lundi, septembre 20, 2021

NOS FRERES INATTENDUS (Amin MAALOUF) 2020

 Alec, dessinateur d'âge mûr, et Eve, romancière à succès d'un unique livre mythique, sont les seuls occupants d'un minuscule ilôt de la côte atlantique. Ils ne se fréquentent pas jusqu'au jour où une panne inexplicable de tous les moyens de communication les contraint à sortir de leur jalouse solitude. Comment s'explique ce ce black-out? La planète aurait-elle été victime d'un cataclysme? Qu'en est-il de l'archipel tout proche? Et du pays? Alec va peu à peu dénouer le fil du mystère. Grâce à son vieil ami Moro, devenu l'un des proches conseillers du Président des Etats-Unis, il parvient à reconstituer le déroulement précis des événements. 

Je demeurai un long moment étendu sur mon lit, dans une obscurité d'encre. Contre mon oreille, le téléphone muet. Et , à la radio, ce sifflement modulé. Dehors,  la tempête s'était quelque peu assagie. La pluie ne pianotait plus sur les tuiles de mon toit, ni sur la baie vitrée que la nuit avait transformée en un miroir tenté. Soudain, l'envie me prit de parler à quelqu'un, tout de suite. Plus qu'une envie, une exigence impérieuse. Comme  si ma solitude s'était mise à peser physiquement sur ma poitrine.  Et pour la première fois depuis douze ans, j'ai regretté de ne plus résider dans une ville ou dans un village comme l'ensemble des mortels. page 24

(Il se rend chez la femme qui habite sur l'île) "Je m'appelle Alexandre, je suis votre voisin et je voulais  seulement vous souhaiter la bienvenue sur l'île. Voilà qui est fait." Puis, j'ai salué légèrement de la tête, je m'étais retourné dignement.  J'avais fait trente pas quand je l'entendis marmonner dans mon dos un mot bref que je voulus bien prendre pour un " Merci! " la porte se referma aussitôt.  Nous ne vivons pas la même solitude, me dis-je pour me calmer. Elle fuit les humains,, qu'elle a manifestement en horreur; je le suis, quant à moi, écarté du monde pour l'observer plus sereinement. Et pour mieux le comprendre, mieux l'embrasser. page 28

Quoi qu'on en dise, " l'insupportable doute" vaut mieux que l'atroce certitude. Page 57

Je n'ai pas terminé la lecture de ce livre. La fiction? je n'en suis pas fan. 

mercredi, septembre 15, 2021

LE TRAIN DES AUTRES ( Viola Ardone) 2021

 Naples , 1946. Amerigo quitte son quartier pour monter dans un train. Avec  des milliers d'autres enfants du Sud, il traversera toute la péninsule et passera quelques mois dans une famille du Nord: une initiative du parti communiste vouer à arracher les plus jeunes à la misère après le dernier conflit mondial. Loin de ses repères, de sa mère Antonietta et les ruelles de Naples, Amerigo découvre une autre vie. Déchiré entre l'amour maternel et sa famille d'adoption, quel chemin choisira-t-il?  S'inspirant de faits historiques, Viola Ardone raconte l'histoire 'un amour manqué entre un fils et sa mère. Immense succès en Italie et en cours de traduction dans 29 pays, ce roman remarquable révèle une auteure d'exception. 

Le Train des enfants est une histoire qu'il fallait absolument raconter, et Viola Ardone le fait avec passion et maestria. ( Il corriere della Sera) 

Moi, des chaussures neuves, je n'en ai jamais eu, je porte celles des autres et elles me font toujours mal. Maman me dit que je marche de traviole. C'est pas ma faute. C'est à cause des chaussures des autres. Elles ont la forme des pieds qui les ont utilisées avant moi. Elles ont pris leurs habitudes, elles faisaient d'autres trajets, d'autres jeux.  Et, quand elles m'arrivent, elles ne peuvent pas savoir comment je marche et où  je veux aller. Elle doivent s'habituer petit à petit , mais entre -temps, mes pieds grandissent , mes chaussures deviennent trop serrées et c'est reparti pour un tour. page 11

Maddalena  parle dans un entonnoir en fer qui lui fait une grosse voix. " Quand il a fallu chasser les Allemands, nous autres femmes, on a fait notre devoir. Mère, filles, épouses, jeunes et vieilles: on es toutes descendues dans la rue et on s'est battues. Vous y étiez, j'y étais moi aussi.  Maintenant, c'est une autre bataille, mais contre des ennemis les plus dangereux: la faim et la pauvreté. Et si vous vous battez,  vos enfants seront victorieux." Chaque mère regarde les siens. " Ils vous reviendront  plus en chair et plus beaux. Et vous serez récompensés  des innombrables efforts que vous aurez dû fournir jusque-là. .."page 43

(A la gare) Chacun reçoit une paire de chaussures marron toutes neuves, brillantes, avec des lacets, mais trop petites. "Comment elles te vont? Tu te sens bien? " J'ai fait quelques pas et j'étais à l'étroit. " Bien, bien! Elles me vont très bien" j'ai dit, parce que j'avais peur qu'ils me les reprennent, et je les ai gardées. page 54 Je regarde maman par la fenêtre. Elle se serre dans son châle, en silence. Le silence, c'est sa spécialité. Puis, le train se met à hurler...page 58

Soudain, dans la nuit, une lumière me brûle les yeux. Le train est sorti du tunnel et une grosse lune éclaire tout en blanc. On dirait de la mie de pain. " La neige! je m'exclame pour me convaincre. la neige! la neige" ! je répète de plus en plus fort. page 72

(Amerigo est dans sa famille - chez Derna, à Modène) J'ouvre les yeux, c'est le matin....La dame est dans la cuisine, au fond du couloir. Je l'observe de dos. Elle prépare à manger en écoutant la radio. Des radios je n'en avais vu que dans les maisons de certaines dames qui me donnaient leurs chiffons. Sur la table, il y a une tasse de lait, du pain, un petit pot de confiture, un gros morceau de fromage. ..Et puis, un couteau, une fourchette, une petite cuillère, des tasses et des petites assiettes toutes pareilles, de la même couleur. ..."Tu as fail? J'ai préparé plusieurs choses, je ne sais pas ce que tu aimes. - J'aime tout" je réponds. page 104

On les a fait venir ici, ces pauvres petits.. ;toutes ces heures de voyage, le manque de confort. Et quand ces belles vacances seront fin ies, il leur faudra retourner dans leur misère. Ce n'aurait pas été mieux de leur donner de l'argent à leurs familles, plutôt que de les faire venir ici? " page 131

(Dans une fête) ...maintenant, ils sont tous beaux et élégants, et on ne sait plus qui sont les gosses du Sud et ceux qui étaient déjà dans le Nord.  page 159

(Les enfants doivent rentrer chez eux, le train est en partance de Bologne) Tout ce que j'avis, je ne l'ai p déjà plus: le gâteau pour mon anniversaire, le dix sur dix en mathématiques e M Ferrari, le signaux lumineux à la fenêtre, l'odeur des pianos, le goût du pain qui sort du four, les chemisiers blancs de Derna. J'attrape mon violon (cadeau ) , j'ouvre l'étui, je passe mes doigts sur les cordes et je mis mon prénom sur le rectangle de tissu: Amerigo Speranza....Tommasino a raison. On est coupés en deux , maintenant. page 180

(Arrivée chez lui avec sa maman) Elle pose un verre de lait et du pian d'hier sur la table. " Tu veux manger quelque chose? Tu dois avoir faim après ce voyage " C'est ce que je mangeais avant le partir, mais maintenant, ça m'a l'air d'être un goûter de bric et de broc. Ma vie est redevenue toute petite. J'ouvre la valise et je sors les pots de confiture, le fromage mou et le fromage sec, le jambon et la mortadelle, les friands enveloppés dans le torchon à rayures blanches et jaunes qui sent encore l'odeur de la cuisine de Rosa, les pâtes fraîches qu'elle a faites hier matin: je l'ai aidée à casser les oeufs et à pétrir, j'avais de la farine jusqu'aux coudes. J'ai l'impression que c'était il y a des siècles.....Elle fait le tour de la pièce et ramasse tout ce que j'ai apporté. les habits, les cahiers, la nourriture. je ne vois pas ce qu'elle en fait.  " Tout ça, ça ne sert à rien, ici. Le violon, l'étui, et mon nom dedans disparaissent sous le lit . Je ne dis rien...page 186

(Amerigo travaille chez un savetier) Je ne vois que ça toute la journée. Celles qui sont usées au bout, celles au talon tordu, celles aux lacets cassés, celles qui ont changé de forme au contact des pieds qui les portaient .Les miennes me font mal. C'est Alcide qui me les a achetées, toutes neuves, et maintenant , elles me serrent au talon. Elles sont encore en bon état , c'est mes pieds qui ont grandi et qui ne vont plus.  page 197

(Amerigo se rend chez Maddalena qui a organisé le séjour à Modane) Elle me donne le paquet de lettres. Dedans, il y a les mots de Derna, de Rosa, de mes frères, de là-haut, d'Alcide. Leurs voix, leurs vid=sages, les odeurs explosent dans ma tête. je me lève d'un bond, les lettres tombent par terre. " Ils t'avaient des colis de nourriture, comme personne ne venait les chercher, je les ai distribués à des gens qui en avaient besoin. C'aurait été dommage de gaspiller.......Elle ne t'a rien dit" finit par dire Maddalena...;" - Maman est méchante" Je pars en courant....page 204 (Il se rend chez sa mère) "Où est mon violon? " je demande sans bouger du lit. Elle ne répond pas...Je ne bouge pas. " Je veux savoir où est mon violon" J'ai la voix qui tremble. " Un violon, ça ne donne pas à manger. Un violon, c'est pour les gens qui ont déjà tout ce qu'il leur faut.- Il était à moi! Où est-il? " Cette fois, je crie. Il est là où il doit être...Avec l'argent du violon, j'ai acheté à manger et tes nouvelles chaussures...."page 207

1994 ( page 217) Amerigo a quitté sa mère et s'est enfui à Modane, il est devenu un violoniste réputé. Il revient chez lui à la mort de sa mère). Chacun perfectionne sa méthode pour ne pas mourir et tout le monde se trompe. On se trompe quand on pense échapper à la mort en se préparant une sauce genovese pour le lendemain. On se trompe quand on s'enfuit dans une autre ville à la recherche d'un destin différent. On se trompe quand on pense que la musique nous protègera. Il n'y a pas de refuge. la mort vient chercher tout le monde et peut-être que moi aussi, je mourrai ici, de peur, de chaud et de mélancolie. page 240

" Tu as connu tout ça. Tu as été aidé, tu as fait des études, tu es devenu un musicien reconnu. Tuas eu ta chance, tu es devenu quelqu'un de bien, et tu sais que ça vaut toujours la peine d'essayer, même si parfois on se trompe. ..On doit faire tout ce qu'on peut faire" Maggalena à Amerigo.page 253

Je conserve mes doutes, je les porte en moi, ils me tiennent compagnie. Je n'ai rien résolu et ça n'a aucune importance.  page 89

lundi, septembre 06, 2021

BILLY WILDER ET MOI ( Jonathan COE ) 2021.

 Dans la chaleur exaltante de l'été 1977, la jeune Calista quitte sa Grèce natale pour découvrir le monde. Sac au dos, elle traverse les Etats-Unis et se retrouve à Los Angeles , où elle fait une rencontre qui bouleverse sa vie: par le plus grand des hasards, la voici à la table du célèbre cinéaste hollywoodien, Billy Wilder, dont elle ne connaît absolument rien. Quelques mois plus tard, sur une île grecque, transformée en plateau de cinéma, elle retrouve le réalisateur et devient interprète le temps d'un fol été, sur le tournage de son avant-dernier film, Fedora.  Tandis que la jeune femme s'enivre de cette nouvelle aventure, dans les coulisses du septième art, Billy Wilder vit ce tournage comme son chant du cygne. Conscient que sa gloire commence  à se faner, rejeté par les studios américains et réalisant un film auquel peu de personnes croient vraiment, il entraîne Calista sur la piste de son passé, au coeur de ses souvenirs familiaux les plus sombres.

