutes circonstances. ...Au-dessus de nous, se dresse une tour de garde couronnée d'un nid de fil de fer où deux soldats sont installés à fumer. Ils grattent leurs allumettes sur ce qui doit être une mitrailleuse. page 68

Notre camp - il y en a d'autres - contient deux cent cinquante tentes. page 70

Toutes les heures d'autres chariots arrivent avec leur cargaison de détresse.  Certains d'entre nous restent à côté du portail dans l'espoir d'obtenir quelques nouvelles. Il y a parfois des retrouvailles, mais c'est essentiellement  de l'attente. page 72

Les enfants de plus de douze ans reçoivent une ration d'adulte. Parce que Fred n'en a que six, il a droit à un seizième d'une boîte de lait par jour. C'est tout. ...On voit peu de mères dodues....Samuel, les enfants ici sont maigres comme des clous, leurs manches battent leurs poignets. C'est affreux à voir. ..Ils ne nous fournissent pas de savon, puis nous traitent de vermine. page 77

A la fin du service (religieux) le révérend Fernie a lu à haute voix  le nom et l'âge de tous ceux qui se  sont éteints cette semaine et à chacun, un sanglot éclate. page 82

- Votre nouvelle carte de rationnement. - Je n'en ai pas besoin. " ai-je répondu..."Le règlement , c'est le règlement. Voici celle réservée aux indésirables.  - Les indésirables?  "Les femmes comme vous - dont le mari persiste à combattre. Des indésirables. Vos époux vous ont abandonnés, vous et vos enfants, nous obligeant à vous nourrir, vous loger et vous donner accès à la médecine moderne et à l'éducation qui vous font si manifestement  défaut. Tout cela aux frais du contribuable britannique...Page 83

Je me couvre la bouche désormais, à cause de tous les gens qui toussent. Tout le monde se gratte. Rougeole,  typhoïde, même suicides, disent certains: le révérend n'arrive pas à suivre. Lui-même semble bon pour la tombe alors qu'il vole éperdument de mourant en défunt. page 90

Savez-vous  comment les choses se passent dans le camp des Noirs? m'a-t-elle dit ( Mrs Kriel qui partage la rente avec Sara)  demandé. - Le quoi? - Le camp des  Noirs, ma chère, de l'autre côté de Bloemfontein. J'ai la chance d'avoir gardé ma servante mais c'est parce que le directeur comprend qu'une femme de ma stature ne peut de passer de domestiques. Les délicates familles de réfugiés blancs doivent être logées avant qu'il soit fait quoi ce soit pour les Kaffirs ( les Noirs) . De toute façon, ils sont habitués à vivre dehors, aussi est-il parfaitement impossible pour eux de bâtir leur propre abri et de se trouver à manger, comme ils le faisaient avant que nous arrivions . ...Je ne peux imaginer que ce soit horrible pour eux....Partout dans la région, les Kaffirs se soulèvent, comme ils ont toujours voulu le faire, maintenant que nous ne sommes plus là pour les civiliser. Nous sommes plus en  sécurité ici...page 96

Ma propre faim est une sorte de vide anxieux....Le pire est e savoir que les vivres ne manquent pas: la seule chose est une simple signature. si je signe le serment, je pourrai acheter à Fred tout ce dont j'ai besoin. page 98

Mercredi 23 janvier. ( Rassemblement au camp)  " Cette nuit, nous avons perdu notre reine., a commencé le révérend Fernie en bredouillant. Et notre famille royale - notre Empire - a perdu une mère et une grand-mère. " Une sorte de frisson nous a traversés page 109

Des caisses sont arrivées d'Angleterre, marquées " Fonds d'aide aux femmes et aux enfants sud-africains en détresse"; nous n'en avons pas vu le contenu. Chaque matin, nous sommes tirés e notre lit par les mains-en- l'air ( ceux qui collaborent) ....Nous mangeons par terre comme les Kaffirs ( les Noirs) : du pain aussi sec et dur que les fourmilières où il est cuit, et parfois, une tranche de pap ( gruau de maïs) moisi. page 116

Jeudi 31 janvier. Le capitaine Hume chef du camp. " Le mois dernier, nous avons eu  vingt-cinq morts de malaria, soixante-deux de typhoïde ainsi que cent cinquante-deux cas de scorbut. page 125

Samedi 2 février. Nous n'avons pas le droit de sortir de nos tentes...Encore une journée sans ration. page 129

Lundi 4 février. Alors que je me penchais en arrière pour maintenir la distance, il ( le caporal Johnson) m'a attrapée pour m'attirer sur ses genoux et a commencé à tirer sur mes jupes.....J'ai repoussée d'une claque. " Voilà qui est mieux. Pas encore tout à fait matée hein? " D'un geste brutal, il m'a fait tomber par terre avant de me coincer la tête entre ses genoux.....  Il s'est affaissé comme un ivrogne...Son oeil gauche était fixé devant lui sans rien voir; le manche de on couteau de petit déjeuner sortait de son oeil droit.  J'ai palpé la poche de mon tablier. Vide... " Allez salopard " a fait Helen en lui donnant un coup de pied.- Où? " ai-je demandé d'une voix enrouée par l'émotion... Helen a pris une grande inspiration , raffermi sa prise sur l'étoffe et tiré de toutes ses forces en direction des latrines.  Alors que nous revenions en pataugeant, la Croix du Sud est apparue au-dessus de nous dans les ténèbres de minuit. L'as-tu vue aussi? Où es-tu Samuel? Où es-tu? page 134

FIN DU JOURNAL. Voir dans ce blog  BLUE BOOK (novembre 2017) Les camps de concentration allemands sans la colonie de Namibie.

DEUXIEME PARTIE. 

Mars 1976. Johannesburg. 

Personnages: Rayna, ses enfants:  Piet et  Irma; Willem , né le 27 avril 1994, est son petit-fils et fils d'Irma. 

27 avril 1994 Les infos du petit déjeuner montraient des gens en train de faire la queue , dès avant l'aube, devant les bureaux de vote de tout le pays: villes , bourgs, townships, fin fond du veld,  dans les églises, le s tribunaux, les cabanes.  Files de Noirs, files de Blancs, files ostensiblement mixtes sur les campus universitaires.....Aux infos , ils montrèrent De Klerk en train de voter, puis Mandela et sa sorcière d'épouse qui saluaient  de la main avec un sourire retors en traversant une foule de partisans  de l'ANC devant un bureau de vote, avec pour seuls Blancs, sur place, des policiers à l'air effaré. Laisser voter, c'était se laisser buter - elle ( Rayna)) fut fière de sa trouvaille page 172....

(Irma est en train d'accoucher) "Où est le docteur Beck" s'écria Irma. - Il est parti.  - Parti? répété-t-elle _ Reparti  En Angleterre, parti!  page 175

Rayna a toujours travaillé ( à la gare) et ses enfants n'ont jamais manqué de rien, personne ne peut dire le contraire...Au cours de  toutes ces années, elle n'a pas vu un Noir s'approcher du guichet  SLEGS BLANKES. Maintenant, cela arrive tout le temps...Elle leur indique leur propre guichet à l'autre bout du hall. Le mois dernier, elle a été briefée par son nouveau patron, noir, sur les nouvelles règles. Les panneaux SLEGS BLANKEES et NIE BLANKEES ont été décrochés. Pourtant, elle remarque les deux queues continuent à se former. ....De prisonnier, Mandela est devenu président et son nouveau drapeau flotte partout mais pas sur les maisons de Brakpan où des barreaux poussent à chaque fenêtre. page 181

Mars 2000. C'est samedi matin et Willem attend...Rayna a été convoquée à un énième formation sue la diversité.. Page 191 Dans la cour de récré, tout le monde parle anglais. L'afrikaans est réservé aux cours et à l'église.

Mars 2000. " Willem"! cria-t-elle( sa mère, Irma) mais il n'entend pas, n'écoute jamais, ce garçon. ...;3 qu'est-ce que c'est que ce boucan?!  Derrière elle, se tient Rick. Willem virevolte, pivote, virevolte à nouveau. ...Irma et Willem  se précipitent vers Rick qui sort à reculons... " Tapette"  (dit Rick) - Non, protesta Irma. .." Une tapette crache Rick, une putain de tapette!"  ..." Si tu touches à un cheveu de cet enfant, tu auras affaire à moi" dit Rayna.  Willem s'est fait traiter de tapette bien des fois, mais jamais encore hors de l'école, dans sa propre maison. page 193.

Novembre 2007. " Ce n'est pas si loin" dit Irma...Benoni Park est à une demi-heure d'ici maximum..; L'école est super.  Tu pourras revenir ici quand tu veux. N'est-ce pas maman?  Rayna est encore entrain de digérer la nouvelle ( Le départ de Willem en pension)  " Bien sûr qu'il pourra, quand il veut".  Willem n'a jamais imaginé vivre ailleurs qu'ici, dans son lit..;Tous ses livres sont ici...page 211

Mars 2009.  ( La classe de Willem se rend au musée de Bloemfontein en car) "Bienvenue tout le monde au musée de la guerre anglo-boer.  page 232 " " combien de civils furent emprisonnés? Cent seize mille, dans quarante camps. Et combien sont morts dans les eux ans qui se sont écoulés avant que la guerre soit perdue et les camps fermés? Vingt-huit mille femmes et enfants - vingt-deux mille avaient moins de seize ans. "...page 234  Chacun de vous a entre les mains la copie d'un extrait du registre officiel des camps...."  Celui de Willem :  Nom : Frederick van der Watt; Né dans le camp: non; Age d'arrivée: six ans; Sexe: masculin: Race: Blanc;  Etat civil: ne s'applique pas;  Nationalité:  Etat libre 'Orange/ Boer.  ; Inscription en tant qu'enfant: oui.  page 235

" Nous savons tout cela grâce au courage d'Emily Hothouse, une Anglaise qui vient ici en 1901 juger par elle-même des conditions  de détention. ...A-t-elle visité les camps de Noirs?  demande Mthunzi. - Non, Il y en a eu bien sûr; autant que de camps de Blancs, mais ils n'étaient pas jugés assez sûrs pour une dame. page 238

" Ceci est le journal de Sara van der Watt, arrivée à Bloemfontein le jeudi 10 janvier 1901. Qui a eu son fils , Fred, déjà?  " Willem lève la main..." comme la plupart des femmes boers, Sara refusa de signer le serment, mais elle le paya très cher.  - Elle est morte là - bas, alors? demanda  Anston en indiquant la maquette du camp. - Non, répond Anna. En fait , Sara fin it par retrouver  son mari. Là, elle regarde  de nouveau Willem, droit dans les yeux . " Samuel  van der Watt vint lui- même au camp, pour se rendre , le 5 avril 1901, blessé mais en voie de guérison. ..Il signa le serment et les archives montrent qu'ile repartirent  ensemble. "  page 241

" C'est toi qui as eu Fred, n'est-ce pas? " Il déplie la dernière page.  " A haute voix s'il te plaît. " dit Anna...;" Date d 'arrivée: 10/02/1901; Date de départ: 04/04/1901; Motif de départ: mort, ( malaria?) ...; Sarah enterra son journal  intime  non loin d'ici, où il fut découvert en 1988....Samuel est arrivé le lendemain de la mort de son fils, conclut Anna. ..;Nous savons que Sarah  et Samuel eurent un autre enfant par la suite - une fille- parce que ses descendants sont venus visiter le musée  et nous ont très gentiment autorisés  à continuer de présenter  le journal de Sarah". page 243

Septembre 2010. ( Willem est renvoyé de son école suite à une rude bagarre et s'en va dans un centre " hautement militaire" . " Nous inculquons et promouvons : loyauté, discipline, règles de vie, éducation à la dure, exercice physique intense, bonne posture,  alphabétisation, compétences de base en calcul, efficacité, fiabilité, travail d'équipe, soins animaliers et protection des espèces, défense de la communauté"  ( blanche) page 250

TROISIEME PARTIE 

1er octobre 2010. Le portail se referme en claquant....Devant lui, se tiennent dix garçons vêtus du même treillis, la tête rasée à l'identique,, tous blancs, et régulièrement espacés comme des quilles. Ils ont tous à peu près son âge. Leurs bottes occupent le petit morceau de monde où ils se dressent avec une assurance acquise et ils regardent droit devant eux. âge 260

" C'est le règlement, répond Volker en afrikaans. Interdit de fumer. Pas de clopes; pas de drogues; pas de portables, pas de.......C'est l'Afrique du Sud ici. Pas d'Angleterre. Pas ton lycée de luxe. On parle afrikaans. ..Zéro alcool...On est des soldats maintenant faut qu'on garde l'esprit clair, qu'on soit prêt. "page 264

( Willem  son prénom est oublié, on l'appelle Brandt, son nom de famille.) Le Général , cela fait plus de quinze ans qu'il le tient ( son discours) devant des centaines de garçons, dans  des dizaines de camps de ce type.  Des garçons qui font désormais un travail honnête en protégeant les femmes blanches du Cap à Johannesburg. ...L'Afrique du sud survivra. page 270 Nous avons apporté la lumière dans les ténèbres, ais maintenant , nous sommes les derniers Blancs d'Afrique. Les Belges ont fui le Congo, les Français ont quitté l'Algérie, les Portugais, les Italiens, même les Allemands sont partis. mais , nous sommes encore là - nous sommes encore là!  Pourquoi Parce que c'est notre pays. ..Donc ici, nous parlons la seule langue que dieu nous a donnée: pas le clic-clic des cafards qu'on a vaincus à la bataille de Blood River, ni les mensonges anglais, mais l'afrikaans. " page 271

Willem est à Aube Nouvelle depuis près de trois semaines. Ce n'est déjà plus le garçon qui s'est laissé prendre en photo à l'entrée avec sa mère. page 294

(Willem et Geldenhuys quittent leur tente, la nuit pour s'enfuir, hors du camp, une femme leur ouvre sa porte et leur offre un petit déjeuner. Willem en profit pour aller aux toilettes et se faire un selfie qu'il expédie à Rayna , sa grand-mère). ' Le Général arrive et enferme les deux garçons dans une cabane  en tôle rouillée après leur avoir demandé de se battre l'un l'autre devant les autres jeunes).Pas de couverture bien sûr. Leur prison est tour à tour un congélateur et un four. Ils transpirent ou frissonnent. L'air est ranci...dans un coin,  se trouvent un seau d'eau et un autre pour tout ce qui sort de leur corps. les mouches font la navette entre les deux.  Willem a la gorge qui brûle et le ventre tordu de spasmes. Gledenhuys évite  de penser à ses parent depuis que sa mère l'a déposé au camp...Il avait été expulsé du pensionnat pour "conduite immorale". Sa mère avait été incapable de le regarder dans les yeux lorsqu'il était arrivé chez eux avec sa malle.. Avec des gémissements de vieillard, il se laisse glisser par terre et passe un bras autour de Willem. Celui-ci le laisse faire un moment. C'est agréable et cela fait longtemps qu'il n' a pas connu autre chose  que la souffrance et la peine. " Lâche-moi s'exclame -t-il...page 328 '( Rayna)  alors qu'elle porte la tasse à ses lèvres, sa messagerie s'ouvre ...Il y a un mail de Willem. Une photo. Sa tasse s'écrase au sol. page 329

QUATRIEME PARTIE.

1er mars 2015. Ventersburg.

Le procès du Général. L'avocat de l'accusé ( son troisième) a déjà dit qu'il ferait appel. Le procureur veut la peine maximale.: la prison à vie.  Maltraitance infantile, négligence et homicide sont les chefs d'accusation. Cela fait quatre ans jour pour jour qu'un enfant est mort. ( Geldenhuys)..Depuis la descente de la police  sur le camp, trois autres corps ont été retrouvés - tous de sexe masculin, tous âgés d'environ seize ans. ...Aujourd'hui, elle ( la juge) doit rendre  son jugement.  En quinze ans de métier,  elle a vu des voleurs, des violeurs et des assassins échapper à la justice, et même à leur conscience. Mais jamais, elle n'a vu  pareilles blessures, n'a jamais pris autant de temps pour lire un rapport d'autopsie, n'a jamais perdu autant le sommeil, même par les nuits de plus en plus rares où la climatisation fonctionne.  page 336

Elle aimerait pouvoir oublier le corps de vieillard brisé du garçon. Le rapport du pathologiste judiciaire: multiples blessures récentes, douze au total. ...Deux poignets cassés, notamment de multiples  contusions et ecchymoses. Diverses infections...malnutrition et une déshydratation sévère. La muqueuse de sa bouche  était brûlée... page 338

" John David Volker  et Samuel Frederick van der Watt, vous êtes inculpés de multiples chefs de maltraitance infantile, de négligence et du meurtre de Victor Geldenhuys". page 348

1er mars 2015. Johannesburg. Willem attend  assis dans son lit,  Sa grand-mère lui a dit qu'elle reviendrait tout de suite du tribunal sitôt le procès terminé....Il se rappelle toutes ces semaines, tous ces mois passés à l'hôpital...Il ne dormait pas vraiment; mais n'était pas réveillé non plus. Il n'était ni vraiment mort. Ni vivant. ..A l'hôpital, il n'était pas vraiment seul.. A longueur de journée et de nuit, , des gens  venaient l'examiner et  le tripoter...Après des jours et des jours d'efforts, il a ouvert les yeux....Il était resté six mois dans un coma artificiel. " Maintenant que tu es réveillé, il faut que tu nous aides...Il n'y a que toi  qui peux répondre  à nos questions.  Qu'est-ce qui s'est passé ce jour-là , petit?  Qu'est-ce qui s'est passé? " Les portes s'ouvrent et tout est si lumineux. Volker les sort un par un en les traînant par les aisselles et les jette par terre....Ils sont si faibles et si légers  tous les deux que le vent pourrait les emporter.......Willem peut à peine bouger la jambe droite. Geldenhuys s'approche en rampant mais il ( le Général) le repousse et il se redresse tout seul, à moitié plié. .... Bien ; les filles, voici ce qui vase passer. Toi, ( il tape la poitrine de Willem du doigt) , tu vas l'attaquer. Et toi, ( il tape celle de Geldenhuys) tu vas te défendre. Et on va voir lequel reste debout.  Facile. On va voir qui est un vrai homme.......Le Général  ordonne aux autres garçons de former un cercle. Geldenhuys s'avance en titubant vers Willem , qui bat en retraite...Willem se jette , moitié titubant, moitié glissant sur Gldenhuys qui n'essaie même pas de l'esquiver. Le cercle se referme autour d'eux..." Finis-en " crie le Général....Une voiture se met à klaxonner sans discontinuer...Puis des sirènes...Alors que le portail s'ouvre, il ( Geldenhuys ) tombe. pages 349, 350, 351, 352


jeudi, janvier 14, 2021

VIRGINIA ( Jens Christian GRONDAHL) 2000

 Nous sommes en 1943,et les bruits de la guerre n'épargnent même pas cette grande demeure bourgeoise, construite à l'écart d'un hameau au bord de la mer du Nord. Ses propriétaires, un couple sans enfants, accueillent leur jeune neveu de quatorze ans mais aussi la fille adolescente de la couturière de Madame, pour la mettre à l'abri des bombardements qui menacent Copenhague. Lorsqu'un avion s'écrase non loin de là, dans les dunes, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents et un pilote britannique.

Ce récit, dépouillé et émouvant, sur le thème de l'innocence perdue, marque, sans doute, un tournant dans l'écriture de Jens Christian Grondahl, dont le talent s'affirme de livre en livre. 

Elle ne connaissait pas la région. Elle avait grandi à Copenhague, et aussi loin que remontait son souvenir, elle avait habité avec sa mère dans ce petit appartement près du port. Son père les avait abandonnées quand elle avait cinq mois et elle ne l'avait jamais vu. Sa mère était couturière à domicile.....Et au cours d'un été lointain, la jeune fille était venue dans cette maison au bord de la mer du Nord. Elle écoutait le ressac et les avions anglais.  page 13

Elle avait les épaules larges, de longs bras et des jambes musclées. Elle avait l'air d'une championne de natation. ....L'arrivée de la jeune fille lui avait été annoncée  une semaine plus tôt. ...Elle le trouvait curieux avec son corps osseux, ses yeux rapprochés et ses cheveux raides...IL n'avait encore guère eu de contact avec les filles et il était incapable de les regarder sans se sentir perdu. page 18

Elle se souvenait qu'elle restait éveillée, la nuit, qu'elle pensait à sa mère sans que celle-ci lui manque vraiment.....Elle  entendait les bombardiers qui survolaient la région, elle  se disait qu'ils allaient atteindre la ville et y lâcher leur charge.  page 22

Il avait conscience de chacun des mouvements de la jeune fille dans la maison. Il entendait ses pas dans l'escalier, quand elle refermait la porte  de sa chambre, avec précaution selon lui. Il aurait été faux de dire qu'elle l'évitait, mais elle ne cherchait pas non plus sa présence. Oui, il se dit parfois qu'elle l'accompagnait à la plage ou à la promenade uniquement parce qu'elle était une invitée. Une invitée qui compensant l'hospitalité dont elle jouissait en épluchant les pommes de terre, en mettant le linge à sécher, en causant le moins de bruit possible et en se faisant un devoir de lui tenir compagnie. Mais cela pouvait tout aussi bien être le fruit de son imagination.  page 25

Son oncle expliqua qu'il avait entendu dire qu'un avion anglais s'était écrasé, non loin de la côte, au nord...Un soldat allemand monte la garde près de la carcasse de l'avion abattu....au dîner, le médecin-chef dit qu'on avait trouvé  un parachute qui flottait dans les eaux du fjord. page 29

Elle est éveillée. Elle écoute le silence...Il s'écoule peut-être une demi-heure, voire presque une heure avant qu'elle n'ose s'extirper de son lit avec maintes précautions. Elle se raidit, , se hisse à la force des bras, afin que les ressorts ne la trahissent pas. elle s'habille dans allumer la lumière, elle tourne la poigne à fond et ouvre la porte sans un bruit. Elle sait quelles marchent  grincent sous les pas. Pendant qu'elle aidait à préparer le dîner, elle a rempli un panier et l'a dissimulé dans le bûcher....Elle pousse lentement la porte....Personne ne l'entend quand elle l' (son vélo) enfourche  et se met à pédaler sur le chemin. .....Bientôt, elle aperçoit la remise, là-bas...page 32....Elle ne  le voit pas encore mais elle sait  où il se trouve ( le parachutiste anglais)  Il l'appelle calmement. Il lui parle de sa voix douce , dans cette langue étrangère dont elle comprend quelques mots, mais dans laquelle elle est incapable d'exprimer même les choses les plus simples. Elle n'a plus peur quand il tend la min et touche son bras, et la laisse glisser jusqu'au coude. Elle s'accroupit en face de sa silhouette tapie dans un coin, elle écoute  les bruits affamés qu'il fait lorsqu'il dévore la nourriture. pages 34, 35