Roman de formation touchant et portrait intime d'une des figures les plus emblématiques du cinéma, Billy Wilder et moi  reconstitue avec une fascinante précision, l'atmosphère d'une époque. Jonathan Coe raconte, avec tendresse, humour et nostalgie les dernières années de carrière d'une icône, et nous offre une histoire irrésistible du temps qui passe, la célébrité , la famille et le poids du passé. 

Les jeunes gens  ne remarquent pas les sentiments de leurs parents, ne se rendent pas compte qu'ils en ont, la plupart du temps.  Pour eux, tout ce qui touche aux émotions de leurs parents, ce sont de bienheureux sociopathes. page 29   

Je (Calista) ne savais rien à l'époque, des Anglais et de leur besoin compulsif de dissimuler leurs sentiments. page 33 (Calista et Gill sont à Los Angeles, elles se rendent à un restaurant invitées par un ami du père de Gill) Bien sûr, si j'avais su que ce repas allait marquer dans ma vie un changement de cap majeur, j'aurais sûrement vu les choses autrement, mais je n'en avais pas la moindre idée. page 35 Ce fut ma première impression de Monsieur Wilder. Il portait également des lunettes à verre épais, et malgré son air abattu, ses yeux ne purent s'empêcher de s'illuminer en nous voyant approcher de la table, Gill et moi, avec nos tee-shirts minables et nos shorts en jean effilochés. page 38

Les gens que ne connaissent  la Grèce que de l'extérieur,  et savent que nus vivions alors sous une junte militaire s'interrogent parfois:  " Comment pouviez - vous être heureux? " Ce à quoi, je répondrais simplement : Ma vie continue. IL faut que la situation soit vraiment, vraiment  terrible pour empêcher la vie de continuer. Il y avait le monde extérieur, celui de la politique et de l'histoire, et puis, il y avait le monde intérieur, celui de la musique et de la famille et ces deux univers ne se croisaient jamais. page 75

Et je pris conscience que, pour un homme comme lui, un homme fondamentalement mélancolique, un homme pour qui la marche du monde ne serait jamais qu'une source de regrets et de déceptions, l'humour n'était pas seulement beau mais nécessaire, que raconter une bonne blague, pouvait naître un moment fugace, mais délicieux, où la vie prenait un sens particulier et ne semblait plus arbitraire,  chaotique ni inexplicable. page 124

L'ombre du veuvage l'avait quittée depuis longtemps, pour être remplacée par l'excitation de se retrouver grand-mère. L'énergie de ces fillettes , leur fraîcheur, leur enthousiasme pour la vie avaient pénétré en elel comme par osmose. page 226

...C'est curieux comme parfois, les  idées les plus importantes et les plus lourdes de vérité vous viennent pendant l'accomplissement d'un geste routinier, alors qu'une partie de votre esprit est focalisée sur tout autre chose. page 227

" Tu sais, j'ai soixante et onze ans maintenant, je sais ce que c'est d'être vieux et je peux te dire que c'est sacrément casse-pieds. Tout se met à se  déliter, olus rien ne fonctionne comme avant. page 262.

 


jeudi, août 26, 2021

BETTY ( Tiffany MCDANIEL) 2020

 La petite Indienne, c'est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s'installent dans la petite ville de Breathead, après des années d'errance, le paysage luxuriant de l'Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et soeurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l'écriture: elle confie sa douleur à des pages qu'elle enfouit sous terre pendant des années. Pour qu'un jour toutes ces histoires n'en forment plus qu'une, qu'elle pourra ainsi révéler. 

Betty raconte les mystères de l'enfance et la perte de l'innocence. A travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne  naissance à une héroïne universelle.

Mon père est né le 7 avril 1909 dans un champ de sorgho, du Kentucky, situé  sous le vent d'un abattoir. ..;Il descendait des Cherokees à la fois par son père et par sa mère. page 14

Les autorités avaient décrété que les Cherokees devaient être "civilisés" ou expulsés. Ils n'ont eu d'autre choix que de parler l'anglais de l'homme blanc et de se convertir à sa religion. On leur a dit que Jésus-Christ était aussi mort pour eux. Avant le christianisme, les Cherokees étaient fiers de leur société matriarcale et matrilinéaire. Les femmes étaient à la tête de la famille , mais le christianisme a donné aux hommes un rôle prédominant. A la suite de ce bouleversement, les femmes ont été écartées de la terre qu'elles avaient possédée et cultivée. On leur a donné un tablier et on leur a signifié que leur place était à la cuisine. Aux hommes, qui avaient été chasseurs, on a dit qu'ils devaient maintenant travailler dans les champs. Les Cherokees ont vu leur mode de vie traditionnel éradiqué, de même que la répartition des rôles entre les deux sexes, qui avaient permis aux femmes d'occuper une place aussi importante que celle des hommes. page 26

Il ( le père de Betty) a expliqué que depuis le premier jour à la mine, les autres refusaient de l'appeler Landon. Ils lui donnaient des noms comme Tonto et Emplumé. ...Il a raconté  également que les mineurs ne voulaient pas prendre l'ascenseur avec lui pour descendre dans le puits. " Avec le vieux Landon Carpenter, on risque de se faire scalper". " Ils m'ont immobilisé par terre, je ne pouvais plus bouger. L'un d'eux qui se marrait le plus, il m'a craché sur la joue. Il m'a craché sur la joue comme si je n'étais rien. ..Je ne pouvais pas bouger...".page 64

On était en 1971, et j'avais sept ans quand Maman a dit qu'elle voulait rentrer chez elle. Chez elle, c'est l'Ohio, c'est là qu'étaient ses racines. " Les racines disait Papa sont les parties essentielles de la plante. C'est par les racines,  qu'une  plante se nourrit  et ce sont ses racines qui la maintiennent en place quand tout le reste est emporté.  Sans racines, on est ballotté au gré du vent. page 71

(Le ballon de la petite voisine - blanche_ a atterri chez Betty qui l'a tenu dans  ses mains, les parents de la voisine : ) "Elle a  essayé de le voler." - - Mais on ne peut plus le reprendre maintenant. pas si elle l'a touché, a dit la femme en prenant la petite fille dans les bras. Les gens de couleur ont toujours une maladie ou une autre. Elle a mis ses microbes dessus". page 207

" En ce temps-là, avant que l'ombre de l'homme blanc ne vienne s'étendre sur nous, expliquait-il tout en enfonçant sa bêche dans le sol, c'étaient  les femmes cherokees qui cultivaient la terre parce qu'elles avaient du sang de Selu en elles. Les hommes cherokees n'avaient pas le sang de Selu et donc, ni la terre ni les récoltes ne leur appartenaient. Elles  n'appartenaient qu'aux femmes. page 114

"Je veux que maman rentre (elle a fait une tentative de suicide), a dit Fraya directement à Flossie. Que je donne un coup de main dans la maison ne veut pas dire que je veux prendre sa place. Elle est un peu plus que le ménage, non? Que de nourriture sur la table? Que je remplace pour ces choses ne fait que je suis elle, parce qu'être elle, c'est quelque chose qu'elle seule peut faire".  page 194

Maman cuisinait toujours pieds nus. Elle avait quarante-deux ans à cette époque-là, mais elle paraissait pas son âge quand elle était jambes nues. Elle avait l'air d'une jeune fille, en fait, qui se tenait debout, un pied posé sur l'autre quand elle se concentrait. page 232

Il y a des petites filles qui grandissent avec un père irréprochable , bon et tendrement lié au coeur de sa fille. D'autres petites filles grandissent sans père du tout, sans rien connaître, donc des hommes bons et ceux qui le sont moins. Les plus malheureuses de toutes sont les petites filles qui grandissent avec un père qui n' a pas son pareil pour transformer un ciel bleu et ensoleillé en une violente tempête. Ma mère était l'une de ces petites filles malheureuses, et elle a enduré le genre d 'enfance qui vous fuyez le plus vite impossible. Sauf si vous n'avez nulle part où fuir. page 285. " Ma petite, ma mignonne, viens me parler, chantait-elle ( la mère de Betty) et elle m'a attirée près d'elle...Je vais te raconter une histoire qui est arrivée il y a bien longtemps. Ma petite, ma mignonne, je t'ai observée grandir". ..."Mon Pappy était un homme qui avait les orteils dans la rivière de Dieu et les talons dans la boue du diable...."J'avais neuf ans quand Dieu m'a tourné  le dos pour la première fois, m'a-t-elle dit, le regard fixé devant elle. L'âge que tu viens d'avoir, petite fille." ..On était en février, il faisait froid. " Momma a enlevé les chaussures de pappy....( la mère de la maman de Betty  a préparé a allongé sa fille sur le lit, " C'est ton cadeau d'anniversaire. Tu ne  peux pas partir tant que tu ne l'as pas eu en entier.." Puis elle s'est éloignée. "Je pensais qu'il venait dans le lit simplement pour faire un somme à côté de moi. (Son regard s'est fixé dans le vide). Quand il s'est allongé sur moi.....Il s'est enfoncé en moi jusqu'au bout et Dieu n'a rien fait..;Il n'y a pas eu d'éclairs. pas d'anges soufflant des trompettes pour voler à mon secours. Où était Dieu quand mon papa était sur moi? Je n'étais qu'une petite fille. Rien qu'une toute petite fille  page 296

J'ai écrit tout ce que Maman m'avait raconté....J'ai serré les pages contre moi. J'ai essayé de les étouffer en allant au garage chercher un bocal vide et une pelle à main....J'ai creusé la terre avec la pelle. Quand le trou fut assez profond, j'ai mis l'histoire dans le bocal ...J'ai enterré cette histoire vivante...Page 300

Ta maman  m'a trouvé. J'étais perdu, mais elle m'a trouvé quand même. Je n'avais ni but, ni nom avant ta maman. Quand j'étais enfant, les gens m'appelaient...toutes sortes de noms sauf le mien. Personne ne m'avait demandé  comment je m'appelais, avant ta maman. Non seulement, elle me l'a demandé, mais elle a même ajouté "monsieur", à la fin. Quel est votre nom monsieur?" On ne m'avait jamais dit "monsieur" avant cela. Au début de ma vie, je n'étais personne, mais parce que ta maman a fait de moi un père, j'ai une bonne chance de finir mon existence sur cette terre comme quelqu'un qui vaut la peine qu'on se souvienne de lui....page 318

" Tu m'as demandé si je voulais être riche, Betty, mais je ne suis pas un homme pauvre. Comment pourrais-je l'être avec tous ces diamants...Peu importe que nous n'ayons le moindre sou en poche, puisqu'on a la richesse du monde entre nous. " page 367

( Flossie a ses premières règles) " D'après Fraya, ça signifie que tu es une femme. - Pourquoi faut saigner pour gagner le droit d'être une femme? page 393

( Le grand'père est décédé, le père de la maman) Je ne m'étais pas habillée pour porter le deuil, mais pour célébrer le fait qu'un homme mauvais n'était plus de ce monde. page 398

Nous venions de nous rendre compte que certaines choses ne sont jamais aussi grandes que dans le souvenir qu'on a d'elles. page 404