La nuit suivante, elle ne dormit pas, elle attendit le silence puis se faufila hors de la maison avec son panier. Elle ne savait pas que quelqu'un l'avait entendue. Il la vit par la fenêtre quand elle prit son vélo. Il s' habilla en hâte et courut jusqu'à une dune d 'où il put la voir au loin, distincte dans la nuit claire. page 35

Les soldats allemands  étaient de l 'autre côté de la cloison. Il ( le garçon) entendait parfaitement leurs voix, mais ne comprenait pas leurs paroles. Quand il releva la tête, le pilote fit un grand mouvement pour le chasser hors de la remise et qu'il retrouve les soldats approchant de la porte.  Il ne bougea pas quand le pilote réitéra son geste silencieux et désespéré. Il ne pensa à rien pendant les quelques secondes suivantes. En revanche, depuis lors, je n'ai pas cessé de me demander si les soldats allemands m'avaient vu pénétrer dans l'abri et si cela aurait fait une différence si j'étais sorti seul au lieu de nous trouver ensemble. ....Mon oncle et ma tante sont venus me chercher après l'interrogatoire. elle était partie quand nous sommes rentrés à la maison. Elle avait laissé une lettre. page 41

Il me fallait trouver une défense quand je n'arrivais pas à dormir. J'énumérais tout ce qui pouvait faire office d'excuse.  Mon jeune âge, la situation désespérée du pilote. L'impossibilité, pour deux jeunes gens , de lui faire traverser le pays et de l'amener à bord d'un de ces cotres de pêche qui passaient des résistants et des juifs en Suède. Je me suis maintes fois répété qu'il a certainement été traité comme un prisonnier de guerre et qu'il a été interné dans un camp  de prisonniers en Allemagne, où la plupart de soldats ont survécu;  Je me suis dit qu'il était rentré en Angleterre, après la guerre..;Mais cela ne changeait rien. A ses yeux à elle, ce regard bleu qui me scrutait , je les avais trahis. Et dans mon for intérieur, je lui donnais raison, car j'aurais pu aisément me tenir à l'écart de la remise.  page 42

Elle a sûrement pensé au pilote anglais. Des années plus tard, elle m'a dit que c'était le premier homme à l'avoir touchée. Il lui avait caressé le visage et les cheveux et avait hésité dans l'obscurité, puis elle avait doucement penché le visage et senti les poils de sa barbe et de ses lèvres.  Un seul baiser lent et tâtonnant; C'était là toute leur histoire d'amour. Il avait sorti quelque chose de sa poche et posé dans sa main un objet plat, froid et métallique. après, elle avait pensé qu'il savait  qu'ils ne se reverraient plus C'était un étui à cigarettes en argent...Les initiales du pilote sont gravées sur le couvercle: " M. W." . .page 43....Elle me l'a envoyé il y a un an.. Lorsque j'ai reçu l'étui et la lettre, cela faisait presque quatre ans que nous ne nous étions vus. ..;Elle avait alors la trentaine. ;page 44

Je n'avais pas escompté la revoir et il s'écoula de nombreuses années avant que je la prenne au mot (aller la voir à Paris). Je venais de prendre ma retraite....C'était début mai, et j'avais décidé de réaliser un vieux rêve: passer un mois à Paris. page 47

Je me suis senti isolé, alors que tous les gens étaient accompagnés. Je me suis senti isolé; j'étais seul, mais c'est différent. J'ai soudain songé au nombre d'années pendant lequel j'avais vécu comme eux. Je travaillais toute la semaine et faisais un boulot que je n'aimais pas afin d'avoir les moyens d'acheter un tas de trucs ont je n'avais pas vraiment besoin. Le dimanche, je faisais une excursion avec ma famille....Je ne l'avais jamais  confié à personne, mais parfois, je trouvais ça totalement vain de bosser la semaine pour pouvoir passer le dimanche en voiture, jouer au ballon avec mon fils, arranger le grillage et déjeuner sous le parasol. page 52

J'ai découvert qu'elle habitait le quartier. je suis rentré dans le café et je l'ai appelée. à ma grande surprise, elle a répondu. ..Cette fois-ci, j'ai eu du mal à le reconnaître, cette femme âgée...Je l'ai reconnue lentement quand elle a ôté ses lunettes noires. J'ai retrouvé son visage large et son sourire. .... Nos vies respectives ne possédaient pas de points communs. ...En quelques minutes, nos retrouvailles nous ont paru  presque évidentes comme si les existences que nous avions menées chacun de notre côté n'avaient duré plus que le temps des grandes vacances....Il y avait un-je-ne-sais-quoi d'intime ou de familier à se retrouver face à face à la terrasse d'un café parisien.   pages 55, 56, 57

Elle m'a demandé si je me rappelais l'abri  abandonné que je lui avais montré, à l'extrémité des près inondés, tout au fond du fjord. me souvenais-je aussi de l'avion anglais qui s'était écrasé au loin, et de ce qui avait été dit au village?  On avait retrouvé un parachute. J'ai acquiescé mais dans la pénombre, elle n'a sûrement pas vu. Elle m'a parlé du pilote anglais qu'elle avait trouvé. je l'ai laissée parler. C'était la première fois qu'elle racontait cette histoire, dit-elle, après un silence.  Elle s'était imaginé qu'on aurait pu le cacher ailleurs. page 64

Je ne l'ai revue que ce jour-là...Il y a environ un an, je suis tombé, par hasard, sur son avis de décès dans le journal: Copenhague  1927- Paris 1999. L'annonce était signée  : " La Famille". page 67

Elle aurait pu essayer de  retrouver sa trace, de découvrir qui s'était caché derrière les initiales  M. W.  sur l'étui de cigarettes. elle n'en avait rien fait. Elle avait laissé passer les années  en pensant à lui lorsque rien d'autre n'occupait son esprit....Il était une pensée  sous toutes les idées fugaces qui lui traversaient la tête. Et il était devenu précisément une pensée plus qu'un souvenir. page 69 Une fois dans l 'ascenseur ( elle l'a invité chez elle) , j'ai eu honte de moi....Mon sentiment de culpabilité avait été vain, mais  il était redoublé maintenant que j'avais omis le lui raconter ma version de notre histoire ( il était coupable de  l'arrestation du pilote) page 70

Je suis allé sur sa tombe. ...Elle était donc là sous la dalle lisse en marbre du Groenland. Un bouquet à moitié fané, était posé sur sa tombe, des roses rouge foncé, presque brun. J'avais  moi aussi un bouquet, des tulipes hollandaises. ...Et pourtant, je suis revenu. On pourrait penser que j'avais d'autres choses à faire, ce qui est vrai, même si je sui prêt à admettre que c'est parfois une corvée de tuer le temps lorsque l'on est à la retraite. ...Même si les années passent plus vite quand on vieillit, les jours paraissent parfois longs et pénibles. avec des ornières qu'il faut contourner. pages 71, 72, 73

Je suis revenu, non pas une fois, mais plusieurs....J'apportais toujours des fleurs et chaque fois, il y avait un bouquet de roses fraîches ou jaunies. page 73....Je me suis préparé à rentrer. Il était là , à deux pas derrière moi. je ne l'avais pas entendu....Le bouquet de roses pendait  au bout de son bras droit...Il s'est accroupi et a posé son bouquet à côté du mien, sur le gravier qui entoure la pierre tombale.  ....Puis, il s'est retourné vivement et m' a tendu la main : " Nous n'avons pas l'honneur de nous connaître." page 75

( Ils vont prendre un verre) Il m'avait demandé qui j'étais et depuis quand j'avais connu son ex-femme. " Cinquante-sept ans?  Cela fait bien longtemps" avait-il répondu en souriant....;" Un amour de jeunesse? " son attitude m'a surpris...Je lui ai expliqué les circonstances...Page 78

Il m'a demandé si j'étais marié. j'ai répondu que j'avais été marié deux fois.;Si le but du mariage n'était pas de dormir ensemble et de se dorloter, il ne savait pas à quoi servait le mariage. page 85

(L'ex-mari du personnage principal invite l'homme qui apporte des fleurs sur la tombe, chez lui) C'est ainsi que, un dimanche, j'ai garé ma voiture devant une villa d'un quartier résidentiel au nord de la ville. ...je ne cessais  de songer aux prés inondés qui donnaient sur le fjord, à la remise aux planches mangées par le soleil et les intempéries, là où le pilote anglais s'était caché. dans mon souvenir, cet abri était comme un écrin fermé. Peut-être avait-il été de même pour elle. Alors que nous contemplions la pluie et les éclairs à Passy, elle m'avait dit qu'elle avait pensé à ce pilote toute sa vie. Cela était la première fois qu'un homme la touchait.  Cela avait été  aussi , pour moi, la première fois, lorsque j'avais tenté de lui faire des  avances, maladroit et craintif  dans la pénombre trouée par les rais de lumière qui s'insinuaient entre les planches. Il y eut d'autres  de femmes depuis, pas beaucoup, mais si peu non plus, et certains ont constitué des rencontres infiniment  plus décisives que le premier objet  de mon désir tâtonnant. De même, il devait exister quantité de raisins pour expliquer qu'elle se soit progressivement détournée de son mariage. elle était devenue silencieuse  et absente  jusqu'à ce que son mari vacille dans le vide et le silence et s'agrippe à la première femme qui, un jour, avait croisé son chemin. pages 91, 92, 93

Mais peut-être ne sont-ce pas les causes que l'on recherche lorsque l'on  tente de débrouiller l'écheveau d'une existence, cet embrouillamini de fils que sont les rencontres, les moments partagés et les adieux, les pactes et les séparations, les rêves enfouis, les promesses rompues ou oubliées et les occasions inattendues. Tout ce que l'on a vécu et  éprouvé, parfois dans la détresse, parfois dans l'allégresse, mais le plus souvent dans l'indifférence....Oui peut-être cherche-t-on autre chose que des explications car comment parviendrait-on à obtenir la célèbre synthèse à partir des dons et des tares innés, à partir de chaos des circonstances et de hasards?   page 93

Je ne sais  si je pensais à tout cela quand j'ai trouvé la maison, quand j'ai franchi l'allée dallée et quand j'ai  tiré la sonnette. page 94

Elle (sa seconde épouse, Française, 15 ans  plus jeune que lui) est passée à la cuisine pour préparer le déjeuner. Il l'a suivie des yeux puis, il s'est tourné vers moi et m'a dévisagé. - Je l'aime" a-t-il dit sans détour, en clignant des yeux. Il s'est tassé  dans son fauteuil de jardin, il a contemplé les nénuphars du bassin  et les branches nues des arbres fruitiers.  " Mais il a fallu d'abord que je me le permette" a-t-il ajouté.  J'ai posé mon verre sur la table qui nous séparait. " Comment cela?  - Oh.....L'heure est venue....mais mon fils...Mon fils est parfois assez dur" ....." J'aurais peut-être dû.. J'ai levé la main pour le rassurer. " Ce n'est pas parce que je me reproche d'avoir été poussé à divorcer, a-t-il ajouté doucement. Non,  ce que je me reproche, encore, c'est de l'avoir épousée.  De l'avoir voulue  absolument, et de l'avoir laissée - cela va paraître surprenant - de l'avoir laissée faire. Bon, je vais te montrer le jardin".  pages 97, 98

...."La vie est étrange, n'est-ce pas? J'ai emmené une Danoise à Paris, uniquement pour la laisser là-bas. C'était son choix. Elle ne voulait pas rentrer. Et ensuite, j'ai ramené une Française au Danemark ,où elle passe toujours pour la méchante sorcière." J'ai eu pitié de lui et de ses remords. page 99