J'ai observé ses rides (celles de son père) . Elles m'ont fait penser aux sillons dans le grès. ...Son visage devenait peu à peu aussi ancien que la terre. page 476 " Je me suis toujours entendu dire que j'étais insignifiant, a-t-il remarqué....Tu t'entends dire cela et tu  tu te mets à le croire...Il y a des hommes qui ne valent pas la peine  qu'on en parle. Ce sont des bouche-trous. Voilà ce que je suis. Un bouche-trou. Une   marche sur laquelle d'autres grimpent pour arriver au sommet. Une goutte de peinture sur le portrait de quelqu'un plus important. Autrefois, ça me dérangeait. Mais aujourd'hui, je suis trop vieux pour m'en faire à ce sujet. page 479

(la maman) "Quels que soient les griefs que l'on puisse avoir contre Landon Carpenter, on ne peut pas dire qu'il n'aime pas ses enfants....Il y a des hommes qui connaissent le montant exact de leur  compte en banque, a poursuivi maman. Il y a ceux qui savent combien de kilomètres indique le compteur de leur voiture, et combien elle pourrait parcourir....Ton père, lui, ne connaît rien de tout ça. Les seuls nombres que Landon Carpenter a en tête, c'est le nombre d'étoiles qu'il y avait dans le ciel la nuit où ses enfants sont nés. Je  dirais qu'un homme qui a dans la tête des cieux remplis des étoiles de ses enfants est un homme qui mérite notre amour. En particulier, l'amour de celle qui avait le plus d'étoiles. page 516

C'était le printemps 1969. Richard Nixon était président. Les premiers soldats américains allaient se retirer du Vietnam. Des hommes, autres que mon père, allaient poser le pied sur la lune. Mais ce sera pour plus tard. On était au printemps , et tout ce que je savais vraiment de 1969, , c'est que j'avais quinze ans.  page 602.  (Betty a eu ses règles pour la première fois) - Je n'en veux pas; je ne veux pas saigner pas . - Tu vois, dans certaines cultures, on giflait les filles quand elles saignaient pour la première fois, m'a dit Fraya en posant gentiment sa main sur ma joue. C'était une vraie gifle, en pleine joue. Mais dans  d'autres cultures, comme chez les Cherokees, le sang était considéré comme un signe de pouvoir.  page 608

(Le père, Landon Carpenter est malade) La voix de papa ne m'avait jamais paru si faible. Il a fait rouler sa tête vers nous....la pensée m'est alors venue qu'être enfant, c'est savoir que le balancement du berceau nous rapproche et  nous éloigne en même temps de nos parents.  C'est le flux et le reflux de la vie qui, tour à tour, nous poussent vers les autres, puis nous en écartent, peut-être dans le seul but de nous permettre d'acquérir la force nécessaire pour affronter l'instant où ce mouvement de balancier nous aura tellement éloignés  de la personne que nous aimons le plus qu'elle ne sera plus là quand nous reviendrons vers elle.  page 673

J'ai eu le sentiment que je portais cette robe noire non seulement pour la mort de mon père, mais aussi pour la mort de mon enfance. page 687...Des étrangers regardant ses mains ( celles de son père) n'auraient vu en lui qu'un homme sans importance. Mais dans la vie, ou bien vous vivez dans la maison de quelqu'un d'autre, ou bien vous construisez la vôtre.  Un homme qui avait les mains de mon père était un  homme qui avait construit sa demeure avec du ciel et des étoiles.  page 690

Enterrer un père est une chose qui vous accompagne longtemps après que vous avez raccroché votre robe noire dans votre placard page 701

(Betty quitte la maison et part elle ne sait pas où) Je me suis souvenue de ce que mon père m'avait dit un jour. " Aucune eau ne connaît le repos". Je sais aujourd'hui ce qu'il voulait dire, parce que les vagues provoquées par sa mort ont perdu de  leur force mais les eaux ne seront jamais tranquilles. page 716 



vendredi, août 20, 2021

RETOUR A MARTHA'S VINEYARD ( Richard RUSSO) 2020

 Le 1er décembre 1969, Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac huppée de la côte Est, voient leur destin se jouer en direct alors qu'ils assistent, comme des millions d'Américains, au tirage au sort télévisé qui déterminera l'ordre d'appel des conscrits à la guerre du Vietnam. Un an plus tard, diplôme en poche, ils passent une dernière fois un week-end ensoleillé à Martha's'Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, le quatrième mousquetaire, l'amie dont ils sont tous les trois amoureux.

Septembre 2015, Lincoln s'apprête à vendre la maison et   les trois amis se retrouvent  à nouveau sur l'île. Au bord du Jerry, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le "beau gosse" devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, , éditeur universitaire, toujours en proie à des crises d'angoisse et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley. Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après le week-end  de 1971. Qu'en est-il devenu d'elle?Qui était-elle réellement? Lequel d'entre eux avait sa préférence? Les trois sexagénaires , sirotant des Bloody Mary sur la terrasse où, à l'époque, ils buvaient de la bière en écoutant Creedence, rouvrent l'enquête qui n'avait pas abouti alors, faute d'éléments. Et ne peuvent s'empêcher de demander si tout n'était pas joué d'avance. 

LINCOLN. Tous étaient devenus des conservateurs et durs, plus durs que Lincoln en tout cas. républicain depuis toujours, il a du mal ces temps-ci  à trouver sa place sur l'échiquier politique. pas question de voter pour Hillary, mais pour qui alors? Une douzaine de candidats du GOP ( le parti républicain américain) étaient toujours en lice..   page 36  Quoiqu'il en soit, c'était un soulagement de mettre la politique  de côté pendant quelques jours. Lincoln était presque certain que Teddy qui devait  arriver le lendemain, était toujours un progressiste acharné, mais dans quel camp? Clinton ou Saunders?  Et Mickey? Votait-il d'abord? Le sujet du Vietnam serait à éviter , lui aussi.  La guerre était finie depuis des dizaines d'années, mais ne le serait-il jamais pour des hommes de leur âge? Cette guerre avait été la leur, qu'ils y aient participé ou pas.  page 37

Jacy .  Disparue sur cette île. Le week-end du Mémorial Day , 1971. page 4o...Plus las que fatigué, il était resté éveillé dans la chambre, se demandant quels nouveaux ravages le temps impitoyable avait infligés à se amis et aussi  quelle image il allait leur offrir. Cela faisait....dix ans qu'il ne les avait pas revus. page 41

La maison de Chilmare se dresse sur un hectare de terrain bosselé et pittoresque qui descend vers State Road et l'Atlantique au-delà d'un bleu parfait aujourd'hui sous un ciel sans nuage. ..Il s'assoit sur la dernière marche et appelle Anita. " On ne peut pas vendre, dit-il quand elle répond" OK. - Comment ça OK? On n'a pas le choix. Le but n'est pas seulement de leur permettre de retomber sur leurs pieds après la crise. leurs enfants avaient besoin d'aide eux aussi pour surnager. Anita et lui avaient été heureux de pouvoir donner un coup de main, mais, ce faisant, ils avaient fragilisé leurs finances. .."On était d'accord dit-il. - Et je suis toujours d'accord". Cette réponse le met de mauvaise humeur .page 52

TEDDY.  Aucun doute , ce voyage sur l'île- en compagnie de vieux amis et de souvenirs de jeunesse - constitue un risque, une menace potentielle pour son équilibre durement acquis.  Soixante-dix ans, nom de Dieu. Il avait espéré qu'à cet âge, il n'aurait pas besoin d'être aussi vigilant , et qu'après tout ce temps, la folie -  car ses crises s'y apparentaient - refluerait. page 57

(Teddy est professeur d'université et éditeur) " Je ne veux pas de ton argent. - Qu'est-ce que tu veux alors?" Curieusement, c'est la question que s'est posée Teddy durant presque toute sa vie d'adulte, et à laquelle il n'avait jamais répondu. La première personne qui la lui a posée s= était son professeur référent à Minerva College, désireux de savoir quelle matière principale il allait choisir.  Incapable de se décider, il avait opté pour les études générales, un cursus destiné à repousser la question plutôt qu'à y répondre.   page 59

- " Vous avez l'habitude de traverser la vie  avec votre badge dans votre poche?  Pour que les gens ne sachent pas qui vous êtes? - Oui, généralement . - Je m'en doutais. Quand je me suis renseignée, personne ne semblait vous connaître réellement. La réponse  était , je crois, :"Il reste dans son coin". "page 67

Demain, à ce cocktail explosif, il faudra ajouter Mickey. Réussiraient-ils, tous les trois,  réunis de nouveau sur l'île, à créer un epotion magique assez puissante pour la ressusciter.? page 72

LINCOLN. La membrane qui sépare la compassion de la pitié est parfois fine , comme du papier  à cigarette . page 81


J'ai terminé la lecture du roman. Il ne m'a pas passionné mais je voulais aller jusqu'à la dernière page.

 

jeudi, août 12, 2021

LA GRANDE VIE (Christian BOBIN) 2014

 Les palais de la grande vie se dressent près de nous. Ils sont habités ici par des rois, là, par des mendiants. Thérèse de Lisieux et Marylin Monroe, Marcelline Desbordes-Valmore et Kierkegaard. Un merle, un geai et quelques accidents lumineux. La grande vie prend soin de nous quand nous ne savons plus rien. Elle nous écrit des lettres. 

La voix de mon père avait quelque chose de la croûte du pain chaud. page 13

Le commerce des brins de muguet est une forme divine de la mendicité....J'ai acheté cinq brins. je les ai portés sur la tombe de mon père. Il pleuvait. page 20

La perte fait entrer l'éternel dans nos chairs et l'éternel c'est ce qui ne passe pas, ce qui reste en travers de la gorge.  page 24

Ce que j'appelle réfléchir: je dévisse ma tête , je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade. A mon retour, la têt s'est allumée. la promenade dure une heure ou un an. page 29

La floraison des cerisiers ne dure pas. L'essentiel, on l'a en une seconde. Le reste est inutile. page 39

Les livres sont des gens étrangers. Ils viennent nous prendre par la main et tout d'un coup, nous voilà dans un autre monde. page 49

La guerre est de tout temps, cher Jünger. Fou celui qui se croit à l'abri. Ce ne serait qu'un endroit pour mourir sans bruit. Je cherche ce qui arrive quand on n'est plus protégé et qu'on n'a plus peur de rien. page 51

Pourquoi ne dit-on jamais que la résurrection commence dès cette vie et que toute parole ivre est une rose de sang, éclatante reine du néant  de nos jours? page 54

J'aurai passé ma vie à regarder le reflet de la vie sur la rivière de papier blanc. ce n'est pas ce qu'on appelle vivre, c'est beaucoup mieux. page 68

Je n'ai pas oublié le martin-pêcheur qui j'ai vu plonger dans la rivière au-dessus de laquelle  était l'auberge où je mangeais.  Cet oiseau fou m'avait, par sa vision, sauvé du désespoir  de voisins de table qui parlaient affaires. page 71

Hier, j'ai vu plusieurs libellules au-dessus du pré, gorgées de bleu. Elles se déplaçaient par saccades au-dessus d'une touffe d'herbe, d'un caillou. On dirait quelqu'un qui  vient voir si tout va bien, puis qui s'éloigne, rassuré. page 88

Plus loin, dans les bois, il y a un chemin sur lequel je marchais avec toi, quand tu étais de ce monde. Le chemin semble indifférent mais je sais qu'il se souvient de toi. Il n'y a pas de temps. page 90

La vie, dit Rimbaud, est la farce à mener par tous. page 97

On peut donner sa vie pour trois fois rien. la donner ou la perdre. page 108....Tout donner, tout perdre et qu'on n'en parle plus. Ne plus penser à rien, c'est commencer à bien penser. Ne rien faire, c'est faire un pas vers Dieu. Page 109

Nous ne sommes séparés de la vie éternelle que par une cloison plus fine que le rideau mouvant des branches du saule pleureur. page 117

Le coeur est une chambre froide, le seul appareil photographique fiable. page 120


mercredi, août 04, 2021

ADIEU, MON UNIQUE (Antoine Audouard)

 "Si mon coeur n'est pas avec toi, et s'il n'est pas avec toi, il n'est nulle part."

Il est maître de philosophie le plus célèbre du XIIè siècle. Elle est l'élève la plus douée. C'est lui qui la séduit mais c'est elle qui lui révèle l'amour. Bafoué, l'oncle de la jeune fille exerce sur Abélard une vengeance atroce. Des années plus tard, les eux amants séparés échangent quelques lettres dont les mots sont restés célèbres...tandis qu'Abélard tente de donner un sens religieux à son humiliation, Héloïse lance un cri de révolte et d 'amour. Et quand il est abandonné de tous, c'est encore vers elle qu'il se tourne. 

Le roman seul pouvait permettre d'approcher le mystère de cet amour unique. Antoine Audouard restitue avec brio l'incroyable vitalité de l'époque, loin des clichés sur l'époque médiévale. L'histoire d'Héloïse et d'Abélard brûle à travers les siècles. Leurs mots sont les nôtres, la violence de leurs sentiments nous est familière. Abélard - frère de tout homme - Héloïse - soeur de toute femme.

Etre pas vu de qui l'on veut être vu en apprend plus sur la vie que les férules et les coups. - c'est apprendre à savoir qu'on n'est pas aimé que par hasard, par accident. page 22

Simplement, je savais que je ne pourrais jamais prendre part au bonheur des autres; je serai celui qui arrive trop tôt ou trop tard, celui qu'on appelle pas ou qui , invité,  se réveille au milieu de la nuit en sachant que la fête est finie. page 27

Pétronille s'avance  seule vers eux. André m'attrape par la manche? " Celui-ci est Bernard de Fontaines, chuchote-t-il, il vient de quitter l'abbaye de Cîteaux pour créer un monastère à Clairvaux, dans un val infesté de bêtes sauvages. - Le grand? - Non, l'autre. Celui-ci s'appelle Pierre Abélard. Il se croit le meilleur philosophe u monde.  page 30

Il me demanda ce que je cherchais  à Paris. J'hésitai.  - Mon maître, dis-je à voix basse en regardant le fond  de ma bière. - Que dis-tu?  Je répétai plus fort, le regardant dans ses yeux noirs. - Mon maître, dis-je. - Ami, dit-il. je suis ta providence. J'ai le maître qu'il te faut...-  Je sais dis-je, Pierre Abélard..- Comment le connais-tu.?....Quand il parle dit Arnaud, c'est comme si Aristote et Platon étaient revenus en un seul homme pour faire tomber les mystères et triompher la raison.  page 47

"Il me la faut, dit Pierre Abélard, lentement, en détachant les syllabes. Les larmes me montèrent aux yeux, que je ravalai sur l'instant.  - "Guillaume, il me la faut, répéta-t-il, rêveur- et il n'avait pas besoin  de sire son nom, Je  savais.  Héloïse était venue l'écouter quelquefois.  Autant que je sache, ils n'avaient pas échangé plus de trois mots. page 70

Pierre avait choisi Héloîse sans la connaître et sans savoir aimer: qu'elle soit à lui. page 86

(L'oncle d'Héloïse, chanoine Fulbert) " Guillaume, dis-moi la vérité. "  - Certainement. - Elle est savante, n'est-ce-pas? - Très.- Je vais   te confier un secret: je veux qu'elle le soit encore plus.. Je veux - que Dieu me le pardonne- qu'elle excite la jalousie et que partout l'on dise: " Voici Héloïse, c'est la plus forte et la plus savante femme au monde. Elle est la nièce du chanoine Fulbert. "Il a les larmes aux yeux et je jalouse sa foi naïve, sa confiance dans les vertus de sa nièce. page 115.

Quand elle me voit, elle a un moment de joie. Ses yeux s'éclairent, et, par naïveté ou présomption, je pourrais croire que c'est pour moi qu'elle est heureuse de voir. " Comment va-t-il? " Elle rougit, se reprend. " Pardonne-moi Guillaume....Tous ces jours-ci, je me suis tue et je m'inquiétait pour lui sans le savoir. - Il vit avec moi dans une petite maison sur la Montagne. Il ne dort pas. Il n'étudie pas, ses pensées ne sont occupées que de toi. Quand il écrit, c'est ton nom que sa plume trace sur le parchemin. page 122

"Je l'aime tant, Guillaume. L'abandon de notre fils, s'il faut le blâmer, je me reproche à moi-même et non à lui..- Pourtant...;Je sais bien. je lui cite en exemple ces femmes soumises, ces femmes diaboliques....Je ne suis fière que d'être à lui, d'être ce qu'il veut, contre lui-même et contre moi-même. Je suis fière d'être sa servante, me glorifie d'être sa maîtresse et serais sa putain s'il me le demandait, heureuse d'être entre les bras des autres, si je peux voir du bonheur dans ses yeux. ..je suis la femme du maître.. Je hais ce mariage qui détruira notre couple - je le sais comme une certitude tragique, une évidence - mais voici  déjà que pour lui plaire, je dois être ma meilleure ennemie. A la fin, je resterai seule avec cet amour-là." page 162 (Héloîse et Abélard se marient.)  Il n'y aura pas de fête, pas de repas où l'on boit, où l'on pleure - il n'y aura pas de danses où l'on s'oublie, pas de bouffons pour rappeler les exploits de l'époux ou de jongleurs pour distraire l'assemblée avec des histoires du passé. page 163

Je n'ai pas terminé le livre.....


 parchemin..." page 123

jeudi, juillet 29, 2021

MAUVAISES HERBES. ( Dima Abdallah) 2020

 Dehors, le bruit des tirs s'intensifient. Rassemblés dans la cour de l'école, les élèves attendent , en larmes, l'arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit  de retrouver avant l'heure "son géant".  La main accrochée à l'un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser le chaos.  Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un tout autre tout aussi provisoire, l'enfant  née à Beyrouth pendant la guerre civile s'y est tôt habituée. Son père, dont la voix alterne avec la sienne, sait combien , dans cette ville détruite, son pouvoir n'a rien de démesuré. Même s'il essaie de donner le change, avec ses blagues et des paradis de verdure tant bien que mal réinventés à chaque déménagement, cet intellectuel - qui a le tort de n'être d'aucune faction, ni d'aucun parti - n'a qu'à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence. 

BEYROUTH 1983. (Le père est allé à l'école chercher sa fille à cause des bombardements). Je la regarde et je me dis que tout n'est pas encore perdu. D'un jour à l'autre, il faudra bien que cette guerre finisse, ce n'est qu'un affaire de quelques semaines, quelques mois tout au plus. Il ne peut en être autrement, je n'ai pas le courage qu'il en soit autrement. Parce qu'elle ne grandira pas dans ça, ce n'est pas une option. Parce que dans six ans, ce sera déjà  trop . Je vais continuer à lui dire que rien de tout ça n'est n'est grave, qu'elle a bien raison de ne pas pleurer, qu'on ne risque rien et que ça ne nous regarde pas, ce vaste bordel. je me dis qu'il n'y a pas besoin d'en parler, demain on ira acheter un pot de marjolaine pour remplacer celui qui a fané et on mangera sur place. Chaque soir, on trouvera la force d'oublier ce qui s'est passé dans la journée et chaque matin, on trouvera une parade pour oublier la nuit passée. Je crois que l'oubli est la meilleure solution, je crois que je suis en train de développer une sort de super-pouvoir pour ce qui est de l'oubli. ...Je ne garde que les souvenirs d'avant, avant que tout cela arrive...page 33

BEYROUTH 1984 Je ne sais pas combien de temps nos allons rester ici. C'est des amis de mes parents qui, ayant momentanément fui dans je ne sais quel pays du Golfe, nous ont prêté leur appartement.....Nous somme arrivés là avec peu de bagages et d'objets qui nous appartenaient. page 42

Ma boule et moi, on se tient compagnie. On s'est habituées l'une à l'autre. Elle se réveille avec moi chaque matin et s'endort avec moi chaque soir. page 44

BEYROUTH 1985. J'aime bien le fait qu'il  (son père)  ne me  parle pas trop de l'école et qu'il s'en fiche que je sois la première  de la classe.  page 54

La poésie, c'est peut-être ce qu'on écrit quand on n'arrive pas à pleurer comme les autres. page 59

Je (le père) roulais dans la nuit et, pour la première fois depuis longtemps,  je prêtais attention aux trous d'obus sur le bitume  et aux immeubles écroulés, aux autres mouchetés de trous, autres désertés.  Pour la première fois, j'ai compté au fur et à mesure,  le nombre de checkpoints qui nous séparaient de la maison, qui n'était pas notre maison. J'ai tout vu, j'ai tout compté...J'ai vu l'horreur des ombres sur tous ces visages à la lumière des phares de la voiture. je roulais et je voyais les visages fantomatiques des hordes de l'infâme s'animer dans la nuit. Je voyais tout....Je n'avais jamais vécu avec une telle lucidité. page 80

Moi, tout ce que je sais, c'est que  j'ai ouvert la fenêtre un matin et j'ai trouvé la guerre. page 83

RMAYLEH 1989  Je me lève tout doucement, sans faire de bruit, et je prépare mon petit sac à dos. J'y mets quelques affaires, je ne sais bien quoi, le genre de bricoles que j'aime à conserver, pas grand-chose. Je me suis habituée à avoir très peu d'affaires....Je me suis bien habituée à ce que  les objets d'une vie tiennent dans un petit sac et ce ne sont jamais les mêmes; La seule chose qui survit à nos nombreuses fuites, c'est nous quatre. ...Les valises ne sont jamais loin. Elles ne sont jamais rangées à la cave ou au grenier ou en haut d'un placard. page 87 ( la maman, les deux enfants quittent le Liban pour Paris, le père reste) page 86

C'est bien qu'ils soient partis, d'ici et de moi. Moi, je fais corps avec ce pays, je suis solidaire de son ravage, de sa défaite. Je l'ai connu avant ça, moi, le pays. Nous avons nos souvenirs, nos nostalgies. page 102

PARIS, Rue Mouffetard. 1990...Il y a des choses que j'aime bien ici. J'aime l'odeur du pain qui cuit quand je passe devant une boulangerie et quand je vais acheter une baguette. Si elle est encore chaude, j'en croque un petit bout et je creuse un peu pour attraper la mie encore tiède et moelleuse. J'aime aller seule  au collège, à pied....Les trottoirs sont propres et bien fichus.....Près  de la bibliothèque, il y a un vieux monsieur qui fait la manche et dort dans la rue. Hier, je lui ai donné un de mes bonbons et il m'a souri et longuement remerciée.  On a discuté un peu. Il y en a plein, ici, des comme lui. C'est ici que j'ai vu la vraie misère, la misère de quand on n'a plus personne. Et ce monsieur n'a personne, il me l'a dit. J'ai longuement réfléchi à la raison pour laquelle il y a tant de clochards dans un pays si riche. Je crois que, s'ils laissent les gens dans la rue, ce n'est pas qu'ils n'ont pas les moyens de les aider, ni de les chasser. C'est pour les laisser là, aux yeux de tous, comme un exemple, un avertissement....On le laisse là, à la vue de tous, seul, pour dire ce que chacun peut devenir s'il lui prend l'envie de ne pas respecter les règles de la classe. Gare aux différents. Gare aux rebelles. Gare aux inaptes. Les différents sont encore plus seuls à Paris qu'à Beyrouth. page  111, 112

Quand quelqu'un me demande mes projets, même ceux du lendemain, je ne sais que répondre. page 136.