Je lui ai parlé du pilote anglais et de mon rôle honteux dans cette histoire. je l'ai fait autant pour moi que pour rétablir une sorte d'équilibre entre nous. j'ai dit qu'elle avait pensé à lui  chaque jour depuis la guerre. Nous sommes restés silencieux, jusqu'à ce que Denise sorte sur la terrasse pour nous avertir que le déjeuner était servi. J'ai vu que mon récit l'avait impressionné....page 101

(Son fils arrive avec ses deux enfants; ceux-ci se ruent dans le jardin, cassent les roses, jettent des pavés dans le bassin etc....) Le fils m'a regardé sans sourciller... "Alors, comme ça, tu connaissais ma mère?   -  Nous nous sommes connus quand nous étions jeunes. - Mais elle n'a jamais parlé de toi". ..;" Vous ne vous êtes pas vus très souvent toi et ta mère...je veux dire au cours des dernières années....a objecté mon hôte.  - Qu'est-ce que tu racontes?  a expliqué le fils sans le regarder page 105

(L'hôte est allé jouer avec son petit-fils dans le jardin et Denise faire le café) " Cela fait combien de  temps que tu connais mon père? " Cela ressemblait un peu à un interrogatoire. J'ai regardé ses traits amorphes, je ne l'aimais pas et je n'aimais pas ses enfants. Beaucoup de gens ne l'accepteront pas, mais à mon avis, les enfants peuvent être aussi antipathiques que les adultes. En revanche, je me suis rendu compte que j'aimais bien leur grand-père, cet honnête homme courtois qui se ratatinait sous les regards désagréables de son fils. " Pas très longtemps. Nous avons seulement fait connaissance après la mort de ta mère". ..." Mais tu sais tout de même qu'il s'est débarrassé de ma mère au profit de celle-là? " Il a fait un geste en direction de l'entrée. " Cela ne remonte-t-il  pas à longtemps? - ça change quelque chose?  - Elle ne s'en est jamais remis , a-t-il ajouté..... " Mais elle avait son travail, elle a voyagé.... - Oui, mais elle était seule. - Ne l'a-t-elle pas choisi?  - Qu'est - ce que tu en sais? .....- Peut-être que les choses n'étaient pas come tu le crois. " Il m'a lancé un regard méfiant.  " Il y  a quelque  chose que j'aimerais te raconter. Mais je te demanderais de la garder pour toi."  L'histoire a pris forme à mesure que je l'ai racontée . Il y avait  de la place pour celle-ci dans ce que je savais d'elle...Je lui ai donc parlé de ma rencontre avec sa mère, quelques années avant sa mort.... Elle n'avait jamais été  véritablement amoureuse  de  ton père. Et là; à l'étranger...; elle  a eu une relation avec un autre homme. Lui aussi était marié, avec des enfants. Ils s'étaient rencontrés pendant un été, lorsqu'ils étaient  jeunes, mais cela a été bref. Ils n 'avaient jamais pensé qu'ils  se reverraient"  . Il m'a regardé avec un air niais. Je m'imaginais facilement la chose, et je ne doute pas qu'il le pensait aussi. Le oui- dire a toutes les apparences du vrai, que la chose se soit passée ou non. Il est parfois impossible de faire la différence entre un mensonge et ce qui pourrait être vrai....J'ai marqué un silence et l'ai laissé se représenter l'infidélité de sa mère avant  de poursuivre . " Pour finir, il a été clair que son amant n'avait pas l'intention  de quitter sa famille et elle a mis un terme à leur relation....;Leur mariage n'était plus qu'une apparence lorsqu'il a rencontré Denise". Je me suis tu. Il avait les larmes aux yeux, c'était presque trop beau. Il ressemblait à un enfant...Les autres sont revenus et nous avons pris le café. Denise avait fait une tarte. Ils sont partis peu après et mon hôte les a accompagnés dehors. De ma place, je les voyais....Le jeune homme  chauve a hésité un instant, puis, il a serré son père dans ses bras, un peu maladroit et il est monté rapidement dans sa voiture.  Denise l'a vu également....Je ne l'ai jamais rappelé lorsqu'il  a laissé des messages sur mon répondeur. 

Quand je suis rentré chez moi ce soir-là, j'ai sorti l'étui à cigarettes du pilote anglais. Je l'ai ouvert , j'ai pris la cigarette...J'ai cessé de fumer, mais j 'ai allumé la cigarette , tiré une bouffée. .... J'ai tenu la cigarette entre mes doigts et j'ai contemplé la fumée qui montait  dans l'air comme un ruban transparent  er s'enroulait en spirales et en boucles dans les reflets du soleil couchant. pages 108, 109, 110





lundi, janvier 11, 2021

L'OPPOSANTE DE LA PRESQU'ILE ( Lydie Parisse) 2019

 "Une bouleversante adresse aux vivants et un témoignage sidérant sur le 4è âge" Valérie Hernandez ( La Gazette de Montpellier. )

Presqu'île de Crozon. dans un émouvant compte à rebours, cette Bretonne de 97 ans,  prend enfin la parole. Avec lyrisme et poésie, elle évoque, au moment de sa mort, le temps de sa jeunesse, au temps de l'Occupation allemande, celui des derniers jours de sa vie.

Lydie  Parisse est écrivaine, metteuse en scène et maître de conférences  à l'université de Toulouse2, où elle enseigne les ateliers d'écriture dans le master de la création littéraire. Elle publie des fictions dramatiques et des essais  sur la littérature, l'art et le théâtre d'aujourd'hui. Son activité artistique et son activité de chercheuse sont étroitement liées. Née en Lorraine, elle est liée à la Bretagne par sa belle-famille. 

100 pages

En votre absence, c'est pour les fleurs que je vivais, je me baisse, je tire sur la tige, elle vient toute seule, je la mets dans la paume de ma main, j'en arrache d'autres....page 20

Il n'y a pas assez de fleurs dans le jardin, les hortensias , les marguerites, toutes sortes de marguerites, en Bretagne, la vie est plus éphémère qu'ailleurs, surtout en bordures. page 21

Je suis morte ce dimanche et je vous vois dans ma maison Phoenix. Vous avez parlé de ma vie, du passé. Mon fils aîné a lu des pages de son livre sur ma vie. Le mari de ma fille qui est morte a beaucoup parlé, il a dit que j'étais allée à Cologne, que je parlais souvent de Cologne, que ma fille cadette, celle qui est morte, répétait souvent que son père n'était pas son vrai père, que son vrai père était un Allemand. Mon plus jeune fils a dit que j'avais voulu lui  apprendre l'allemand quand il était petit.  Ma belle-fille a dit que quand je faisais la cuisine,  je prononçais des mots d'allemand, je disais  kleine Loffel au lieu de petite cuillère. Ma plus jeune fille a dit qu'elle avait trouvé bizarre que j'accouche en ville de mon fils aîné, on n'accouchait pas en ville  à cette époque, on accouchait chez soi, avec une sage-femme, ma plus jeune fille  a dit qu'elle avait pensé que  j'avais eu un autre bébé avant mon fils aîné, elle a même dit qu'elle avait retrouvé l'acte de naissance de votre demi-soeur, une soeur dont vous n'aviez jamais rien su, l'enfant de votre mère et de son premier amour, pas votre père en tous cas. La partie visible de l'iceberg, vous avez commencé à en faire le tour, mais pas ce qui est sous l'eau! Vous avez parlé de ma vie, vous avez cherché à disséquer mon cadavre, mais , moi, j'ai tenu bon, faut bien, je n'ai rien dit jusqu'à mon dernier souffle, vous cherchez à reconstituer le puzzle mais tout est  au fond de l'eau. Ce que j'ai vécu, je suis seule à l'avoir vécu, je suis seule à l'avoir vécu, et voilà le pire , j'ai tout oublié.  page 28

Je ne suis plus là mais la vie continue. Page 33

Vous allez devoir vivre sans moi maintenant, devenir des adultes. page38

Oui Hans , il est venu me chercher quand il a perdu sa seconde femme, on avait plus de soixante-dix ans. Oui, il est venu  en secret me voir au port, il a voulu me ramener en Allemagne, oui, on s'est vus chez Paulette, la fille de Paulette vous explique tout. ....oui, j'ai décidé de ne pas le suivre. Hans, j'avais encore mon vieux mari à soigner, je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai manqué de courage pour nous deux. page 47

Je regretterai la lumière qui caresse toute forme au lever du jour, ses reflets changeants sur n'importe quelle façade ordinaire, je regretterai  les mouettes qui traversent en diagonale la fenêtre du toit et crient la joie de l'azur. Je regretterai la lande et la plage de Pen Hat près du manoir e Saint Pol Roux, le manoir en ruines avec son poulailler, de sa fenêtre, ce poète aimait contempler l'infini, quand j'étais jeune, tous les lundis, avant la guerre, je faisais le ménage chez lui, tous les lundis, je passais le torchon sur les piles de manuscrits pour qu'ils reluisent, fallait bien avant qu'ils soient dispersés aux quatre vents sur la lande, avant qu'il meure d'abandon et de chagrin, ce poète.....Je regretterai la lande haute, avec ses terriers de lapins, ses nuées de corbeaux qui picorent par groupes de quatre sur l'herbe humide. Je regretterai la brume quand elle noie le port. page 50 ...

.........J'ai peur. Le promeneur me fait signe, je l'ai reconnu dans la brume, c'est bien toi, depuis presque soixante ans tu viens tous les étés ici, avec ta fille Andréa, c'est bien toi, j'ai fait tant de photos de toi, de nous, tous les étés, une photo de nous, tu es parti mais je n'ai pas changé, je ne t'ai pas rejoint quand nous étions vieux, je ne suis pas partie avec toi quand tu es venu me chercher pour m'emmener en Allemagne, deux fois tu es venu me chercher pour m'emmener en Allemagne, je ne t'ai pas suivi, aujourd'hui, c'est différent, nous sommes jeunes de nouveau, je te reconnais, toi et ton rire, et  nos pirouettes dans les dunes, quelle complicité entre nous, toi, tunes un soldat allemand, Hans, c''est la guerre, je m'emmitoufle dans ta redingote militaire, les cheveux au vent, et je ris, je ris devant l'incendie de la maison du poète, je ris devant les dunes détruites, c'est la guerre, et après? L'amour n'a pas de frontières, suis-moi, je connais l'océan, les chemins des dunes, place tes pas dans les miens, nos pas s'impriment sur la page vierge du sable...nous sommes hiver-printemps-été, contre vents et marées, notre ailleurs est ici, notre ici ici est ailleurs, , nous, nous, nous, c'est comme ça et pas autrement...Pages 100, 101

UN MARIAGE AMERICAIN ( Tayari Jones) 2019

 Gelestial et Roy viennent de se marier. Elle est à l'aube d'une carrière artistique prometteuse, il s'apprête à lancer son business. ls sont jeunes et beaux et incarnent le rêve  américain...à ceci près qu'ils sont noirs, dans un Etat sudiste qui fait pas de cadeaux aux gens comme eux. Un matin, Roy est accusé de viol. Gelestial sait qu'il est innocent, mais la justice s'empresse de la condamner. les années passent, et la jeune femme tient son rôle d'épouse modèle jusqu'au jour où cet habit devient trop lourd à porter. Elle trouve alors du réconfort auprès d'André, son ami d'enfance. A sa sortie de prison, Roy retourne à Atlanta, décidé à reprendre le fil de la vie qu'on lui a dérobé. 

Avec  ce portrait de la classe moyenne noire du sud des Etats-Unis, Tayari Jones  radiographie le couple et signe une histoire d'amour tragique et contemporaine qui explore les thèmes de la famille, de la loyauté, du racisme. Caustique et rigoureuse observatrice de son temps, cette auteure reconnue outre- Atlantique s'attaque en femme de lettres aux maux qui rongent la société américaine, et parvient à donner à ce texte fulgurant et âpre tous les atours d'un grand roman. 