(L'héroïne s'en va pour trois ans en Espagne, à l'aventure).Je n'ai pas fait preuve d'aucune sagesse. Mon corps a seulement refusé de continuer, mon coeur s'est arrêté, ou on a continué, je ne sais plus bien, je suis morte. page 139





jeudi, juillet 22, 2021

LA NATURE EXPOSEE. ( Erri De LUCA) 2017

  " Comme tu peux le voir, il s'agit d'une oeuvre digne d'un maître de la Renaissance. aujourd'hui, l'Eglise veut récupérer l'original. Il s'agit de retirer le drapé. " J'examine la couverture en pierre différente, le semble bien ancrée sur les hanches et sur la nudité. Je lui dis qu'en la retirant on abîmera forcément la nature.  " Quelle nature? " La nature, le sexe, c'est ainsi qu'on nomme la nudité des hommes et des femmes chez moi". 

 Dans un petit village au pied de la montagne, un homme, un grand connaisseur des routes qui permettent de franchir la frontière, ajoute une activité de  passeur pour les clandestins à son métier de sculpteur . C'est ainsi qu'il attire l'attention des médias. Il décide alors de quitter le village. Désormais installé en bord de mer, il se voit proposer une tâche bien particulière, restaurer  une croix en marbre, un Christ vêtu d'un pagne. 

Réflexion sur le sacré et le profane, sur la place de la religion dans nos sociétés. La Nature Exposée est un roman dense et puissant , dans lequel Erri De Luca souligne plus que jamais le besoin universel de solidarité et de compassion. 

Depuis quelque temps, des étrangers  désorientés arrivent au village. Ils essaient de passer la frontière, les autorités laissent faire pour ne pas avoir à s'occuper d'eux. Nous vivons sur une terre de passages. Certains d'entre nous pourraient s'arrêter, mais aucun de ceux qui sont arrivés jusqu'ici ne l'a fait. Une adresse de poche leur sert de boussole. Pour nous qui n'avons pas voyagé, ils sont le monde venu nous rendre visite.  Ils parlent des langues qui font le bruit d'un fleuve lointain. On a créé pour eux  un petit service d'accompagnement au-delà de la frontière Nous sommes trois, tous des vieux, parce qu'ici, on est vieux à soixante ans Nous trois seulement  savons par où passer, même la nuit.  page 13

Je fais prendre l'air aussi à mes bouquins, je les offre en lecture, je fais office de bibliothèque municipale qui n'existe pas. Les livres m'ont servi à connaître le monde, la diversité des personnes, qui sont rares dans le coin. Compacts contre la paroi au nord, ils gardent la maison au chaud.  page 17

Ce ne sont pas des mendiants, ils ont assez d'argent pour voyager en première classe. Au lieu de ça, ils doivent nous suivre, en cachette, à  payant chaque mètre parcouru. Ils sont habitués aux bandits, nous sommes les derniers qu'ils rencontrent , et pas les pires. .;Je me fais payer comme les autres et, une fois que je les ai conduits de l'autre côté, je rends l'argent. Il leur est plus utile. je ne leur dit pas avant que j'ai l'argent sur moi, pour qu'ils n'aient pas l'idée de le reprendre de force....Je suis content d'être utile à un âge où, dans cette région, on est voué au pilon, au délire alcoolique, à l'hospice. L'avantage de ne pas être père, c'est de ne pas avoir un fils qui veuille m'enfermer dans le handicap. La montagne est mon hospice. page 18

Quelqu'un me dit à voix basse qu'il a aidé aussi un réfugié. Il prend un air de conspiration, conscient de commettre une transgression. C'est comme ça dans la plaine. Ici, on fait autrement. Ils les appellent  des réfugiés. pour moi,  ce sont  des voyageurs d'infortune qui en  ont eu trop à faire à la fois. Ils tentent de s'en débarrasser avec le voyage. page 24

Je regarde les mains d'un homme pour comprendre qui il est. page 31

(Le narrateur est obligé de quitter son village, Les médias répandent l'info qu'il rend l'argent aux étrangers , une fois qu'il les a conduits à la frontière, ses deux collègues lui en veulent. Un curé et son évêque lui demandent de restaurer une croix en marbre sur laquelle un soldat de la première guerre mondiale a sculpté un Christ auquel des "bonnes âmes" ont demandé de le vêtir d'un pagne. Le narrateur doit le lui enlever, " dévoiler la nudité de ce corps". " Vous êtes croyant? " Pas dans la divinité, je crois à quelques représentants de l'espèce humaine. " Qu'entendez-vous par sacré? " - Ce pourquoi une personne est prête à mourir. "Considérez-vous l'homme de la statue comme sacré?  La raison pour laquelle il accepte le sacrifice sans se dérober est sacrée.  " Alors, continuez" page 52

Nous parlons  de tout le mal que l'espèce humaine a inventé pour elle-même. Aucun animal ne se rapproche de notre pire. page 61

" Tu as vu une bomme partie du monde, lui dis-je - " Vu, oui, mais seulement vu, le moins important des sens. Il faut rester dans le monde  pour y comprendre quelque chose. "page 67

Je dis qu'un livre sert de porte-bonheur, de compagnon de voyage, d'ange gardien. Il sert même de  passeport à ceux pour qui il est sacré.  page 72

A la fin de la journée, je sors pour  me dégourdir les jambes. J'ai besoin de mettre des kilomètres sous mes pieds.  page 76

Un philosophe de l'Antiquité recommandait de vivre caché.  - "Epicure". - oui, c'est lui, vis caché à voix basse, sans te faire remarquer en clamant  ta chance. j'ai plus que le nécessaire et s'il me manque quelque chose, je ne n'en aperçois pas".  - "Donc, c'est de ça qu'est fait un homme? de ce qu'il a en poche? " demande-t-elle irritée. Pas un homme mais sa dignité de se suffire à lui-même, sans peser sur les autres." page 78

Je ne pense pas. Je ne me crois pas capable de suffire à une femme. page 84

La nudité du corps est la chasteté  de la misère.  page 96

Ce tapage lui est nécessaire. le silence le distrait. page 99

La fin de l'hiver étire les minutes de la journée. page 118

Elle (une amie) n'est pas croyante. Moins que ça même: elle est indifférente. Pour elle, Les religions sont la réponse au besoin de se sentir poussé par une cause importante. Pour elle, la seule cause dont nous sommes les effets, c'est la vie, rien d'autre. page 120

(Pour moi) Ce sont des dettes de reconnaissance, insolvables,  qui vont de mes parents au cadeau de l'ouvrier algérien. ( ce dernier lui a offert le marbre dont il se servira ) page 121

(L'Algérien) " J'ai appris chez vous à n'être personne. Je garde les yeux baissés et ainsi je disparais, je les lève et apparais à nouveau. je me tais et je suis accepté, je parle pour demander un renseignement et je suis repoussé. Vous préférez personne. C'est bon, disons que nous n'existons pas les uns pour les autres. Toi, non, tu t'assieds, tu parles, tu poses des questions. Tu es quelqu'un et tu me fais aussi devenir quelqu'un. " page 129

Celui qui meurt ne se sent pas mourir lui-même: il sent mourir le monde, les personnes tout autour, les jours, les nuits, les planètes, les mers. Celui qui meurt sent s'étendre l'univers hors de lui. C'est la miséricorde offerte à chaque mort qui dissout le désespoir dans l'immensité de toutes les extinctions. page 152

( Chez le rabbin) " Les livres, ils ne sont pas fragiles. Ils  se laissent maltraités...Leur prodige est de savoir prendre le temps de celui qui lit. On ouvre Homère e ton le trouve à côté de soi. On le referme et il s'en retourne dans les siècles". (Réflexion du narrateur)  Il n'en va pas de même pour le crucifié, pour son discours de la montagne, sur les égalités, sur le bonheur. Je referme les pages de Matthieu et elles ne retournent pas dans leur millénaire. Elles se sont glissées dans l'écoute, elle font du lecteur un témoin, quelqu'un qui était là. Telle est peut-être la différence entre Homère et Matthieu. ( Le curé) IL lit rarement Homère. Pour lui, Matthieu est son journal quotidien qui lui raconte la dernière nouvelle, tandis qu'Homère a le charme de la légende. ...." Matthieu, c'est la terre ferme. Homère, c'est la mer". page 157

Avant de descendre dans la grande salle pour la dernière fois, je passe chez le curé. je redis mon désir de ne pas voir mon nom figurer en marge de la restauration. L'oeuvre est celle du sculpteur, moi, je suis son adjoint dans un détail....Je n'assisterai pas à l'inauguration, je connaîtrai le résultat final avant  les autres, puisque c'est moi qui l'inaugurerai.  page 162

Je mets de la résine sur les deux surfaces de contact. . J'approche la nature  de son point de jonction J 'ai peur de mal l'attacher, d'être imprécis. Les deux parties s'attirent toutes seules. J'approche. J'unis. Fin. page 165


vendredi, juillet 16, 2021

POISSON D'OR ( J.M.G. LE CLEZIO) 1997

 "Quem vel ximimati in ti teucucuitla michin." Ce proverbe nahuati pourrait se traduire ainsi: " Oh poisson, petit poisson d'or, prends garde à toi! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde. " Ce conte qu'on va lire suit les aventures d'un poisson d'or d 'Afrique du Nord, la jeune Laïla, volée, battue et rendue à moitié sourde à l'âge de six ans, et vendue à Lalla Asma qui est  pour elle à la fois sa grand'mère et sa maîtresse. A la mort de la vieille dame, huit ans plus tard, la grande porte de la maison du Mellah s'ouvre enfin et Leila doit affronter la vie, avec bonne humeur et détermination, pour réussir à aller jusqu'au bout du monde. 


La santé est une couronne sur la tête des gens bien portants que seuls les malades  voient" page 15

(Lalla Asma a eu une attaque cérébrale, elle ne parle plus, ne marche plus...) Une nuit tout allait   plus mal. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite. ....Quand je me suis réveillée,  Zobra ( la fille de Lalla Asma) était à côté du lit, elle pleurait à haute voix. Tout à coup, elle m'a vue, et la colère  a tordu sa bouche. Elle m'a donné des coups avec tout ce qu'elle trouvait, une serviette-éponge, des revues, puis elle s'est déchaussée  pour me frapper et je me suis sauvée dans la cour. ...Puis, je le suis mise à courir dans les rues...C'est comme cela que j'ai quitté sans retour la maison de Mellah. Je n'avais rien, pas un sou, j'étais pieds nus  avec ma vieille robe...Page 28

Ma vie au foudouk ( chez Mme Jamila) s'organisé de façon remarquablement  calme et je peux dire, sans exagérer, que ce fut la période la plus heureuse de mon existence. ..Quand j'avais faim, je mangeais, quand j'avais sommeil, je dormais et quand je voulais sortir, ( ce que je faisais presque constamment ) - , je sortais sans avoir  à demander à qui que ce soit. la liberté parfaite dont je jouissais était  celle des femmes dont je partageais l'existence. ...Elles m'avaient adoptée, comme si j'étais leur fille , ou plutôt comme une poupée...Page 34

Mme Jamila savait tout ce qui se passait. Elle n'en  parlait pas, mais je voyais bien qu'elle n'était pas satisfaite...Elle voulait m'apprendre à écrire en arabe, elle avait des ambitions pour moi.  Mais je ne faisais  pas très attention à ce qu'elle voulait me dire. J'étais ivre de liberté , j'avais vécu  enfermée trop longtemps. J'étais prête  à me sauver si quelqu'un avait voulu me retenir. Page 36

Je n'avais aucune idée  de ce que  c'était un métier,  de ce qui était bien  et de ce qui était mal.je vivais comme un petit animal domestique, je trouvais bien ce qui me flattait et me caressait et mal tout ce qui  était dangereux et me faisait peur....Ce qui me faisait le plus peur, c' était la solitude. page 40