AVANT L'AUBE (Alonso Cueto)

 Adrian Ormache, avocat de renom, découvre à la mort de sa  mère, le rôle joué par son père dans la lutte contre le Sentier lumineux. Officier l'armée péruvienne, commandant d'une garnison, dans la région d'Ayaycucho, il faisait arrêter de jeunes Indiennes qu'il violait avant de les remettre à ses hommes, jusqu'au jour où il tomba amoureux de l'une d'elles et décida de la garder prisonnière avec lui, dans la caserne. Mais un matin , avant  l'aube, la jeune fille réussit à s'enfuir. 

Confronté au passé de ce père qu'il a peu connu, Adrian part à ;a recherche de cette jeune fille et entreprend un voyage qui le conduira dans une région des Andes  où la souffrance, la pauvreté et la mémoire des disparus hantent le quotidien. Ce bourgeois liménien , pour qui ne comptent que le succès, l'argent et l'apparence, devra affronter une douloureuse réalité.  Des secrets de famille aux secrets d'Etat, des quartiers résidentiels aux bidonvilles de Lima, il prendra conscience des aspects les plus inavouables de ce conflit qui ensanglanta le Pérou  entre 1980 et 1992.

Basé sur une histoire vraie, construit comme un roman policier, le récit  D'Alonso Cueto  nous entraîne dans une aventure riche en intrigues et en rebondissements. 

(Pendant quelques semaines, j'ai eu un problème de disque dur et n'ai pas pu écrire au jour au jour, mes lectures)

mardi, décembre 15, 2020

KERGUELEN, LE VOYAGEUR DU PAYS DE L'OMBRE (Isabelle AUTISSIER)

 "La mer est une émotion, mais c'est aussi une connaissance sans laquelle il n'y  a pas de navigation possible. Découvrir les lois qui régissent cette  nature, c'est apprendre à l'apprécier et y construire sa liberté".  (Isabelle Autissier)


Agé seulement de 38 ans, le chevalier Yves Joseph Marie de Kerguelen de Trémarec, (1734 - 1797) fut choisi par le roi de France , Louis XV, pour aller découvrir la Terra Australis, la face encore cachée du monde. A son premier voyage, il perçoit au loin " un petit pâté d'un brun violacé sur l'horizon". Il en fait une description idyllique, mais sans y poser le pied. Kerguelen obtient le commandement d'une seconde mission, aux moyens sans précédent. L'expédition tourne mal. A bord, l'accusation d'inconduite, Kerguelen  ayant embarqué avec lui sa très jeune maîtresse , Louison, le scorbut, les tempêtes de glace, la putréfaction des hommes et des marchandises, mènent le navire au bord de la mutinerie. A terre, ce sont  les intrigues qui auront raison du trop rêveur Breton. Le voyageur du pays de l'ombre a donné son nom à une terre qui fit  sa perte. 

Isabelle Autissier a su apporter à Kerguelen , une  biographie au long cours, une force romanesque , une puissance d'évocation personnelle. 

  ( Départ de l'Ile de France, aujourd'hui, Ile Maurice) Il se concentra sur ce petit bonheur qui lui signifiait qu'il était de nouveau en mer. ...En ce soir du 16 janvier 1772, lui, Yves Joseph Marie de Kerguelen de Trémarec, commandait l'expédition qui allait bouleverser les connaissances, la géographie, et sans doute, l'avenir. page 11

La terre australe était pourtant la dernière grande énigme..;Il fallait une volonté politique pour  se concentrer sur l'objectif, réunir les moyens, aller jusqu'au bout, comme avaient su faire les Portugais deux siècles auparavant.  La découverte du cinquième continent devenait une affaire d'Etat.  page 15

Enfin, Kerguelen prit la parole: - Marins, Hommes de La Fortune!  Nous voici cap au sud et vous vous rappellerez toute votre vie  le 16 janvier 1772! Notre roi nous envoie pour une mission des plus glorieuses, la plus glorieuse , même de ce siècle. Nous sommes en route....pour découvrir la face encore cachée du monde.  Droit au sud..;." page 18

Kerguelen travaillait depuis trois ans à ce départ de La Fortune et du Gros Ventre. ....Il faut se battre pour embarquer et ne pas laisser le ministre vous oublier au fond  de votre campagne quimpéroise. Kerguelen peinait à se distinguer et commençait à enrager. Si elle était de bonne souche et d'une aisance certaine,  sa famille ne ressemblait  pas moins à l'une de ces innombrables lignées de province, vivant  de la terre et des alliances locales. Son père était modestement capitaine  garde-côtes..   Yves Marie, le seul garçon, se retrouvait à porter toute l'ambition du nom.  Il avait suivi le cursus classique qui conduit de chez les Jésuites à l'Ecole des gardes de la Marine. La mort rapprochée de ses  parents l'avait laissé orphelin à seize ans et chef de famille, une situation peu propice à contenter ses espoirs naissants. ...Seul son talent dans les domaines de la construction navale et de la cartographie lui avait permis de se faire remarquer.....Sa femme ( Marie- Laure ) était issue de familles aisées, titrées, apparentée aux puissants lignages de Flandres...page 34

 ( Kerguelen est à Hennebont chez Mannevillette, un marin qui avait publié un corps de 24 cartes marines) IL ( Mannevillette) caressa la mappemonde et lui imprima une légère rotation du pouce...." Il est honteux qu'on ne connaisse  encore que si peu notre boule...Verrai-je un jour , avant ma mort, une carte de notre monde? " ..." Les Terres Australes, Kerguelen, les Terres Australes, voilà le dernier défi du genre humain! Découvrir, cartographier, recenser les richesses et les peuples de ces contrées inconnues, quel destin! " pages 40, 41

Il (Kerguelen ) réfléchit au mémoire qu'il lui faudrait présenter au ministre Choiseul. il tenait la phrase d'introduction: " La découverte des Terres Australes est un des objets les plus importants pour la navigation, l'étendue du commerce et même la puissance de l'Etat". page 46

Le lendemain, le 14 février 1772, le temps se mit au beau et un bon vent de nord-ouest permit de naviguer dessus...Dans la matinée, les hommes poussèrent des hourras , en voyant une poule mauve et deux heures plus tard,  des loups marins, signes de terre. ...Il était presque 17 heures, on allait appeler pour le grand quart...Une voix tomba de la hune, éraillée tant elle était forcée:" Terre! Terre! par l'avant à bâbord". Une sorte de rugissement collectif y répondit. Tout le monde se précipita au bastingage. page 70....Deux petits îlots....Kerguelen prit son temps. Maintenant , rien ne pressait, il pouvait savourer ce moment unique. Des terres que aucun  homme n'avait jamais vues, l'antichambre d'un monde nouveau qui feraait entrer son nom dans l'histoire. Page 71

A 7h30 du matin, Saint-Allouarn rejoignit son bord Il éteignit Kerguelen longuement et lui glissa à l'oreille: " Allez , mon ami, sois heureux! l'aventure commence"! Kerguelen le regarda s'éloigner, se demanda subitement s'il n'aurait pas dû aller lui-même prendre les commandes du Gros Ventre pour cette journée historique. Saint -Allouarn agitait joyeusement son chapeau pendant que ses hommes souquaient vers le navire. ...Il ignorait qu'il ne reverrait jamais son ami Kerguelen. page 77

" Monsieur, voyez là-bas. Cette foule massée sur la plage!  ....Ce sont des pingouins, des centaines d e pingouins, des lions et des loups marins, la plage est couverte! page 81 

"Au nom du Roi, notre Bien-Aimé Louis le Quinzième, sur son ordre, prenons ce jour, le 14 févier 1772,  possession  de  cette terre, ses îles, dépendances, bêtes et gens, pour qu'ils soient ajoutés au royaume de France". .Page 82

"Allons, le roi décidera du sort de ces terres. Contentons-nous de les lui ramener. Buvons aux Terres Australes. Tiens , nous devrions les appeler Terres de Kerguelen". Kerguelen leva son verre sans rien dire. page 98

( A Paris) De Boynes, le ministre de la Marine, intervint ...;" Si je peux me permettre , Majesté, l'intérêt des terres que Monsieur de Kerguelen  a découvertes est justement leur complémentarité avec les Mascareignes  .Leur climat plus frais pourrait assurer une production de bois et de grains que nous devons expédier aujourd'hui. Page 120...Tant que Monsieur de Saint-Allouest n'est pas rentré, nous ne savons pas vraiment ce qu'il en est ( de ces Terres ) ..;Vous l'auriez abandonné à un sort fâcheux....page 123  - Certes, nous avons perdu le Gros Ventre de vue mais je puis vous assurer qu'il était en bonne posture et ne manquait de rien" dit Kerguelen. page 124

L'idée d'être le maitre d'oeuvre et le pivot de la colonisation de la terre australe plaisait à Kerguelen. page 131

Enfin les instructions officielles arrivèrent  l'établissement d'une colonie n'était plus évoqué que comme une éventualité .  L'essentiel était la connaissance des terres australes et des antipodes. page 159

Les savants étaient euphoriques, tout à l'excitation d'arriver sur le terrain de leur mission, Ce qu'ils attendaient depuis six mois ....   Avec un peu de chance, ils allaient rapporter des résultats qui allaient les rendre incontournables dans leurs domaines respectifs pendant près de trois semaines, la navigation   fut donc presque agréable page 214

A partir du 17 novembre , la flottille entra dans les quarantièmes  enfin, on arrivait au rendez-vous page 218

Le 14 décembre.....Kerguelen était sur le pont de le rembarrer quand une voix tomba à nouveau :" Terre! Terre devant, à courir sur tribord. A 10 lieues! "...." Monsieur Ligniville, mettez en panne. Dites- leur d'aller à terre, de chercher un mouillage et de venir rendre compte".  page 231

Pour comble, la brume fit son apparition....Toute la nuit, dans un noir d'encre, on se maintenait tant bien que mal à proximité de L'oiseau.... page 203

On croisa quelques îles sur lesquelles il était hors de question de débarquer. Elles ne présentaient aucune plage et le ressac grognait au pied des falaises où jouaient des loups-marins.  De toute façon, on n'y voyait aucun arbre et encore moins de constructions, seul le tournoiement des oiseaux les signalait.  page 234

Le jour de Noël était obscur. Les nuages roulaient les uns sur les autres, comme des ventres gras et sombres. page 238 " Nous avons de nombreux malades..." (Kerguelen )page 240 ..;Kerguelen répondit d'une voix si basse qu'il fallait tendre l'oreille, au milieu des craquements du navire. - "Tu vas me prendre pour un fou ou pour un sot. je n'ai pas confiance en cet endroit, j'avais déjà ressenti cela la première fois.....J'ai un mauvais pressentiment, c'est tout, il est si fort que je ne peux passer outre...Chaque vague est traîtresse , chaque nuage est porteur d'un mauvais coup et surtout, il n'y a pas de répit, jamais...jamais. page 241

Personne n'avait jamais vu de pareille furie, surtout si vite levée.... les trois navires, à sec de toile, se perdirent derrière le rideau sombre....Tous les marins étaient regroupés.... Certains priaient, d'autres pleuraient, la plupart les genoux repliés....pages 251, 252

Kerguelen donna le signal d'une route au nord. En moins de deux heures, les sombres falaises des cinquantièmes disparurent. L'océan austral avait remporté les deux manches. A aucun moment, il n'avait laissé Kerguelen sentir sous son pied le roc ou le sable humide de l'île qui porterait malgré tout son nom. page 253

Kerguelen le ( le grain) regarda noircir les eaux de la Penfeld. page 255

Quand il avait lu l'acte d 'accusation, il avait sérieusement pensé au suicide page 261

Le procès fut une mauvaise farce. Kerguelen , acculé, avait décidé de se défendre pied à pied, de justifier chaque ordre et chaque décision, sans se laisser démonter par l'ironie inquisitrice de ses pairs, trop heureux de pointer les errements  d'un autre. page 264...Il n'avait pas rempli sa mission...Où étaient les résultats scientifiques? la confirmation du capital extraordinaire de la France  Australe? Pourquoi n'avait-on pas laissé des colons, comme prévu? ...N'avait-il pas exagéré  ses avaries de gréement et le nombre de ses malades?  Les vivres étaient-ils si pourris?  N'aurait-il pas dû forcer pour aller  à terre? ....Jour  après jour, il dut se justifier, perdant peu à peu l'espoir. 

Il était 10 heures,  ce 13 mai....Il était coupable de tout. pages 25, 266, 268: 269

mercredi, décembre 09, 2020

LA SOURCE Anne-Marie Garat. 2015

 Venue au Mauduit, petit village de Franche-Comté, au motif officiel d'obtenir de la mairie, l'autorisation, pour ses étudiants en sociologie, de consulter les archives communales de cette si banale petite bourgade française, la narratrice, hantée par la sombre énigme de son propre passé familial, ignore qu'elle va y faire une rencontre décisive en  la personne de Lottie, solide et intimidante nonagénaire, désormais seule occupante de la vaste demeure des Ardennes, construction aussi baroque qu'extravagante édifiée sur des terres de mauvaise assise, dans un méandre  de la rivière qui coule en contrebas du bourg. 

Soir après soir, la vieille dame qui, faute d'hôtel au village, accepte de  loger la visiteuse, dévide pour elle l'histoire du domaine où elle est entrée comme bonne d'enfant à l'orée du XXème siècle. Mais faut-il la croire sur parole, elle qui dit n'être que la récitante des fantômes qui ont jadis habité ces murs, ou sont partis vers l'Afrique, le Tonkin ou les forêts du Yukon?  Et que faire du récit de cette conteuse acharnée qui, sans avoir jamais quitté sa campagne, rêve peut-être à haute voix quelque peu exotique roman de  sa filiation dont elle contraint la narratrice à devenir sa dépositaire. 

Où les histoires prennent-elles source e toù vont-elles une fois racontées? La narratrice , écoutant la vieille Lottie, devine-t-elle en quoi celle-ci va éclairer on propre destin? 

Car les récits ni les contes ne sont d'inoffensives machines et leurs puissants sortilèges s'entendent à recomposer jusqu'à la matière même du temps. 


Je n'ai pas terminé ce roman

jeudi, novembre 26, 2020

PARLEZ MOI D'AMOUR Xinran 2018

 Comment parle-t-on d'amour en chinois? 

A travers les récits de quatre générations de femmes d'une même famille, nous découvrons un témoignage bouleversant sur la vie réservée aux Chinoises par l'Histoire. 

Des unions arrangées pour comptabilité révolutionnaire aux jeunes filles d'aujourd'hui pour qui la mariage n'est plus une fin en soi. , ces femmes racontent le sentiment amoureux, l'attente, les souffrances et la perte, la solitude. 

La politique, l'Histoire sont là, mais hier bien davantage tout ce dont on ne parle pas d'habitude: les secrets qui se transmettent d'une génération à l'autre, les sentiments, les désirs. Et tout le poids du  non-dit, qui brise ici les tabous en se révélant au grand jour. 

Un jeu de miroirs où société chinoise et domaine de  l'intime se répondent pour esquisser une histoire amoureuse des femmes chinoises : combien elles ont changé leur manière de concevoir les relations sexuelles, les sentiments et la famille, et comment l'amour, envers et contre tout, peut résister et survivre à l'Histoire. 

Dates clés du XXe siècle en Chine: 1912: chute de la dynastie Qing et instauration de la République. 1916-1928: Epoque des Seigneurs de la guerre. 1928: le parti nationaliste, le Kuomintang( KMT) arrive au pouvoir. 1928-1936: Première guerre civile ente le KMT et le parti communiste chinois. . 1937-1945: Occupation japonaise de la Chine. 1946-1949: Seconde guerre civile entre le KMT er le parti communiste chinois.  1949: Mao Zedong proclame  la République Populaire de Chine. 

Dans une culture qui proscrivait tout contact physique entre les hommes et les femmes, " parler d'amour" est une locution moderne, définit comme suit par le dictionnaire chinois. 

" Parler d'amour" est une forme d'activité sociale. Elle consiste à entretenir un sentiment amoureux ou une relation fondée sur l'amour. Il s'agit essentiellement d'un échange entre deux parties. En général, si cet échange est réussi, les deux personnes concernées  se marient, vivent ensemble et élèvent la génération suivante.  Les obligations morales impliquées sont les suivantes: premièrement respecter l'égalité au sein du couple, deuxièmement, assumer ses responsabilités, troisièmement, s'aimer avec humilité. " page 9

 (La mère de Xinran ) " A notre époque, beaucoup de gens se mariaient non par amour ou par affection, mais par comptabilité révolutionnaire.  Notre conception du sexe, des sentiments, de l'amour était très différente de la vôtre et de celle des jeunes maintenant. Beaucoup de couples ne faisaient que parler d'amour, ils ne l'ont jamais connu ni osé suivre leurs sentiments." Les paroles de ma mère me laissaient sans voix.  page 11

Les générations de mes grands-parents avaient souvent été contraintes par les parents d'accepter des mariages arrangés, alors que ce sont les bouleversements politiques qui ont façonné la vie amoureuse de mes parents. Quant aux femmes de ma génération, il semble que ce soit l'argent qui ait joué un rôle moteur dans leur  quête d'un mari. page 20

Le pays n'a jamais donné aux Chinois la possibilité de prendre "conscience" d'eux-mêmes en tant qu'individu ni de parler de leurs propres sentiments.  page 22

La grande majorité des Chinois ne savent pas ce que c'est de vivre libre, bien dans  sa peau. Tout  ce qu'ils ont connu, c'est la peur , l'abnégation. lls ne supportent pas que des inconnus les voient exprimer ouvertement  et de façon indue leurs émotions, car des années d'expérience leur ont appris que cela pourrait être utilisé contre eux, comme la preuve d'un caractère instable, irrespectueux, voire malhonnête. page 24

PREMIERE PARTIE. L'histoire de Rouge: le plafond à témoin.

Xinran interviewe une dame âgée: Rouge née en 1920. Mariage en 1949 avec Bao Gang, Rouge avait neuf ans lorsque son père arrangea son mariage avec  le fils de son ami, qui lui-même avait treize ans à l'époque.  

( De 1966 à 1976) La Chine venait de traverser une longue période de troubles. De violentes tempêtes politiques et économiques avaient pratiquement anéanti toutes les familles possédant un  tant soit peu de terre ou de fortune. Les campagnes des Trois Anti est des Cinq Anti avaient provoqué lé chaos aux quatre coins du pays. La réorganisation du monde agricole avait tourné au désastre. Puis, il y avait eu la folie du Grand Bond en avant, la division des dirigeants communistes....page 58

Baogang ( son mari) n'était pas exactement  le genre à parler de la pluie et du beau temps. Mis à part ce qui touchait à Linda ( la femme qu'il aime) , tout ce dont il voulait discuter, c'était des sujets d'actualité historique majeure: l'actualité internationale et nationale, les paraboles anciennes, la nature. jamais un mot sur la vie quotidienne. Toutefois, il n'y avait pas de fil conducteur dans nos vies. En dehors d'être obligés de dormir dans le même lit et de faire semblant d'être mari et femme, nous passions la plupart de nos journées dans nos unités de travail.  Parlait-il de  sa famille?  Pas vraiment. Avant la Révolution culturelle, nous n'évoquions jamais ni l'une ni l'autre  de nos familles respectives. Je crois qu'il essayait de me montrer que nous n'étions liés en aucune façon, ou peut-être voulait-il seulement me prouver  qu'il n'y avait pas de place dans  son coeur que pour une seule femme. Mais la première fois qu'il m'interrogea  sur ma famille,  ce fut comme si un coup de baguette magique avait ouvert un puits secret. ..Je m'épanchai toute la nuit, égrenant mes souvenirs, tandis que Baogang buvait mes paroles......Mes parents appartenaient tous deux  à des familles honorables. L'une  provenant du monde  de l'administration, avait connu des revirements de fortune. L'autre  venant du monde des affaires, avait  traversé bien des épreuves. page 63

Les grands-parents de mes parents....Leurs familles n'étaient pas vraiment riches, mais possédaient  des biens et jouissaient de revenus modestes qu'elles ne voulaient pas perdre...... Les gènes de ma famille prédisposaient  à un amour profond  pour la poésie. je crois que c'est surtout ça qui a rassemblé nos familles....page 65

Parce que le Mouvement pour la nouvelle culture s'opposait à la féodalité, il cherchait à se rebeller contre tout ce qui relevait de la culture traditionnelle chinoise. Aujourd'hui, je suis persuadée que ce mouvement a été la première Révolution Culturelle en Chine, ne serait-ce que par la façon dont il a détruit  de grands pans  de notre culture classique. En tant que femme ma mère n'avait  ni le droit  de s'aventurer  loin de la maison familiale, ni son mot à dire dans les décisions importantes concernant la famille. page 67

Je suis l'aînée de  neuf enfants. page 69

Chaque fois que je parle de ma famille, je me sens envahie par des sentiments de chagrin et e désarroi. Baogang essayait de me réconforter en me demandant : " Quelle famille aurait pu éviter la tourmente? Qui est capable de nager contre courant de son époque? Quel amour peut se soustraire à l'influence de la société? " Le plus drôle, c'était qu'il ne semblait pas reconnaître que notre mariage était un simulacre et que nous ne faisions que parler d'amour.........Ne pas avoir d'empereur était comme ne pas avoir de religion , ni de règles ni aucun sens de l'ordre. personne ne savait qui était aux commandes.  page 81

En 1948, la cause nationaliste était pratiquement perdue, selon les rumeurs qui circulaient à foison. Les communistes viendraient " se partager vos biens et vos femmes".  Les milieux d'affaires en Chine qui s'étaient toujours imaginé que les Etats-Unis interviendraient pour régler les conflits de la guerre civile, commencèrent à déménager leurs avoirs, et même leurs familles vers Hong Kong, alors sous domination britannique. Certains envoyèrent leurs enfants vivre aux Etats-Unis. page 83

Un soir de 1963, Baogang  arriva à l'improviste alors que je dînais au mess....En rentrant à la maison, il me proposa tout à coup d'aller faire un tour.....Il me prit la main et me conduisit au milieu du terrain de manoeuvres.... Nous étions seuls dans ce vaste espace désert. Levant les yeux vers le ciel Baogang me dit: "  La Chine a  de gros problèmes. Nous devons commencer  à faire nos préparatifs. - Quel genre de problèmes?  Quels préparatifs?  Ses propos m'avaient quelque peu  secouée.  - Je ne peux rien affirmer avec certitude , mais j'ai reçu des nouvelles de Hong Kong selon lesquelles une multitude de paysans seraient morts dans les provinces agricoles....Il semblerait qu'une grande famine se soit abattue "....." Les forces  armées de Taïwan se rassemblent  autour de l'île de  Kinmen....La guerre semble inévitable....Il y a de fortes chances que je sois muté au Sud.....il y a quelque chose que je tiens à vous dire maintenant: je vous remercie de votre compagnie et de la compréhension dont vous avez fait preuve envers moi durant toutes ces années. ...Nous sommes comme frère et soeur.  page 93