( Laïla a quatorze ans)  Je crois que je n'avais plus aucun sens de la mesure ou de l'autorité. Je risquais de lourds ennuis.  C'est durant cette époque  de ma vie que j'ai formé mon caractère, que je suis devenue inapte à toute forme de discipline, encline à ne suivre que mes désirs, et que  j'ai acquis un regard endurci. page 48

(Laïla a quitté  Mme Jamila) Pour la première fois, il me semblait que j'étais libre. je n'avais plus d'attaches, j'allais vers l'avenir. Je n'avais plus peur de la rue blanche et   du cri de l'oiseau, il n'y aurait plus jamais personne qui me jetterait dans un sac et me battrait. Mon enfance restait e l'autre côté de la rivière. page 66

Pour la première fois, j'ai eu envie de partir, très loin. Partir à la recherche de ma mère,  de ma  tribu, au pays des Hilal, derrière les montagnes. Mais je n'étais pas prête . page 82

( Après un voyage en bateau,  en car à travers l'Espagne, Laïla et ses compagnons ont traversé à pied la frontière entre l'Espagne et la France, en clandestins). On  a passé le col à la tombée de la nuit...J'ai dit à Houriya: " Regarde, c'est la France! C'est beau" Elle était très pâle. ..Je ne sais pas pourquoi , pour la première fois, j'ai pensé à mon pays, comme si c'était ici, dans cette vallée, que je m'en allais très loin, que je laissais tout derrière moi. Page 87

On s'asseyait dans les cafés et on parlait. Hakim  était grand et mince, toujours élégant dans son costume noir. Il racontait des choses étranges. Un  jour, il m'a apporté un petit livre usé qui avait été lu pares quantités de mains graisseuses., ça s'appelait Les Damnés de la Terre   et l'auteur s'appelait Frantz Fanon.. Hakim me l'a donné mystérieusement: " Lis-le, tu comprendras beaucoup de choses". Il n'a pas voulu me dire quoi. Il a seulement posé le livre sur la table du café devant moi. " Quand tu auras fini, tu pourras le donner à quelqu'un d'autre". J'ai mis le livre dans mon sac, sans chercher à savoir davantage. page 132 Un dimanche qu'il pleuvait, il m'a emmenée à la Porte Dorée, pour voir le musée des Arts africains. Page 133

mercredi, juillet 14, 2021

LULLABY ( LE CLEZIO)

 Lullaby est une jeune fille fascinée par la mer. Un jour, elle oublie l'école qu'elle a décidé de quitter le matin même. Sur le chemin des contrebandiers qui longe la côte, elle découvre un  infini de bleu, de lumière, de vent et de vagues. Plus rien n'existe que la caresse du soleil et le souvenir de son père à qui elle écrit des mots sur des feuilles de papier qu'elle brûle ensuite. "Karisma", les lettres gravées sur la petite maison perdue dans la falaise, chantent son bonheur. Mais les rochers-gaufrettes lui livrent d'autres messages : " trouvez-moi",  "ne vous découragez pas". Où va donc la mener ce jeu de piste marin?

A peine 70 pages, fascicule plein de poésie.

mercredi, juillet 07, 2021

CE GENRE DE PETITES CHOSES ( Claire KEEGAN) 2020

 Ce Genre de Petites Choses. En cette fin d'année 1958, à New Ross, Bill Furlong, le marchand de bois et de charbon, a fort à faire. Aujourd'hui, à la tête de sa petite entreprise et père de famille, il a tracé seul sa route: élevé  dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans,  était domestique, il a eu plus de chance que d'autres enfants nés sans père. 

Trois jours avant Noël, il va livrer le couvent voisin. Le bruit court que les soeurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie  des filles non mariées et qu'elles gagnent beaucoup d'argent en plaçant à l'étranger leurs enfants illégitimes. Même s'il n'est pas homme  à accorder de l'importance à la rumeur, Furlong se souvient d'une rencontre fortuite lors d'un précédent passage: en poussant une porte, il avait découvert des pensionnaires vêtues d'horribles uniformes, qui ciraient pieds nus le plancher. Troublé, il avait raconté la scène à son épouse, Eileen, qui sèchement lui avait répondu que de telles choses ne les concernaient pas.

Un avis qu'il a bien du mal à suivre parce froid matin de décembre, lorsqu'il reconnaît, dans la forme recroquevillée et grelottante au fond de la réserve à charbon, une très jeune femme qui y a probablement passé la nuit. Tandis que, dans son foyer et partout en ville, on s'active autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux n'coute que son coeur.

Claire Keegan, avec une intensité et une finesse qui donnent tout son prix à la limpide beauté de ce récit, dessine le portait d'un héros ordinaire, un de ces êtres par nature conduits à prodiguer les bienfaits qu'ils ont reçus. 

Les temps étaient incertains, mais Furlong se sentait déterminé à continuer. Tout ce qu'il voulait, c'était garder une attitude discrète et conserver l'estime des gens, subvenir aux besoins de ses filles, les voir poursuivre et achever leurs études à St Margaret, le seul établissement secondaire convenable de la ville. page 21

(Il repense à un Noël quand il était enfant). Il avait écrit, du mieux qu'il pouvait, pour demander son papa ou alors un puzzle de cinq cents pièces représentant une ferme. Le matin de Noël, ..il était allé dehors jusqu'à l'étable, pour cacher sa déception et pleurer. Ni le bonhomme Noël, ni son père n'étaient venus. Et il n'y avait pas de puzzle. Il pensa aux choses que les  autres enfants avaient l'habitude de dire sur lui à l'école, aux insultes qu'il subissait, et, dans  son for intérieur, comprit que la raison en était là....Avant de regagner la maison, il s'était lavé la figure à l'abreuvoir, cassant la couche de glace et s'était forcé à plonger les mains dans le froid et les y avait laissées, pour détourner sa peine, jusqu'au moment où il n'avait plus le supporter. Où était son père maintenant?  Parfois, il se surprenait à examiner  des hommes plus âgés, à essayer de trouver une ressemblance physique, ou à guetter un indice dans les choses que les gens disent....page 28

Les religieuses du Bon Pasteur, responsables du couvent, dirigeaient aussi un école professionnelle pour les filles, l'équivalent du collège technique pour les garçons, leur apportant une formation de base - et géraient une florissante entreprise de blanchissage. On savait peu de choses du l'école professionnelle, mais la blanchisserie avait bonne réputation;: des restaurants et des pensions de famille, aussi loin que qu'Enniscorthy, la maison de retraite et l'hôpital et tous les prêtres et les riches  y envoyaient leur linge...Page 44....D'autres bruits couraient, aussi, sur l'endroit. Certains disaient que les filles de l'école professionnelle,  comme on les appelait, n'étudiaient  rien, mais étaient des filles de moralité douteuse qui passaient leurs journées à s'amender, à faire pénitence en nettoyant en permanence les taches sur le linge, qu'elles consacraient chaque jour, sans exception, de l'aube à la nuit, au travail....D'autres juraient que  cet endroit ne valait pas mieux qu'un foyer pour mères et bébés où des filles non mariées, entraient   pour être cachées jusqu'au jour de leur accouchement...que leurs enfants illégitimes étaient ensuite adoptés à l'extérieur, vendus à des Américains fortunés..., que les religieuses gagnaient beaucoup d'argent en plaçant ces bébés à l'étranger, que c'était une industrie qu'elles entretenaient. page 45

Dès qu'il eut débloqué le verrou, il sentit une présence à l'intérieur...Lorsqu'il braqua la lampe sur ce qui était là, il estima, à ce qu'il y avait par terre, que la fille à l'intérieur, avait passé la nuit ici, au minimum. ..." Tu n'as rien à craindre.....Dieu te protège, petite, Viens donc dehors d'ici. Lorsqu'il réussit à l'amener à l'extérieur et vit l'être qu'il avait devant lui - une fille tenant à peine sur ses jambes, aux cheveux mal coupés - la part ordinaire de lui-même se dit qu'il aurait préféré ne jamais s'approcher de ce lieu et tomber dessus. " ça va aller maintenant dit-il. Appuie -toi sur moi, d'accord? "page 65

(Furlong est chez lui et la famille prépare Noël) Une envie de fuir le saisit et il s'imagina dehors avec ses vieux vêtements, seul, à parcourir un long champ sombre, mais il ne bougea pas. page 85

( La patronne du restaurant) " Ce ne sont pas mes affaires, vous comprenez, mais vous devez surveiller ce que vous dîtes sur ce qui s'y trouve (au couvent) ...Ce ne sont pas mes oignons, mais les religieuses ont des intérêts partout. " Il recula alors   et lui fit face: " Assurément elles n'ont que le pouvoir que nous leur donnons, n'est-ce pas? Mrs Kehoe? -  Ne m'en voulez pas dit-elle, mais vous avez travaillé dur, exactement comme moi, pour arriver là où vous êtes aujourd'hui. N'avez-vous pas une superbe famille de filles? - et vous savez que seul un mur sépare cet endroit de St Margaret? ...Vous ne pouvez pas vous dresser  contre les unes sans  compromettre vos chances avec les autres. - Merci , Mrs Kelhoe; je vous suis reconnaissant de me l'avoir dit.  page 98

(Furlong va livrer du charbon au couvent et découvre la même fille que l'autre fois)  " Tu veux venir à la maison, Sarah?  page 108...Tandis qu'ils continuaient leur chemin, Furlong rencontra  des gens qu'il connaissait et côtoyait depuis des années, des gens qui s'arrêtaient volontiers pour bavarder jusqu'à ce que, baissant les yeux, ils remarquent les pieds nus, noircis, et se rendent compte que la fille n'était pas l'une des siennes.   Certains faisaient un grand détour ou parlaient d'un ton embarrassé ou lui souhaitent , poliment un joyeux Noël, et repartaient....Absolument personne ne s'adressa à la fille près de lui ni ne demanda où il l'emmenait....Furlong continua de marcher , la joie dans son coeur égalée par la crainte de ce qu'il ne distinguait pas encore mais à quoi il se heurterait, il le savait.  page 108

Le pire était à venir. Il le savait. déjà, il devinait l'océan de problèmes, l'attendant derrière la prochaine porte, mais le pire qui aurait pu se produite était derrière lui: la chose non faite, qui aurait pu l'être - avec quoi il aurait dû vivre jusqu'à la fin de ses jours...page 112


samedi, juin 26, 2021

LA, NOUS SOMMES CHEZ NOUS. Maxim LEO. 2021

 Quatre personnes autour d'une table, et voilà la branche berlinoise des Leo au complet. Les nombreux autres membres de la famille, qui ont fui les nazis dans les années 1930, sont dispersés dans le monde entier. Au fil de ce récit poignant, Maxim Leo  se rend chez eux, en Angleterre, en Israël et en France, et retrace le destin de  ses trois grands-tantes; Hilde, l'actrice devenue millionnaire à Londres; Irmgard, l'étudiante en droit qui s'est convertie au judaïsme avant de prendre un bateau pour Israël et de fonder un kibboutz sur les hauteurs du Golan, et Ilse, la lycéenne qui a survécu en France dans la clandestinité. Il retrace aussi le touchant retour de leurs enfants et petits-enfants à Berlin, dans la patrie perdue de leurs ancêtres. 

A la recherche des maillons manquants de la chaîne des souvenirs familiaux, Maxim Leo découvre un lien qui se joue de toutes les frontières. Avec Là, où nous sommes chez nous, il livre l'histoire inoubliable qu'émouvante de a famille éparpillée. 