Quand arriva le chaos sanglant de la Révolution culturelle, Baogang et moi furent expédiés  dans la région montagneuse  du district de   Daxing, juste au sud de Pékin.  page 94

En 1981,  nous arrivions tous deux à l'âge de la retraite. ..En 1983, nous avons emménagé dans cette maison. page 95

.....Cela faisait trente ans que je m'évertuais  à tenter de m'habituer  à cette peine  de prison qu'était mon mariage. page 96

A partir de ce moment-là, (Boaogang a appris, en 1992, la mort de Linda à Taïwan vers 1963) nos bavardages de nuit ne connurent plus  de limites, ni de restrictions, ils devinrent même spontanés. Nous étions arrivés à un âge où nous n'avions plus besoin de faire attention. Baogang avait pris sa retraite des services  de renseignements et, de toute façon, toutes ces informations secrètes étaient désormais de notoriété publique. Quant à moi, je n'avais plus de règles à observer ni de choses importantes à me rappeler. Nous évoquions le passé et tout ce que les jeunes d'aujourd'hui trouvent si difficile à comprendre. Nous parlions du présent nous disant que jamais nous ne pourrions nous habituer au monde moderne.....C'est pour ça que la société nous considère comme  "de trop". ....Nous n'avions plus peur qu'on découvre que notre mariage était un leurre. page 99

Nous avions l'un et l'autre servi dans les rangs de la révolution rouge en tant que membres des services  secrets....Notre instinct avait été étouffé par le climat politique. Notre conception du bien et du mal n'était plus manichéenne, elle  était brouillée par des forces que nous ne contrôlions pas. Au bout  de plusieurs décennies, nos rêves les plus chers n'avaient plus aucun caractère individuel ou personnel. Nous faisions partie de la production  de masse de notre époque. ...S'il me reste quelques pensées personnelles, ce sont les souvenirs du paradis de mon enfance et les poèmes que je partageais alors avec ma famille........Boagang? Je ne l'ai jamais entendu parler beaucoup de sa famille. page 101

Dans les mois qui ont précédé sa mort,...Boaogang au prix d'un gros effort s'est tourné vers moi, redressa la tête pour capter mon regard...." J'ai toujours voulu vous le dire: vous me rappeler Linda./....Quand on perd le souvenir de quelqu'un, il cesse d 'exister pour vous. Quand on perd complètement la mémoire, on n'existe plus pour le monde. ...page 101

Boaogang  ne manifesta jamais aucun intérêt pour moi sur le plan physique. Dans son coeur, je ne faisais pas partie de sa  famille, j'étais encore moins son épouse.  C'est très difficile à croire pour les gens de l'extérieur... page 103

Tout en parlant, Rouge gardait les yeux rivés au plafond, comme pour supplier ce témoin de soixante et une années d'emprisonnement conjugal d'en attester, de fournir ne serait-ce  que le plus petit soupçon d'indice probant. ....;( Xinran):  Il est peut-être ici en ce moment même pour écouter ces mots venus du coeur, que vous n'aviez jamais osé dire auparavant.  -Vraiment? dit-elle doucement, sans  cesser de  regarder le plafond. - Vraiment." Je crus entendre le plafond répondre: "Oui, telle est l'histoire d'un homme et d'une femme, qui ont parlé amour pendant soixante et un ans. Page 107

Quand Boaognag était sur son lit de mort, je me suis imaginé qu'il allait m'exprimer une sorte de reconnaissance pour les soixante et une années que nous avions vécues ensemble.  Il irait peut-être jusqu'à me dire merci. je savais depuis longtemps qu'il ne s'excuserait jamais de quoi que ce  fût, car les regrets n'étaient pas dans  sa nature. ...C'était lui qui décidait. Il avait été l'architecte de notre prison conjugale, et moi,  sa prisonnière. Pourtant j'avais choisi de le suivre. page 105

DEUXIEME PARTIE: L'histoire de Verte: la bienheureuse ignorance  de la jeunesse.

Verte née en 1932, soeur de Rouge, huitième enfant de la fratrie. , mariée en 1953, a eu  trois fils et deux filles.

Nous étions neuf frères et soeurs au total. Trois sont partis pour l'étranger, trois sont entrés dans la révolution par leur mariage et trois sont morts avant l'heure. Pour être honnête, je n'ai jamais été très proche de ma grande soeur Rouge. Ce n'est pas seulement à cause des douze ans  qui nous séparent mais surtout du fait qu'elle ait rompu tout contact avec nous autres, les plus jeunes de ses soeurs, quand elle s'est mariée et a commencé à travailler pour les services de renseignements.  Jusqu'à ce qu'elle prenne sa retraite en 1981, les seules nouvelles que nous recevions d'elle nous arrivaient  par l'intermédiaire de notre frère aîné à Hong Kong. page 111

Pour Bleue s'opposer à Père aurait été considéré comme un acte honteux de rébellion. , pour moi se dresser contre Père faisait partie simplement de la Révolution, de la destruction des quatre vieilleries.  ( Les vieilles coutumes, la culture ancienne, les vieilles habitues et les anciennes idées) (Le Père a marié sa fille Bleue or elle voulait poursuivre l'école et ne pas se marier. Son enfant mourut, son mari fut exécuté après que les Japonais avaient volé tout ce qu'ils possédaient, à Shanghaï) page 115

La Chine entre 1949 et 1960 était un endroit étouffant, c'est à peine si l'on pouvait respirer avec tout le désordre qui régnait. ...Des annonces diffusées par haut-parleurs retentissaient dans les rues pour avertir la population que les impérialistes américains...les espions nationalistes....Et pour couronner le tout, cinq cents millions de personnes n'avaient rien à manger quatre-vingt-quinze pour cent de la population étaient illettrés......;Je me pliais à la discipline du Parti et à tout instant, j'agissais en fonction de ses besoins. page 116

(Verte à sa soeur Rouge) " Tu savais qu'Orange était tombée amoureuse? "...." Je sais ce que cela veut dire mais j'ignorais qu'Orange était amoureuse. Si elle ne nous l'a pas annoncé, ce n'est pas à nous de lui poser des questions.  Tomber amoureux est une chose qui arrive entre deux personnes, pas un sujet de commérage à colporter partout, et pas une affaire dont la famille doive se mêler" - " Alors tu sans vraiment ce que c'est? "répliquai-je en dévisageant Rouge d'un air ébahi.....Grande soeur m'expliqua que tomber amoureux était une voie dans laquelle un homme e tune femme s'engageaient ensemble, et  que s'ils choisissaient de la suivre jusqu'au bout, alors elle les incitait à construire une famille fondée sur l'amour. page 127

De notre temps, même quand on était amoureux, un homme et une femme n'auraient jamais rêvé  de passer un moment seuls ensemble avant d'être mariés. page 129

Sous l'influence d'Orange; j'étais devenue une ardente partisane des communistes. Il n'y avait pas que nous à l'être...Epouser un révolutionnaire était du dernier cri. page 138

Au moment de la libération, nous débordions d'enthousiasme  et étions sincèrement convaincus - comme le disaient les lettrés d'autrefois - que l'Etat passe toujours avant l'individu. page 140

Les Chinois ont retenu au fil de tous ces siècles de bouleversements, apprenant à s'adapter chaque fois qu'un nouveau régime prenait le pouvoir. page 141

La cérémonie marquant la fondation de la République populaire de Chine eut lieu l'après-midi du samedi 1er octobre 1949 à Beijing.  page 145

L'idée que c'est l'homme  qui doit faire des avances à la femme est réellement ancrée dans la culture chinoise - comme un principe divin. Dans le passé, les hommes et les femmes qui y dérogeaient étaient chassés  de la demeure familiale, parfois condamnés à mort.  .... Comme Rouge l'avait dit, le Mouvement pour la nouvelle culture de 1917 fut, à bien des égards, la Révolution culturelle originale. Les femmes n'étaient plus forcées de se bander les pieds, elles pouvaient se couper les cheveux, aller à l'école. Elles n'étaient plus soumises aux pariages arrangés, ni obligées  de prendre le nom de leur mari.  Tous ces signes de progrès social proviennent  de cette période. page 150

Les consignes du Parti: " Ne pas poser de questions sur ce que l'on ne connaît pas, ne pas dire aux autres ce que l'on sait". page 155

Les Etats-Unis nous semblaient un pays sans réelle influence historique. page 193

A partir de ces année-là, ( 1950)les relations amoureuses et l'amour en général sont devenues moins répandus. page 195

A Chengde , notre ancienne maison servait désormais de centre de convalescence pour certains de nos dirigeants. A l'endroit où mon père avait noué des rubans de couleur autour des arbres pour ma mère,, il y avait si longtemps de cela, juste avant leur mariage, se dressait désormais une énorme pancarte: Terrain militaire, accès exclusivement réservé au personnel autorisé.  page 199

A l'exception de ce que nous mangions, des vêtements que nous portions et de quelques produits d'usage courant, tout était gratuit. L'appartement, la crèche, l'école, le travail à la sortie des études,, le soins médicaux pour toute la famille, tout était fourni par l'unité de travail du mari. page 200

La Révolution culturelle? Ce fut une période pénible, notamment parce que le  Front uni où travaillait Dafi (son mari) fut démantelé et laissé à l'abandon.  Mais Dafu lui-même poursuivait son ascension. Ses origines modestes se révélèrent bien utiles, de même que le fait qu'il ne soit pas encore devenu assez puissant pour être pris pour cible. C'est pourquoi notre maison ne fut pas fouillée, personne ne vint confisquer nos biens, ni nous dénoncer comme contre-révolutionnaires. ...Comme tout le monde, nous vivions dans une angoisse permanente, sans savoir de quel côté les vents politiques tourneraient. ....C'était très dur pour les familles de survivre au quotidien. page 202

TROISIEME PARTIE. L'histoire de Grue, l'émotion enfouie. 

Grue est l'une des filles de Verte; Elle a eu cinq enfants, nés entre 1950 et 1960.

"Donnez-moi un sujet, et je ferai de mon mieux pour vous aider à comprendre les histoires chinoises que vous recherchez". (A Xinran)....." Je lui annonçai sans détour que ce livre, que je tenais à écrire, traiterait de la vie amoureuse des Chinois sur les cent dernières années. page 213

Aujourd'hui, ma mère raconte à qui veut l'entendre que dans notre famille, nous avons toujours été heureux ensemble., parce qu'elle préfère garder les bons souvenirs. Mais, moi, ce dont je me souviens, c'est que la guerre a mis notre famille à rude épreuve. Mes parents couraient en tous sens, sans jamais un moment de tranquillité.......A vrai dire, en ce temps-là, à part pour étudier les citations du président Mao et l'histoire du Parti communiste, nous n'avions aucun cours. ....mes frères, ma soeur et moi nous n'avons jamais vraiment joué  avec les autres enfants. Le monde extérieur était rongé par l'instabilité politique, les famines, la Révolution culturelle, la rupture des relations sino-soviétiques. mais on aurait cru que cela ne nous concernait pas. ..Seuls les adultes pouvaient lire les journaux et très peu de foyers possédaient un poste de radio. ...C'est seulement en 1975, quand j'ai été envoyé à la campagne, que j'ai pris conscience que le monde dans lequel j'avais grandi était complètement différent de celui  de la plupart des autres enfants. parmi les jeunes  de mon groupe de jeunes instruits déportés dans les campagnes, beaucoup n'avaient pas revu leurs propres parents  depuis l'enfance  - certains avaient été expédiés dans des camps de réforme par le travail, d'autres incarcérés, d'autres encore battus à mort par les gardes rouges.  page 215....Nous avons grandi dans un milieu très favorisé, grâce à la protection de nos parents. ...Vous devriez aller écouter l'histoire de ma cousine, Kangmei, la fille de ma tante Orange. C'est à croire qu'elles ont vécu dans un monde différent...leurs vies ont été aussi pitoyables que celles des personnages des Misérables. page 216

La Chine d'aujourd'hui  est de nouveau divisée en deux mais les privilèges n'appartient plus aux militaires. Ils reviennent  désormais à l'argent et au pouvoir. page 217

Les familles citadines n'étaient autorisées à garder qu'un enfant  à la maison - .Comme j'avais un frère et une soeur plus jeunes, je n'ai eu d'autre choix que de partir.  (dans la province de Hubei) page 219

Les habitants des campagnes croyaient beaucoup plus en Mao Zedong que nous. Ils le vénéraient comme un dieu et se tournaient vers lui en quête de réconfort, quand en fait c'était leur propre ignorance qui causait leur malheur.  page 224....On estime que quatre-vingt pour cent des habitants des villes ont participé à la destruction  des sites de notre patrimoine culturel ou à des actes inhumains envers leurs semblables. page 226.....

C'est à ce moment-là que nous sûmes l'un et l'autre que nous étions amoureux. (Tang Haï lui fait et refait un bandage suite à une coupure accidentelle du dos de la main gauche). L'amour, pour nous, c'était nous promener ensemble dans les grandes étendues sauvages à l'orée du village. Dommage qu'il n'y eût pas de forêt alentour, plus propice aux amours furtives. Nous ne faisions rien de plus intime que de nous tenir main dans la main et même cela, nous le faisions en secret. Page 245

(Grue et Tang Haï sont au cinéma) Non, nous ne nous sommes pas embrassés, ce jour-là et je suis pratiquement sûre que tous ces couples autour de nous ne le faisaient pas non plus. Nous nous sommes contentés de nous enlacer, de nous tenir la main, ce genre de choses. S'embrasser, en public, était toujours considéré comme une indécence......Dans la Chine des années  d'avant les années 1990,  des gens se sont retrouvés en prison pour s'être embrassés en public. ...Dans les années 1970, l'amour était considéré comme " un produit réglementé"., le sexe encore plus.  ,page 248

Dans les années 1950, on se mariait pour des raisons politiques, dans les années 1960, pour des questions de classe, dans les années 1970, tout le monde voulait épouser un officier de l'APL, dans les années 1980, on recherchait surtout les étudiants de l'université. Dans les années 1990, les gens ont commencé à se fier à leurs propres intuition pour choisir leur futur conjoint et dans les années 2000, c'st chacun pour soi. page 255

Tang Haï et moi nous nous sommes mariés à sa sortie de l'Académie militaire, où il était devenu instructeur. Séparés par les divisions de classe de l'époque, nous avions chacun entamé un parcours de notre côté , mais nous avons fini par nous retrouver....page 271, page 273

" Vous avez entendu les récits de trois générations de ma famille. Mes grands-parents ont enraciné leur amour dans la poésie ancienne. Mes parents se comprenaient à travers la littérature classique occidentale et les da-you. La Chine dans laquelle je suis née n'avait ni littérature, ni romantisme, elle n'avait ni films, ni livres, ni pièces de théâtre. Elle avait des slogans. page 274....Nous sommes nés dans un monde de guerre permanente et de politique étouffante: la guerre de Corée, la campagne des Trois-Anti et des Cinq -Anti., le Grand Bond en avant. ....Toute notre vie,  nous avions connu les montagnes russes de politiques différentes , passant à plusieurs reprises de l'euphorie au désespoir. page 275

Quand nous étions jeunes, nous étions  nombreux à prendre part à la révolution comme si nous avions été possédés. Le jour, Le Petit Livre Rouge ne nous quittait jamais, nous lui rendions grâce avant  de saisir  nos baguettes. Le soir, avant d'éteindre les lumières, nous nous prosternions devant son portrait , implorant son pardon ou le suppliant d'abattre celui ou celle qui nous avait causé du tort. page 279....Lors de notre nuit de noces, ton frère se coucha et éteignit immédiatement la lumière, disant que ce serait manquer de respect envers Mao que de se déshabiller devant son portrait. page 280

Pour finir, Grue conclut: " J'ai toujours pensé qu'être amoureux était la source de toute vie, que l'amour ne pouvait être bridé par la foi, la politique, la culture, les traditions, les biens matériels. Cela dit, quand je considère ce qu' a vécu notre génération,  en Chine, je me dis que je me suis peut-être trompée".  page 298

Si la Révolution culturelle chinoise a lavé les taches dénoncées par le Parti communiste, - le féodalisme, le capitalisme et le révisionnisme - elle a en même temps, fané les couleurs de l'amour en Chine. page 300


QUATRIEME PARTIE: L'histoire  des trois petites - filles: la génération 3 D. 

LILI , petite-fille de Verte, née en 1988. 27 ans au moment de l'interview.  "Vous savez déjà tout de ma famille j'imagine. du moins des générations antérieures à la mienne. Ne dirait-on pas que mes arrière-grands-parents vivaient dans un conte de fées? En tout cas si l'on ne croit la légende familiale. Les parents de ma mère, eux, ressemblaient davantage à des statues, moulées dans le bronze de la révolution chinoise. - je veux dire qu'on les voit rarement manifester une émotion quelconque. Ils disent que ma mère et ses frères et soeur vivaient dans un  zoo, ...je crois , pour ma part, que notre génération s'apparente plus à une Organisation des Nations unies en miniature - chacun de nous  a une vision u monde très différente de celle des autres. ...Nous avons des cousins aux Etats-Unis et à Hong-Kong..;On se parle à peine....page 306

En ce qui nous concerne, nous trouverions bizarre d'avoir des frères et soeurs, mais tout à fait normal d'avoir couché avec une douzaine de types avant l'âge de seize ou  dix-sept ans. page 309

Ma mère et moi ne sommes jamais d'accord. Elle pense que l'amour est la base de toute la vie, qu'il transcende la foi, la politique, la culture, les traditions et tout ce qui relève du monde matériel..Les Chinois ne disent-ils toujours pas qu'il faut parler " de réalité" avant de "parler  d' amour". Donc,...s'il est réaliste de vivre ensemble avant que puisse naître un quelconque sentiment d'amour. ...Dans les années 1950, , il fallait connaître avec certitude son passé politique, dans les années 1960, c'était son statut social, dans les années 1970, il n'y avait que les ouvriers, les paysans, les soldats, mais comme les paysans &étaient pauvres, il valait mieux trouve run soldat ou un ouvrier. Dans les années 1980, la vérité se cachait derrière tant de rumeurs qu'il ne vous restait plus qu'à  vous fier à votre instinct. Qu'en est-il aujourd'hui? Avec l'arrivée d'Internet, il n'existe plus de vérité universelle. ...les gens se cherchent des partenaires sur la base de critères très stricts comme la taille, les revenus, etc...page 310

Ce que j'aime en lui? (Ben un Britannique qu'elle a connu aux USA) et qui travaille en Chine)  Ce que j'aime en lui? Il est d'un naturel enjoué , curieux, plein d'esprit.  Pour Ben, rien ne vaut la peine de se plaindre....Ce qui nous attire le plus l'un vers l'autre, c'est cette façon  que nous avons de nous chamailler..;.Je suis en faveur du Parti démocrate américain, du parti Travailliste britannique et de l'Association chinoise pour la promotion de la démocratie. Ben est pour les Républicains américains, le Parti conservateur anglais et le Parti communiste chinois. page 324

J'ai (Xinran) demandé à Lili si elle avait 'intention d'épouser Ben un jour. Elle m'a répondu qu'elle n'avait pas encore pensé à un moyen de le présenter à ses parents. Elle craignait des objections....L'arrivée d'un gendre étranger entraînerait encore des vérifications d'antécédents politiques et rendrait les réunions familiales compliquées.  page 335

J'étudie ( Xinran) les tendances dans les médias sociaux chinois. Toutes indiquent que la grande majorité des internautes chinois se rangent à l'opinion générale. Page 337

"Pour moi, (Ben) Lili est la partenaire idéale...Mais à ses yeux, je ne suis même pas sûr de compter comme son compagnon à temps plein, ni dans n'importe quelle proportion, d'ailleurs?  - Avez-vous songé au mariage? taquinai-je. les yeux  de Ben se perdirent dans le lointain. " Je tiens beaucoup à Lili, comme je vous l'ai dit , j'ignore ce que je représente pour elle. Parfois, je me demande  si elle n'est pas comme ces jeunes femmes qui ont plusieurs amoureux sur les réseaux sociaux..;...Pour les Chinois aujourd'hui, il n'y a plus aucune règle ni aucune limite pour les rencontres amoureuses. ...De nombreuses jeunes Chinoises (sont) persuadées que le seul moyen de leur prouver la profondeur de leur amour est de posséder une maison, une voiture et de gros revenus. page 338 Je ne suis qu'un pauvre étudiant, mon esprit est ma seule richesse. j'ai plusieurs frères et  soeurs et mes parents ne peuvent pas m'aider matériellement. Dans la Chine d'aujourd'hui, je serais ce qu'on appellerait un "marié nu".  Est-ce que Lili oserait s'opposer aux coutumes sociales pour m'épouser? Je ne peux l'affirmer avec certitude. .page 339

YOYO,  nièce de Grue, petite-fille de Verte)  Je considère l'amour comme une aire de jeu au milieu de centaines de fleurs épanouies. page 343

Je connais beaucoup de femmes de trente à cinquante ans qui ont tellement souffert qu'elles ont renoncé à l'idée de chercher un autre homme. Du moins, un homme pour de vrai. page 352 ..moi, j'appartiens à la génération 3D , je ne peux naturellement pas me permettre d'être en retard sur mon temps. J'ai eu quatre amants virtuels. page 352....J'ai ensuite essayé un " mariage  de location", juste pour venir en aide à un type qui en avait besoin. Sa famille à Changchun lui mettait sans cesse la pression pour qu'il se trouve une femme. page 358

WUHEN: née en 1980, trente-six ans au moment de l'interview en 2016.  Ma mère Kangmei et mon père Wu Ping sont des enfants des années 1950 - tous deux nés dans des familles des "catégories noires" et tous deux rééduqués par les classes ouvrière et paysanne. Ils ont non seulement subi  l'oppression politique et l'humiliation révolutionnaire mais également  souffert de la faim  et d'une extrême pauvreté. Il sont vécu exactement  comme ces ouvriers et ces paysans  des échelons les plus bas  de la société chinoise, qui, à la sueur de leur front, ont porté la Chine sur leur dos, en pleine tempête politique page 364

Plus votre famille est pauvre, plus tôt vous devez participer aux tâches ménagères.  J'ai commencé à aider ma mère à prendre soin de ma grand-mère à l'âge de huit ans. ...Je disposais  de très peu de temps pour étudier...page 366 (Wuhen s'est mariée , a eu une fille, Dong Dong mais son mari , après être allé voir ses parents s'est volatilisé) Je me suis demandé à quoi cela servirait d'avoir un homme.  Pourquoi ne pas créer une "famille parfaite " en ligne pour ma fille Dong Dong. ....Très vite, je suis tombée  sur un flot d'amour " en ligne et j'y ai rencontré plusieurs amoureux virtuels. le 28 octobre 2015, la Chine  amis fin à trente-six ans de politique  de l'enfant unique. ...L'amour sur Internet me plaît vraiment  , et je me débrouille de mieux en mieux.  page 380

Rouge est décédée le12 juillet 2016, Orange est décédée le 12 septembre 2016.