L'histoire de ma famille ressemble à la lente course d'un pendule revenant au point de départ. page 13

Irmgard. Elle devait d'abord être sûre de tenir sue ses jambes avant de  s'engager  avec un homme. page 20. Les enfants peuvent aller où ils veulent. Les parents restent là où on a besoin d'eux. page 34

Hilde. Hilde veut devenir comédienne, de préférence dans un cabaret page 35   Fränkel est un intellectuel juif au physique fluet....(Il est médecin et épouse Hilde) A l'aube du 21 mars 1933, on donne des coups à la porte de leur appartement, Kaiserallee. Hilde bondit hors de son lit, court en robe de chambre jusqu'à la porte devant laquelle se trouvent plusieurs hommes en uniforme de la SA qui la poussent brutalement sur le côté. Les sbires traversent le logement, en mettant tout sens dessus dessous.  Ils cherchent des documents, de l'argent et des objets de valeur.....au bout du compte, on emmène Fritz Fränkel  et on le pousse dans le véhicule. Ils le conduisent dans une caserne de la SA...Il y est frappé à coups de fouet et de matraque en caoutchouc, puis interrogé puis de nouveau battu. page 45

Je n'ai pas terminé ce livre. 

mardi, juin 15, 2021

LECONS D'UN SIECLE DE VIE (Edgar Morin) 2021.

 Edgar Morin était le seul invité de la Grande Librairie le 9 juin 2021. J'ai acheté son dernier livre   pour compléter l'émission. 

"Qu'il soit entendu que je ne donne  de  leçons à personne. J'essaie de tirer les leçons d'une expérience  séculaire de vie e tje souhaite qu'elles soient utiles à chacun, non seulement pour s'interroger sur sa propre vie, mais aussi pour trouver sa propre Voie." 

A 100 ans, Edgar Morin demeure préoccupé par les tourments de notre temps. Ce penseur humaniste a été témoin et acteur des erreurs et espoirs, crises et dérèglements de son siècle. Il nous transmet dans ce livre les enseignements tirs de son expérience  centenaire de la complexité humaine. 

Je suis un Tout pour moi, tout en n'étant quasi rien pour le Tout.  Je suis un humain parmi les huit milliards, je suis un individu singulier  et quelconque, différent et semblable aux autres. Je suis le produit d'événements  et de rencontres improbables, aléatoires, ambivalentes, surprenantes, inattendues.  Et en même temps, je suis Moi, individu concret, doté en même temps d'une machine hypercomplexe auto- éco- organisatrice qu'est mon organisme, machine non triviale, capable de répondre à l'inattendu et de créer l'inattendu. le cerveau donne à chacun l'esprit et l'âme, invisibles au neuroscientifique qui analyse le cerveau; mais émergeant en chaque humain dans sa relation avec autrui et avec le monde. page 28

Ici, je veux souligner qu'une des grandes leçons  de ma vie , c'est de cesser de croire  en la pérennité du présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur. page 44

"Donne de la vie à tes jours plutôt que des jours à ta vie". Rita Levi-Montalcini. ( Prix Noble de médecine. page 47

Le mot vivre a un double sens. Le premier  est être en vie, exister...respirer, se nourrir, se protéger...Le second sens du mot vivre est de conduire  sa vie avec ses chances et ses risques, ses possibilités de jouissance et de souffrance, ses bonheurs et ses malheurs. La survie est nécessaire à la vie mais une vie réduite à la survie n'est pas une vie. page 47

Le Je a  besoin du Tu, c'est à dire d 'une relation intime...Le Je  a besoin du  Nous...page 49

Etre aimé, c'est être considéré comme être aimable; être admiré, c'est être reconnu comme bonne et belle personne. Etre estimé satisfait le besoin d'estime de soi, dont la reconnaissance par autrui est le pilier. page 66

....Aussi vivre est un  art incertain et difficile où tout  ce qui est passion, pour ne pas succomber  à l'égarement, doit être surveillé par la raison, où toute raison, doit être animée par une passion, à commencer par la passion de connaître. page 75

L'humain n'est ni bon, ni mauvais, il est complexe et versatile. page 79

Je tire de ces années ( les Trente Glorieuses ) la leçon qu'une progression économique et technique peut comporter une régression politique et civilisationnelle, ce qui, à mes yeux, est de plus en plus patent au XXIè siècle.  page 106 

Un tournant historique mondial s'opéra dans les années 1980 sans qu'on s'en aperçoive.....C'est le courant néolibéral de Thatcher ( 1981-1990) et de Reagan ( 1981-1989) qui supprima tout frein au déchaînement du profit  et entraîna un peu partout dans le monde la privatisation des services publics nationaux et l'énorme  accroissement de la richesse des riches et celui de la pauvreté des pauvres.  page 109

En fait, je n'ai cessé d'être étudiant, c'est à dire de continuer à apprendre, et de me remettre sur le chantier de la repensée. page 122

La vie est un cadeau et fardeau, la vie  est merveilleuse et terrible. page 137

lundi, juin 14, 2021

TERRA ALTA ( Javier Cercas) 2021

 Sur des terres catalanes qui portent encore les stigmates de la bataille de l'Ebre, Terra Alta est secouée par un affreux fait divers: on a retrouvé , sans vie, déchiquetés les corps des époux Adell, riches nonagénaires qui emploient la plupart des habitants du coin. La petite commune abrite, sans le savoir, un policier s'est montré héroïque lors des attentats islamistes de Barcelone et de Cambrils, et c'est lui, Melchior, qui va diriger l'enquête. Laquelle promet d'être ardue, sans traces d'effraction, sans indices probants. Or l'énigme première - qui est l'assassin?  - va se doubler d'une question plus profonde: qui est le policier? Car, avant d'être un mari et un père comblé, coulant des jours heureux dans cette paisible bourgade, le policier converti en justicier obsessionnel fut un repris de justice, élevé par une prostituée dans les bas-fonds de Barcelone. Alors qu'il se pensait perdu par la rage et par la haine du monde, la lecture  fortuite des Misérables de Victor Hugo est venue exorciser des démons et bouleverser son destin. Il aurait pu être Jean Valjean....s'il ne s'était changé en Javert.  

A Terra Alta, plus qu'ailleurs, bien des  secrets plongent leurs racines dans la guerre. Et, pour résoudre l'affaire qui lui est confiée, Melchior doit avoir conscience que l'amour de la justice absolue, peut s'&vrer la plus  absolue des injustices. Il va lui être donné de partager le dilemme de Jean Valjean :" Rester dans le paradis et y devenir démon! Rentrer dans l'enfer  et y devenir ange !". 

Selon lui, un  écrivain était une personne comme une autre, ni meilleure, ni pire, il fallait avoir conscience des limites de la littérature et bannir cette prétention narcissique, arrogante et dépassée selon laquelle elle était d'une utilité quelconque, parce que la littérature n'était au fond qu'un jeu intellectuel, un divertissement incapable d'enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit,  ou d'apprendre le moindre changement. page 47 On lui (Melchor) proposa plusieurs destinations. sans y avoir jamais mis les pieds, sans même jamais avoir entendu parler de cet endroit, il choisit Terra Alta. (Il a dû quitter Madrid car ses collègues de la police connaissait son passé et ses faits dans la police) Page 111. " Un bon endroit. Depuis un certain temps, ils ont un excellent vin, et en été, une reconstitution  de la bataille de l'Ebre, avec la traversée du fleuve et tout le tralala. Ils n'y vont pas de main morte, tu vas aimer. page 112

Ici, tôt ou tard, tout s'exprime par la guerre.  - De toute façon, si tu regardes bien, en réalité, ce n'est pas de la guerre dont les gens parlent. C'est de la bataille de l'Ebre. Ce sont deux choses différentes. La bataille a duré quatre mois, la guerre trois ans. La bataille, c'est une horreur, mais il y avait une certaine dignité , des gens du monde entier y ont pris part, elle figure dans les livres d'histoire et elle a même ses monuments. Mais le restant de la guerre, ç'a été une horreur brutale, une angoisse terrible. Et c'est ce qui  nous a vraiment marqués, c'est la guerre, pas la bataille de l'Ebre.....La bataille n'a fait que laisser des blessures visibles, continua-t-elle....Les tranchées, les ruines, les collines jonchées  d'obus, toutes ces choses que les touristes aiment tant. Mais les vraies blessures,  ce ne sont pas celles -là.  Ce sont celles que personne ne voit.  Celles que les gens conservent secrètement . Ce sont  elles qui expliquent tout mais, de  celles-ci, personne n'en parle. Et qui sait, c'est peut-être mieux comme ça. page 253

mercredi, juin 09, 2021

LE CERF - VOLANT ( Laetitia Colombani) 2021

 Laetitia Colombani reprend le fil de La Tresse dans un récit initiatique puissant et généreux.  

Brisée par un drame personnel, Léna abandonne la France et son poste d'enseignante pour partir en Inde, au bord du golfe du Bengale. Un matin, alors qu'elle nage dans l'océan, elle manque de se noyer. Une petite fille qui jouait au cerf-volant court chercher de l'aide. Comment la remercier? Agée de dix ans, la petite travaille dans un restaurant et ne sait ni lire ni écrire. Entourée d'un groupe de filles du village et  de leur cheffe, la tumultueuse Preeti, Léna se lance dans un incroyable projet: fonder une école, pour tous les enfants du quartier qui ne sont privés. Au coeur d'une Inde tourmentée commence une aventure où se mêlent l'espoir et les désillusions, la volonté face aux traditions,  et le rêve de changer la vie par l'éducation. 

"Ne marche pas devant moi, je ne te suivrai peut-être pas. Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas. Marche à côté de moi et sois simplement mon amie. " Albert Camus.

"Le malheur est grand , mais l'homme est plus grand que le malheur. " Rabindranath Tagore. 


Naître fille ici est une malédiction, pense-t-elle en quittant le dhaba. L'apartheid commence à la naissance et se perpétue., de génération en génération. Maintenir les filles dans l'ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de museler leurs pensées, leurs désirs. En les privant d'instruction, on les enfermant dans  une prison, à laquelle elle n'ont aucun moyen d'échapper. On leur retire toute perspective d'évolution, dans la société. Le savoir est un pouvoir. L'éducation, la clé de la liberté. page 48

"Intouchable, chez nous, on dit Dalit,"  précise-t-elle. Une communauté méprisée, mal-aimée du reste de la population...Elle raconte comment , dans l'état voisin du Kerala, les gens de sa condition, devaient marcher à reculons, munis d'un balai pour effacer les traces de leurs pas, afin de ne pas souiller les pieds des autres habitants qui empruntaient le même chemin.  Une soumission institutionalisée par la religion hindoue.  page 56 Naître femme et dalit est la pire des malédictions. page 57

Elle lui tend la main en disant: "Je m'appelle Léna". La cheffe -une Dalit-  marque un temps , sidérée.  Cette main tendue sans arrogance , sans arrière-pensée, est  bien plus qu'un simple salut. Elle signifie; Tu es comme moi, Je n'ai pas peur de  te toucher. Je me moque de ton statut  et de ta soi-disant impureté. Je te considère  en égale et t'offre mon respect. page 61

Le deuil est un chagrin indivisible, que nul ne nous aide à porter. A chacun de s'en arranger. page 101

"L'éducation n'est pas une préparation à la vie : l'éducation est la vie même." John Dewey page 143

Le mariage (en Inde) représente bien plus qu'une simple  cérémonie.. Il est le ciment de la vie sociale, l'événement le plus important de toute une vie.  - quand bien même, il n'a pas été choisi par les intéressés. L'amour ne rentre pas en compte, le "love marriage" est un fantasme, , un concept abstrait, réservé aux étrangers. Dans le pays, la quasi-totalité des unions sont arrangées par les familles, qu'elles appartiennent aux classes les plus pauvres ou les plus fortunées. Toutes sont prêtes à dépenser leurs économies, à s'endetter pour célébrer les noces de leur progéniture. Sans compter la dot de la mariée qui fait l'objet de négociation entre les deux parties. page 161

"Vous n'êtes pas votre pays, votre race, votre religion. Vous êtes votre propre moi avec ses espoirs, et l'assurance de posséder la liberté. Trouvez ce moi, attachez-vous à lui et vous serez sauf et en sécurité. "  Le Gand Maharadjadh. Less is more. page 201

mardi, juin 01, 2021

RIVAGE DE LA COLERE . ( Caroline Laurent) 2020

 Certains rendez-vous contiennent le combat d'une vie. Septembre 2018. Pour Joséphin , l'heure de la justice a sonné.  Dans ses yeux, le visage de sa mère. Mars 1967, Marie-Pierre Ladouceur vit à Diego Garcia, aux Chagos, un archipel de l'Ile Maurice. Elle, qui va pieds nus, sans brides ni chaussures pour l'entraver, fait la connaissance de Gabriel venu seconder l'administration coloniale. Un homme de la ville. Une élégance folle...Quelques mois plus tard, Maurice accède à l'indépendance après 150 ans de domination britannique. Peu à peu, le quotidien bouscule, jusqu'au jour où les soldats convoquent  les Chagossiens sur la plage. Ils ont une heure pour quitter leur terre. Abandonner leurs bêtes, leurs maisons, leurs attaches. Et pour quelle raison? Pour aller où?  Après le déchirement viendra la colère, et avec elle, la révolte. 

Roman de  l'exil et de l'espoir. Rivage de la colère nous plonge dans un drame historique méconnu, nourri par une lutte toujours aussi vive  cinquante ans plus tard. 

Ma mère, je la revois sur le bord du chemin, la moitié du visage inondée de lumière, l'autre moitié plongée  dans l'ombre. Ma géante aux pieds nus. Elle n'avait pas la moitié des mots et qu'importe; elle avait mieux puisqu'elle avait le regard. Debout mon fils. Ne te rendors pas. Il faut faire face. page 15

C'est quoi un touriste?  Un Blanc en bermuda et en tongs qui vient oublier à Maurice qu'il gagne de l'argent.?  page 16

Le courage est l'arme de ceux qui n'ont pas le choix. Nous serons tous, dans nos  pauvres existences, courageux à un moment ou à un autre. page 17

 1967   La neige...Le seul mot la faisait frémir. Il fallait se représenter un grand manteau blanc tendu sur le corps du monde, lui avait-on expliqué. page 20

Gabriel grimpa sur le pont supérieur, tangua jusqu'au bastingage. ..Quand il avait quitté Saint-Louis, il avait tourné le dos à un port agité, containers sur les docks, immeubles en construction, route bruyante, marchanda ambulants en tout genre. Il était temps de fuir Maurice. Partir, s'éloigner de soi-même. Mais part-on jamais vraiment? page 27

Sauvage. Sagouin. Nègre-bois. Voleur . Crétin.  Crevard . Fils de rien. Chagossien, ça voulait dire tout ça quand j'étais enfant. Notre accent? Différent de celui des Mauriciens. Notre peau? Plus noire que celle des Mauriciens. Notre bourse? Vide. Nos maisons? inexistantes. " Méprise-les. Oublie-les, me répétait ma mère. Mais comment oublier la honte?  page 33

Si Maurice devient indépendante, il y aura des secousses partout. , y compris ici, aux Chagos J'ignore ce que feront les Anglais, mais une chose est à peu près certaine" Son regard se fit plus sérieux. " Le commerce du coprah risque de s'en  ressentir". page 57

" Bon sang! s'emporta soudain Léon;  Ecoute ça , Gabriel.: 1967 sera une année déterminante pour l'avenir de Maurice, a déclaré en ce 5 janvier 1967 le gouverneur Sir John Rennie. A la demande de S. A. R. Elizabeth II, le peuple mauricien sera appelé aux urnes le 7 août prochain pour décider si oui ou non, Maurice doit devenir indépendante après 157 ans  de présence coloniale  britannique sur le territoire.  Le gouvernement britannique n'ignore pas  qu'un grand vent de changement souffle sur le monde, l'Inde, le Nigeria, le Kenya déjà. ."... Il jeta Le Cernéen sur la table." L'indépendance? Mais on marche sur la tète". "Maurice indépendante! Franchement! ruminait le père" Ce serait une catastrophe. Autant donner le pays aux Indiens!" Gabriel fit un effort pour balbutier. : "Mais Gaétan Duval ne le permettra pas, non? - Tu as raison". . pages 58, 59

" ça veut dire quoi l'indépendance? Qui est indépendant. L'êtes-vous vous mêmes?  J'ai longtemps cru ne ce rêve. Liberté, autonomie. Applicable aussi bien en politique que dans l'intimité. ....L'indépendance, je veux dire la pure, la véritable, l'absolue n 'existe pas. page 61

Ce qui nous fonde, n'est-ce pas simplement l'amour qui a présidé à notre naissance, ou bien l'inverse, l'absence de tout sentiment. page 73

Gabriel se leva.  Sa soeur n'avait pas le droit d'avoir une amie indienne. Lui n'avait pas le droit  d'aimer une Chagossienne. Comme si les mélanges n'avaient jamais jamais existé; comme si eux, les créoles, étaient des Blancs; ils n'étaient pas des Blancs. page 77

Août 1967. " Good evening ladies and gentlemen.....Victory....."Quoi? " Mauritian said Yes ! to Independence."  Un cri. Geneviève. " Mauricien people said Yes!...Nearly 55% of the population vote for...." page 85 L'indépendance, c'était la défaite des créoles,  des Blancs, des catholiques. page 86

 1968. Muet, Gabriel regardait droit devant lui, sauf que devant lui, il  n'y avait rien. page 120

Un mot préparé pour le Premier Ministre  britannique Harold Wilson, daté du  22 septembre 1965." L'indépendance de Maurice était  conditionné au détachement de Chagos et de quelques îles dépendant des Seychelles. ...Diego Garcia serait loué aux Américains pour une période de cinquante ans, avec possible reconduction de vingt ans. Un projet de base navale était à l'étude. Le dernier document  établissait un calendrier prévisionnel de l'évacuation de l'île;...Le territoire "vierge d' habitants autochtones". afin d'obtenir un accord pour créer la base militaire. Les Britanniques visaient un plan en trois étapes. : encourager les départs volontaires, stopper l'approvisionnement de vivres et de biens via les navires de ravitaillement. Enfin, employer la force....page 124...Les Chagos n'étaient plus rattachés à Maurice. 

Mars 1970. Depuis un an, aucun bateau de ravitaillement n'avait fait escale à Diego Garcia. Pas de vin. Pas de légumes frais. Pas de viande. page129

Janvier 1971. " Pour des raisons de sécurité, l'île aussi va fermer. Oh, I'm sorry.  Vous allez devoir quitter l'île". ..." Vous êtes en danger. Il faut partir.  Plus personne ne pourra vivre  à Diego Garcia"...." Les ordres sont les ordres. Vous avez une heure pour  rassembler quelques affaires. Pas de meubles, pas de choses encombrantes. Le strict minimum. Une heure! Les soldats vont vous accompagner". ...Tout le monde pleurait. pages 158, 159

Il n'y avait pas d'argent à Diego Garcia, mais depuis qu'elle était à Maurice, elle avait appris à compter. page 173...Maurice a signé un accord avec l'Angleterre. Le gouvernement a vendu l'archipel, vous ne pouvez plus rentrer chez vous. page 190

Le lendemain, dimanche 18 novembre 1973, Gabriel embarqua  avec les Mollinart sur le navire. Les malles étaient empilées dans une cabine réservée. Après les avoir accompagnés jusqu'à la jetée, un officier américain leur fit le salut militaire. page 193

Janvier 1974. "Alors, nos îlois? Une catastrophe, n'est-ce -pas?  Quand je pense que les Anglais m'avaient promis un accueil digne...."Tout est arrangé aves Maurice!" Combien de fois ai-je entendu cela?...Tu connais la dernière?  Trois millions de livres en échange des Chagos. dans la poche du gouvernement. De notre gouvernement, cela va sans dire. Et les îlois n'ont même pas un logement correct"! ( Mollinart à Gabriel) page 224 (Gabriel devint professeur d'anglais  à Maurice, grâce à Mollinart, il  lui devait aussi son appartement de quatre-vingts mètres carrés dans  Port- Louis. )  page 224

2000. Novembre 2000, la Haute Cour de Londres. A l'issue d'un long procès, la Haute Cour a reconnu que le dépeuplement des Chagos était "illégal"; en violation complète de la Charte des Nations Unies. Elle nous accordait le droit de retourner, en théorie du moins, dur certaines îles e l'archipel. Mais pas à Diego Garcia.  page 261 La gifle finale, c'est juin 2004.  Deux "ordres in council" d ela Reine Elizabeth. Des décrets qui reviennent sur la décision de la Haute Cour. L'accès des Chagos est définitivement interdit à "quiconque". Notre espoir est piétiné. page 262

Février 1975. Marcel ...." il faut que les Chagossiens  portent plainte. Contre le gouvernement britannique" - " contre le gouvernement britannique. Les Chagossiens? - Oui, Gabriel. Seule la loi pourra réparer le tort qui leur a été fait".  page 288

Mai 1975. " Je veux que Marie et Josephin puissent retourner un jour à Diego Garcia" ' - Je te comprends Gabriel. je te comprends. page 345

Juin 1975. ( Marie fait la grève de la faim pendant 18 jours pour obliger le gouvernement britannique a réexaminé le retour des Chagos dans leur île) "Gabriel, on l'a!" Un brouhaha se déversa dans ses oreilles...." Marie....L'article du Washington ¨Post! ça y est! On l'a! ...Le monde entier va savoir ce qui s'est passé.  page 378

Juin 1975. "Vingt et un. Plus la moindre force! ...Vingt et un! " Soudain, u  bruit de métal. La grille s'ouvre. Des hommes. Blancs. Bien habillés." Madame..." Nous voulions vous l'annoncer de vive voix. Le gouvernement britannique vient de nous téléphoner. Ils acceptent de revenir que le différent qui vous oppose. ..." On  a gagné". Des cris, des cris, des cris. " Marie, tu as réussi! " Des larmes. Gabriel. page 381

Mars 2006. Des touristes! Ils veulent faire de nous des touristes, des pèlerins, des  mendiants.? Pour calmer, le Royaume-Uni nous permet enfin d'accéder aux Chagos! Une semaine de "tournée humanitaire! " Ainsi font...trois petits tours et puis s'en vont. page 385

La justice ne vient pas des lois et des Etats. Elle vient seulement des hommes, parfois. page 399

LA HAYE. enfin. ( Josephin) La cour internationale de justice n'étant pas habilitée à trancher les différents bilatéraux, le Royaume-Uni demande à la cour de se déclarer incompétente et de s'abstenir de juger". page 405...Il a fallu patienter. des mois jusqu'à  ce lundi 25 février 2019 où mon téléphone a sonné plusieurs fois.  La Cour de La Haye venait de rendre son avis consultatif...." La Cour ayant constaté que la décolonisation de Maurice ne s''est pas réalisée dans le respect du droit des peuples à l'autodétermination, le maintien de l'administration de l'archipel des Chagos par le Royaume -Uni constitue un  fait illicite qui engage la responsabilité internationale de cet Etat.....Dès lors, le Royaume-Uni est tenu, dans les plus brefs délais, de mettre fin à son administration de l'archipel des Chagos, ce qui permettra à Maurice d'achever la décolonisation de son territoire dans le respect du droit  e s peuples à l'autodétermination."  J'ai hurlé. Ce n'était pas un cri de joie, ni de soulagement, i de victoire, ni de chagrin, ni de fierté, c'était tout ça à la fois, mêlé, fondu, un sentiment nouveau ....Les Chagos devaient revenir aux Chagossiens. En moi, une vague immense  s'est mise à charrier des visages....J'ai pensé à ma mère. page 406